À la conclusion du dernier match, les joueurs du Fury se sont rassemblés pour prendre une photo avec Antoine Coupland.

Le plus bel emploi d’été

CHRONIQUE / Quinze ans. C’est un bien drôle d’âge.

On connaît des ados de 15 ans qui sont larges comme des pans de mur et qui doivent se pencher pour ne pas se cogner la tête dans les cadres de portes. Des grands singes aussi barbus que Zach Galifianakis.

Antoine Coupland n’appartient vraiment pas à cette catégorie.

Le jeune homme de Chelsea se trouve à l’autre extrémité du spectre.

Selon les données officielles qu’on peut trouver sur le site de la United Soccer League, il mesure cinq pieds et six pouces et pèse 130 livres. Ça m’apparaît généreux. Les gens qui l’ont mesuré ont peut-être pris en compte ses cheveux qui sont noués en chignon, sur le dessus de sa tête.

Il ne fait pas son âge. Ça saute aux yeux, quand on le voit s’entraîner sur la pelouse de la Place TD.

Pourtant, malgré tout cela, Coupland a réussi à décrocher le plus beau job d’été dans la région d’Ottawa-Gatineau. Nikola Popovic a fait appel à lui, samedi dernier. Il lui a demandé de remplacer l’Allemand Wal Fall, dans les cinq dernières minutes d’un match que le Fury a remporté 4-0 contre les Rangers de Swope Park.

Ces cinq courtes minutes de travail ont quand même tout changé.

Antoine Coupland, 15 ans, de Chelsea, est officiellement devenu athlète professionnel.

Quand même.

Je me suis amusé à poser la question à presque tous les gens que j’ai croisés, au stade, mardi matin.

À 15 ans, le président du Fury John Pugh gagnait sa vie en vendant des boissons gazeuses.

Le milieu de terrain Jérémy Gagnon-Laparé était arbitre.

Maxim Tissot a été chanceux. Il n’a jamais eu besoin de faire griller des boulettes de viande ou de s’occuper de la caisse au club vidéo de son quartier. Il se concentrait sur ses performances sportives avec le FC Outaouais.

« Je ne pense pas que beaucoup de jeunes de 15 ans ont la chance de s’entraîner dans un environnement professionnel ou de faire partie d’une équipe. Je suis vraiment content d’avoir cette opportunité, même si j’ai travaillé fort pour l’obtenir », m’a dit Coupland.

Il a l’air un peu plus jeune que son âge, au premier coup d’œil.

Quand on l’écoute, on a l’impression qu’il est plus mature que les gars de son âge.

« C’est vraiment le métier le plus cool que je pourrais avoir », précise-t-il.

Quelques précisions s’imposent, ici.

Coupland a quand même un bout de chemin à parcourir avant de trouver sa place dans le XI partant. Popovic l’a utilisé pour la première fois dans des circonstances où le risque d’échec était à peu près nul. Le Fury menait par quatre buts.

Coupland n’est pas un athlète professionnel dans tous les sens du terme, non plus. Il a signé un « contrat d’académicien ». Dans la USL, ça signifie qu’il ne touche pas de salaire.

Ce n’est pas une vilaine chose, puisque ça lui permet de conserver son statut d’athlète amateur. Ce statut pourrait lui permettre de décrocher une bourse d’études dans la NCAA, quand il aura décroché son diplôme d’études secondaires au Collège Saint-Alexandre.

De toute façon...

À 15 ans, quand t’as la chance de vivre chez tes parents. Quand ton père, qui est enseignant, joue le rôle de chauffeur-accompagnateur avec plaisir durant ses vacances...

T’as pas mal tout ce dont tu as besoin.

« C’était beau de voir Antoine faire ses débuts officiels avec nous, la fin de semaine dernière. Ça m’a rappelé que je suis passé par là, moi aussi, il y a plusieurs années. Mais il est encore plus chanceux que moi, parce qu’il a eu l’occasion de vivre cette expérience chez lui », m’a dit Julian De Guzman.

À 15 ans, De Guzman tentait sa chance dans le soccer professionnel, exactement comme Coupland. Sauf qu’il se trouvait en Europe.

Il ne devait pas être beaucoup plus grand, ni costaud. Il devait avoir l’air tout aussi jeune.

« À cette époque, les joueurs de notre gabarit avaient beaucoup de mal à se faire remarquer par Soccer Canada. J’ai moi-même été retranché de l’équipe nationale. J’ai même déjà été retranché par mon équipe provinciale », de dire celui qui a connu une carrière d’une quinzaine d’années.

« Les choses ont évolué, depuis. Antoine se trouve au tout début de sa carrière. Mais il gère tout ce qu’on lui présente très bien, ce qui me laisse croire qu’il pourrait jouer longtemps. »

Le job d’été, dit-il, pourrait se transformer en carrière de plusieurs années.