Martin Ménard a vu son #25 être hissé dans les hauteurs du Centre Robert-Guertin vendredi soir.

Le plus grand Olympique ?

CHRONIQUE / C’est l’histoire de deux gars qui ne se connaissaient pas. Au départ, ils avaient une seule chose en commun : personne ne croyait vraiment en leurs chances de réussir au hockey.

L’histoire commence au même endroit et au même moment pour les deux gars.

Martin Ménard et Peter Worrell sont débarqués au Centre Guertin le même jour, vers la fin de l’été 1994.

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Ménard, un centre immensément doué, devait peser environ 150 livres. Trop frêle pour survivre dans un sport aussi brutal, disait-on à son sujet.

À six pieds et sept pouces, Worrell avait le physique de l’emploi. Il avait bien deux ou trois qualités, bien cachées derrière un énorme défaut. « C’était mon coup de patin, reconnaît-il. J’ai été obligé de travailler très fort pour atteindre un niveau acceptable. »

On se souvient du chapitre le plus important. Trois ans plus tard, Ménard et Worrell ont formé, avec Pavel Rosa, un des trios les plus dangereux de l’histoire du hockey junior majeur à Hull.

Ils ont donné aux partisans des Olympiques leur seule conquête de la Coupe Memorial.

Worrell aimerait être à Guertin, ce vendredi, pour assister au retrait du numéro 25.

« J’aimerais féliciter Martin, le serrer dans mes bras et lui dire que c’est un honneur bien mérité. Il est, à mon humble avis, le meilleur joueur de l’histoire de l’équipe. »

J’ai passé une bonne demi-heure au téléphone avec Worrell, plus tôt, cette semaine.

Un quart de siècle plus tard, il conserve un souvenir très précis de ses trois hivers passés en Outaouais.

Il parle avec beaucoup de fierté de cette formation remplie de recrues envers laquelle il n’y avait pas vraiment d’attentes, en 1994-95. Cette formation a réussi à terminer le calendrier régulier au troisième rang du classement général, avant de remporter la coupe du Président.

Au cœur de cette équipe championne, il y avait trois joueurs : Sébastien Bordeleau, José Théodore et Ménard.

En tant que recrue, il a récolté deux mentions d’aide dans le tout dernier match de la saison régulière pour atteindre le plateau des 100 points.

« Marty avait le Complexe de Napoléon ! Dans ce temps-là, le hockey était un sport de géants. Il s’était donné le mandat de prouver à tous les détracteurs qu’il était capable de dominer. Et il n’a jamais manqué de confiance en ses moyens. »

Sans Ménard, donc, la conquête de la coupe de 1995 n’aurait pas été possible.

Sans Ménard, poursuit Worrell, il n’y aurait pas eu de Coupe Memorial, non plus.

« Dans les années qui ont suivi, les dirigeants ont fait tout ce qu’il fallait pour améliorer l’équipe. Ils ont fait l’acquisition de plusieurs joueurs de grand talent. Ça ne changeait rien pour Martin. Même quand d’autres marqueurs naturels se joignaient à nous, il tenait à conserver sa place au sommet de la pyramide. Il voulait être notre pilier. Ça faisait en sorte que la compétition à l’interne était toujours forte. Mais c’était une bonne compétition ! »

« Pour gagner des gros championnats, t’as besoin de joueurs qui pensent comme ça. »

Selon ce que Worrell nous dit, les Olympiques ont suivi leur leader jusqu’au bout.

Le dimanche 18 mai 1997, dans la victoire ultime contre les Hurricanes de Lethbridge, Ménard a montré le chemin.

« C’était le dernier match à Guertin pour un paquet de gars. Rendu là, je voulais vraiment gagner. Je voulais faire ce cadeau aux gens qui avaient cru en moi pendant toutes ces années. Je voulais gagner, mais Marty voulait encore plus gagner que moi. En plus, lui, il était chez lui. Dans sa ville. Il avait rêvé, toute sa vie, de jouer pour les Olympiques. »

La suite de l’histoire a été différente pour Martin Ménard et Peter Worrell. Les deux se sont croisés l’année suivante, sur une patinoire de la Ligue américaine. Ils essayaient tous les deux de grimper vers le sommet.

Worrell ne s’excusera pas d’avoir réussi. Il a trouvé un rôle, à une époque où les joueurs de talent avaient besoin de protecteurs. Il a joué ce rôle avec courage pendant près de 400 matches.

« Si Martin faisait carrière dans le monde d’aujourd’hui, il obtiendrait une meilleure opportunité de faire sa place », reconnaît-il, néanmoins.