Sylvain St-Laurent
C’était vers la fin du mois de janvier 2017. Vers la fin de la traditionnelle séance de questions et réponses, on l’avait pris à part. On souhaitait rencontrer Éric Landry, très rapidement.
C’était vers la fin du mois de janvier 2017. Vers la fin de la traditionnelle séance de questions et réponses, on l’avait pris à part. On souhaitait rencontrer Éric Landry, très rapidement.

Mauvais timing

CHRONIQUE / Le timing, dans la vie, ça compte pour beaucoup.

Ça compte, beaucoup, dans le cheminement d’un entraîneur professionnel.

Je me souviens très bien de la conférence de presse durant laquelle Éric Landry est officiellement devenu l’entraîneur-chef des Olympiques.

C’était vers la fin du mois de janvier 2017. Vers la fin de la traditionnelle séance de questions et réponses, on l’avait pris à part. On souhaitait le rencontrer, très rapidement. On voulait réaliser une entrevue, un peu plus longue, dans le but de bien le présenter à nos lecteurs.

Il n’avait même pas pris le temps d’y réfléchir. Il s’était empressé d’accepter notre proposition.

«Je me suis rendu compte, dernièrement, que les gens ne me connaissent pas tant que ça dans ma propre région», avait-il fait valoir.

Trois ans plus tard, je ne suis pas convaincu que les gens de l’Outaouais le connaissent beaucoup plus. Et c’est bien dommage.

Le timing y est pour beaucoup.

Landry a dirigé les Olympiques pendant trois années. Il a simplement fallu que ça tombe sur trois des années les plus difficiles de l’histoire de l’organisation.

Son prédécesseur, Benoît Groulx, avait tout mis en oeuvre dans le but de gagner un championnat de plus. Pour que ça se concrétise, il avait sérieusement hypothéqué l’avenir.

L’avenir de Groulx est vite devenu le présent de Landry.

Dans sa première saison complète à la barre de l’équipe, on a commencé à lui arracher quelques joueurs de talent au nom de la reconstruction.

Vitaly Abramov est parti à Victoriaville. Mitch Balmas a pris le chemin de Bathurst. Le «général» Will Thompson a déménagé au nord, vers Rouyn-Noranda, laissant un trou béant en défensive.

Cette année-là, les Olympiques ont quand même réussi à conserver une fiche gagnante, en saison régulière. Ils ont réussi à gagner un match de plus, en séries, contre l’équipe qui leur avait arraché Abramov.

Un an plus tard, Landry a perdu Maxim Trépanier, Shawn Boudrias, son capitaine Jeffrey Durocher, son spécialiste de la pointe Pier-Olivier Lacombe et son gardien de buts numéro un Tristan Bérubé.

On oublie que les Olympiques connaissaient un début de saison potable, avant cette deuxième vente de feu.

Avec cinq piliers en moins, ils ont connu un printemps identique. Ils ont réussi à gagner un match contre un adversaire beaucoup plus fort, avant de subir une élimination en cinq parties.

Le même scénario se serait répété, sans doute, si ce maudit virus n’avait pas forcé l’annulation complète des séries de la coupe du Président, en 2020.

Le simple fait de se qualifier pour les séries, ce printemps, aurait été une petite victoire en soi.

La troisième vente de feu consécutive de Gatineau n’a pas été aussi spectaculaire que les deux premières. Il ne restait plus grand-chose à vendre. Quand elle fut terminée, Landry et ses adjoints ont été obligés de se débrouiller avec les moyens du bord.

Combien de fois ont-ils préparé leur alignement sans pouvoir miser sur un seul joueur de 20 ans?

*****

Le contexte n’était pas favorable à Éric Landry à l’extérieur de la patinoire, non plus.

En tant qu’entraîneur recrue, il a connu les dernières années du Centre Guertin. Avec tout le confort qui vient avec. On l’a notamment vu déménager son bureau dans une petite pièce plus ou moins confortable, adjacente au vestiaire. Il a cédé la pièce plus grande, plus confortable, à ses joueurs. Ça leur a permis de gagner quelques pieds carrés, pour leurs entraînements hors-glace.

On lui a également demandé de travailler dans le contexte d’une crise majeure, l’automne dernier. Cette crise a emporté le directeur général et le président. Elle a donné le ton à une réorganisation du conseil d’administration. Le printemps est arrivé, les morceaux n’ont pas tous été recollés.

Landry n’a pas la personnalité la plus flamboyante. À travers tout cela, il n’a pas fait de vagues. Il a continué de faire son travail du mieux qu’il a pu.

On ne pourra jamais savoir s’il aurait pu mener les Olympiques vers de plus hauts sommets, s’il avait conservé son poste un peu plus longtemps. Avec un groupe de jeunes joueurs prometteurs, dans un amphithéâtre tout neuf, on l’aurait cependant placé dans un contexte où il aurait été plus facile de réussir.

On lui souhaite d’obtenir une autre chance, ailleurs, éventuellement, de prouver sa véritable valeur.