L’attaquant des Sénateurs, Vitalii Abramov, a marqué son premier but en carrière dans la LNH jeudi.

Les deux outils de Vitalii

CHRONIQUE / On m’a dit que Vitalii Abramov faisait presque pitié. Dans le vestiaire, après le match de jeudi, l’attaquant recrue des Sénateurs était entouré de journalistes. Il essayait, du mieux qu’il pouvait, de répondre aux questions. Avec son vocabulaire limité, il avait du mal à partager ses émotions.

Je n’étais pas là, personnellement. Je vous raconte la version des faits d’un collègue anglophone d’Ottawa qui ne le connaît pas encore très bien.

Les gens qui ont eu la chance de côtoyer un peu Abramov durant ses deux années passées à Gatineau savent qu’il est parfaitement capable de livrer le fond de sa pensée. Il suffit de prendre cinq minutes pour lui parler.

Les gens qui l’ont suivi comprennent aussi que, dans le monde du hockey, les mots ne sont pas toujours très importants.

Abramov a toujours utilisé deux outils à merveille pour faire sa place dans le hockey. Sa méthode a donné des résultats extraordinaires dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

On ne voit pas pourquoi ce serait différent dans les rangs professionnels.

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Jean-Gabriel Pageau se souvient très bien de sa première rencontre avec celui qui allait lui succéder, dans le chandail numéro 11 des Olympiques.

« Je me souviens de l’avoir affronté dans une ligue d’été », commence-t-il.

C’était en 2015. Abramov venait tout juste d’arriver au Canada.

« Je me souviens que Benoît Groulx était dans les estrades pour le voir à l’œuvre. Je me souviens aussi que dans ce match, il avait travaillé très, très fort. »

L’effort. Un effort soutenu. Constant. Honnête. Le même effort offert à l’entraînement qu’en situation de match. C’est la carte la plus importante qu’Abramov a dans son jeu.

« Tu sais, des fois... Il y a comme un stéréotype. On dit que les Européens qui débarquent dans la ligue ne sont pas toujours les plus travaillants. Vitalii, en partant, tu voyais que son éthique de travail était parfait. »

L’effort, c’est plus important que les mots.

Abramov a un deuxième atout. Encore une fois, les partisans des Olympiques savent de quoi il s’agit.

Vitalii Abramov est un jeune homme rayonnant.

« Quand tu débarques dans un milieu de travail où tout se passe en anglais, ton anglais ne peut que s’améliorer, croit Pageau. Et, tu sais, Vitalii, c’est tellement un gars souriant ! S’il se trompe, quand il dit quelque chose, on peut le corriger. Il va rire ! Il a toujours son grand sourire, jour après jour. C’est contagieux, tout ça. Vitalii transmet une belle énergie dans le vestiaire. »

Le sourire, le travail. Tout ça, c’est plus important que les mots.

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Abramov était quand même sérieux, vendredi midi, quand il est repassé dans le vestiaire. Il était bien content de me dire que son père, Igor, a pu voir son premier but en direct.

« Il était environ trois heures du matin, en Russie », a-t-il estimé.

« Mon père ne rate pas trop souvent mes matches. »

Vitalii Abramov a inscrit son premier but dans la LNH jeudi.

Igor Abramov a passé un coup de fil à son fils avant d’aller au lit. Il n’a pas trop attendu. Le match était terminé depuis une quinzaine de minutes, à peine, quand le portable de Vitalii a sonné.

C’était, sans doute, un beau moment.

Mais Abramov a retrouvé son sérieux quand est venu le temps de parler de la suite des choses.

La direction des Sénateurs a lancé un message clair aux espoirs, en début de semaine, quand elle a fait l’acquisition de Vladislav Namestnikov, dans une transaction avec les Rangers de New York.

Pierre Dorion a donné à son coach un centre capable d’expérience de façon à solidifier son top-9 à l’attaque.

Dorion a surtout donné à Namestnikov un casier dans le vestiaire. Un casier pour Namestnikov, c’est un casier en moins pour les jeunes.

Abramov sait que rien n’est gagné. Il a marqué, jeudi, mais il a passé moins de 10 minutes sur la patinoire.

Il ne doit pas s’attendre à passer beaucoup plus de temps sur la glace, samedi. Il patinera encore avec Pageau et Mikkel Boedker, dans le trio numéro quatre d’Ottawa.

« La première étape, c’était de jouer mon premier match. La deuxième étape, c’était de marquer mon premier but », dit-il.

La troisième ?

« La troisième, c’est juste, continuer. Je vais essayer de continuer. »

Avec ses deux outils.