Sylvain St-Laurent
Martin Raymond a passé trois années dans l’organisation des Sénateurs d’Ottawa.
Martin Raymond a passé trois années dans l’organisation des Sénateurs d’Ottawa.

Les deux pieds sur terre

CHRONIQUE / Guy Boucher m’a déjà dit quelque chose, au sujet de Martin Raymond, que je n’ai jamais oublié.

Je vous résume, rapidement. Nous étions en pleine conférence de presse, au Centre Canadian Tire. Le scandale de la voiture Uber venait d’éclater. Boucher était de mauvais poil. Il ne voulait pas parler de tout ça. Il ne voulait surtout pas alimenter la controverse.

Il s’était quand même permis un petit commentaire, dans une réponse à un collègue anglophone. J’avais pris une chance. Je l’avais relancé, en espérant qu’il précise un peu sa pensée.

«Tu sais, Guy... Tantôt, en anglais, tu as dit que Martin est un des meilleurs êtres humains que tu as eu la chance de rencontrer...»

Il m’a coupé la parole. J’étais déjà en train de faire fausse route.

«Je n’ai pas dit que Martin était un des meilleurs êtres humains... J’ai dit qu’il est LE meilleur humain que je connais», a-t-il précisé.

«Martin Raymond est le meilleur humain que je connais», a affirmé l'ex-entraîneur des Sénateurs, Guy Boucher.

Je ne connais pas Raymond tant que ça. Je l’ai côtoyé, un peu, durant ses trois années passées dans l’organisation des Sénateurs d’Ottawa.

Il n’a certainement jamais rien dit – ou rien fait – qui me permettrait de remettre en doute la parole de Boucher.

Je sais cependant fort bien qu’il ne méritait pas ce qui lui est arrivé, durant la saison 2018-19. Les commentaires déplacés – et mesquins, on va se le dire – de quelques individus lui ont coûté très cher.

À la fin de la saison, quand son contrat n’a pas été renouvelé, il a été capable de se trouver un nouveau défi dans le monde du hockey.

Il a cependant fallu qu’il accepte, avec une bonne dose d’humilité, de redescendre de quelques échelons. On lui a confié un mandat, à mi-chemin entre l’enseignement et le coaching, dans un programme sport-études de la Montérégie.

Raymond a su accepter cette situation avec beaucoup de classe.

«J’y vais une année à la fois, m’avait-il dit à l’époque. Pour l’instant, j’espère simplement que mes employeurs seront satisfaits de mon travail. On verra pour la suite. Je ne fais jamais de plans pour l’avenir.»

Il faut croire que ça s’est bien passé, parce que Raymond sera de retour à l’école secondaire De Mortagne, l’automne prochain.

«D’ailleurs, je tiens à remercier mes patrons, là-bas, qui me permettent de pouvoir m’associer aux Olympiques», a insisté Raymond quand je l’ai de nouveau interviewé, mercredi après-midi.

Je l’appelais, bien entendu, pour lui parler de ce nouveau défi.

Parce qu’il s’agit possiblement de la meilleure nouvelle, dans le remaniement en cours, au centre Robert-Guertin.

Quand on se retrouve aussi brusquement au bas de l’échelle, on ne sait jamais si on aura l’opportunité de remonter.

En l’embauchant à titre de directeur général adjoint, Louis Robitaille lui rouvre, tout grand, les portes du hockey majeur.

«Je suis très reconnaissant, assure Raymond. J’ai beaucoup de respect pour l’homme que Louis est. J’ai beaucoup de respect pour l’entraîneur de hockey qu’il est devenu. Si je me considère choyé de revenir au hockey de haut niveau? Absolument! Quand j’ai quitté mon emploi, dans la LNH, je ne pouvais pas savoir si j’aurais l’opportunité de rester associé aux hautes sphères du hockey.»

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Louis Robitaille estime que Martin Raymond lui sera fort utile. «Parce qu’il est tout le contraire de moi», affirme-t-il.

C’est sans doute vrai.

Un exemple? Mercredi matin, en conférence de presse, le collègue Stéphane Leroux a demandé à Robitaille s’il n’avait pas un peu l’impression de gagner à la loterie. Il s’installe à la barre des Olympiques, au moment où l’équipe pourrait obtenir les trois premiers choix du repêchage.

Au téléphone, plus tard, j’ai recyclé cette question. J’ai demandé à Raymond s’il n’avait pas un peu l’impression d’avoir cosigné le billet gagnant.

Sa réponse m’a vite ramené sur terre.

«Moi, je vois qu’on a un gros travail à faire au niveau de la préparation. Il faut bien connaître l’organisation, de fond en comble. Il faut écouter tout le monde et apprendre à connaître chaque personne. Tout cela nous permettra de voir quelles sont les meilleures actions à prendre.»

Je l’ai relancé. Je lui ai demandé s’il avait assez de temps, d’ici le repêchage – en juin – pour mener ce projet à terme.

«Tu me donnerais trois mois, je te dirais que ce n’est pas suffisant! C’est un puits sans fond, la recherche de bons candidats. On ne peut jamais être assez bien préparé.»

«C’est clair que c’est très positif, comme situation. Mais ça vient surtout avec des grosses responsabilités. Nous en sommes très conscients.»