Sylvain St-Laurent
Notre chroniqueur Sylvain St-Laurent a trouvé un moyen bien efficace de passer le temps en cette période de pandémie alors que toutes les activités sportives — ou presque — sont suspendues. Sa recette ? La lecture de biographies sportives.
Notre chroniqueur Sylvain St-Laurent a trouvé un moyen bien efficace de passer le temps en cette période de pandémie alors que toutes les activités sportives — ou presque — sont suspendues. Sa recette ? La lecture de biographies sportives.

Mon fauteuil, mes bouquins

CHRONIQUE / Vous tenez le coup?

La troisième semaine de confinement est sur le point de se terminer. 

Trois semaines sans sport organisé.

Je répète ma question. Vous tenez le coup?

Vos soirées ne sont pas trop longues? Ennuyantes?

Il ne faut pas trop penser à ce que ce maudit virus nous fait rater. Il ne faut surtout pas regarder le calendrier de la Ligue nationale de hockey. Si on le fait, on va s’apercevoir que la saison régulière devait prendre fin ce week-end. Automatiquement, on va se mettre à penser à la première ronde des séries éliminatoires, qui aurait débuté dans le milieu de la semaine prochaine. Automatiquement, on va se mettre à rêver aux programmes triples télédiffusés, sept soirs par semaine, pendant deux semaines.

Je vous le dis, mieux vaut ne pas penser à cela.

J’ai trouvé une petite recette bien efficace, pour passer le temps.

C’est bien personnel. J’ai redécouvert le fauteuil le plus confortable, dans mon salon. J’ai fouillé dans ma bibliothèque, j’ai trouvé une biographie sportive qui traînait depuis Noël. Je l’ai lue d’un trait. J’en ai ramassée une autre. Puis une autre.

Nous voici donc, trois semaines après le début de notre combat contre le coronavirus. J’ai déjà trois suggestions de bouquins à partager.

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Les amateurs de hockey en général — et les partisans du Canadien de Montréal en particulier — auraient intérêt à jeter un coup d’oeil à Serge Savard, Canadien jusqu’au bout.

Le personnage frappe l’imaginaire. Il a été le pilier défensif du Tricolore, à l’époque où le défilé de la coupe Stanley sur la rue Sainte-Catherine était un événement annuel.

En tant que directeur général, il a été l’architecte des deux dernières conquêtes du championnat.

Il a surtout choisi de complètement se retirer du monde du hockey, à l’âge de 49 ans, au moment de son congédiement. Il ne s’est jamais donné le droit d’agir en «belle-mère», par la suite.

Savard a occupé le fauteuil de DG à une époque charnière de l’histoire du Canadien. On apprend, en lisant, que les bonzes du Forum ont vraiment eu peur de passer au second rang, dans le coeur des Québécois. Il rend hommage aux Nordiques de Québec. «Ils nous ont fait travailler plus fort.»

On découvre, au fil des pages, à quel point le métier d’entraîneur-chef du Tricolore est ardu. À l’exception de Scotty Bowman, tous les hommes qui ont occupé le poste à son époque ont eu du mal à gérer la pression.

À titre personnel, on aime ce bouquin parce que son auteur, le journaliste sportif Philippe Cantin, a consulté des centaines d’articles de journaux des années 1970 et 1980. Il partage des citations succulentes, qui nous ramènent à une époque où les hockeyeurs professionnels n’étaient pas protégés par des spécialistes en communications qui leur apprennent l’art de ne pas répondre aux questions.

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Steve Bégin n’a pas la même stature que Serge Savard. Sa biographie parue cet automne, intitulée Ténacité, Courage, Leadership, n’en demeure pas moins intéressante.

On connaissait déjà les premiers chapitres de l’histoire. Issu d’un quartier défavorisé de Trois-Rivières, élevé par son père dans une famille mono-parentale, il a réussi à se frayer un chemin jusqu’à la LNH en misant sur sa seule ténacité.

Bégin se confie quand même avec franchise à l’auteur, notre ami Luc Gélinas. On peut par exemple apprendre qu’il n’était pas particulièrement heureux d’avoir été réclamé au ballottage par le Canadien, en 2003. Il a fait le trajet entre Buffalo et Montréal en rageant. Il craignait l’écosystème médiatique québécois et les langues de vipères qui sévissaient en fin de soirée, à TQS, à 110 %.

On apprécie aussi le court chapitre, sur ce qui l’occupe depuis le jour où il parle de son après-carrière. Il se montre plutôt dur envers les parents du hockey mineur. Ces derniers l’ont convaincu de mettre un terme à sa collaboration avec l’agent de joueurs Yves Archambault après seulement un an...

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Je triche un peu, en terminant. J’ai lu l’autobiographie de Jacques Beauchamp, pionnier du journalisme sportif au Québec. Puisqu’elle a été publiée en 1979, elle pourrait être un peu difficile à trouver, en librairie.

Je vous conseille donc Chantal Machabée, désavantage numérique. Publié en 2018, ce livre sera plus facile à trouver. Et il raconte le cheminement d’une autre pionnière de ma profession...