À son premier match dans l’uniforme des Blue Jackets, Matt Duchene a été blanchi de la feuille de pointage face à son ancienne équipe.

La patience

CHRONIQUE / Soyez patients.

La mêlée de presse de Pierre Dorion tirait à sa fin, vendredi après-midi. Un collègue lui a demandé s’il avait un message à lancer aux partisans des Sénateurs.

« Nous demandons aux partisans de se montrer patients, a-t-il répondu. Nous savions, quand nous avons lancé le processus de reconstruction, que certains jours seraient moins glorieux que d’autres... »

De la patience.

Je ne sais pas trop si Dorion réalise qu’il demande aux partisans de faire précisément le contraire de Matt Duchene.

Les Sénateurs ont fait « tout ce qu’ils pouvaient » pour convaincre leur centre numéro un de rester. Ils lui ont tendu un généreux contrat à très long terme. Ce contrat lui aurait permis d’empocher une somme d’argent considérable. Il lui aurait surtout assuré une place de choix, au cœur du projet de relance de l’équipe.

Duchene a pris le temps de bien étudier la proposition. Il a même demandé à son agent, le très influent Pat Brisson, de quitter la Californie pour venir le soutenir dans sa réflexion.

Duchene et Brisson ont pu s’asseoir en face de Dorion. Ils ont pu prendre tout le temps qu’ils voulaient pour lui poser toutes les questions qui lui passaient par la tête. À la fin de l’exercice, avec toute l’information acquise, Duchene avait une seule décision à prendre.

C’était simple. Se sentait-il capable de faire confiance aux dirigeants de l’organisation ?

« Dans le contexte actuel, je ne me sentais pas prêt à m’engager à long terme avec cette organisation », a-t-il décidé.

Dans son point de presse, Dorion a dit qu’il fallait respecter la décision de Duchene. « La convention collective lui donne le droit de se prévaloir de son statut de joueur autonome. »

C’est vrai.

Cette convention collective est le fruit de deux pénibles conflits de travail. Au moment de la ratifier, le commissaire Gary Bettman a laissé entendre que le jeu en valait la chandelle. Le système doit favoriser l’équité. En théorie, il donne aux petites équipes de réelles chances de retenir leurs joueurs les plus talentueux.

Ailleurs, ça fonctionne. À Ottawa, pas vraiment.

On demande aux partisans de se montrer patients.

Matt Duchene n’a pas été patient.

Ryan Dzingel et Mark Stone ont passé un deuxième match consécutif dans les gradins. On dirait qu’ils ne se sentent pas très patients, eux non plus.

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Le pire est probablement à venir.

Dorion dit qu’il « continue de travailler dans le but de convaincre certains vétérans de rester ».

Il n’a pas réussi à trouver les bons arguments pour convaincre Stone de signer un contrat de huit ans l’été dernier. Il n’a pas été capable de se rapprocher suffisamment de lui quand la fenêtre de négociations s’est rouverte, au début du mois de janvier. Quel genre de lapin pourra-t-il sortir de son chapeau de façon à changer le cours de l’histoire, à moins de 48 heures de la date limite des transactions ?

J’ai lu quelque part que le jour où Stone va quitter Ottawa sera le plus sombre de la jeune Histoire des Sénateurs.

Possible.

Les fans feront rapidement leur deuil de Duchene. Ils n’ont pas vraiment eu le temps de s’attacher. Il a passé tout juste 15 mois, en ville. Ils le connaissent à peine, il est pratiquement inconnu !

Stone, c’est différent.

Stone, les partisans l’ont vu grandir. Il a passé près d’une décennie dans l’organisation.

Il a été le deuxième artisan de la remontée miraculeuse de 2015, après le Hamburglar. Il a été au cœur des séries de 2017, même s’il jouait sur un seul genou. Il est le vrai capitaine de l’équipe, en 2019. Il a pris tous les jeunes sous son aile. Et les jeunes le suivent.

Si Stone part, le degré d’impatience pourrait en prendre pour son rhume.

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Un dernier mot sur Duchene.

Les Sénateurs ont dit que « plusieurs » équipes ont tenté leur chance, dans les dernières heures.

Le Canadien de Montréal ?

Le pape des journalistes, Bob McKenzie, a reçu des informations contradictoires. Certains informateurs lui ont dit que Marc Bergevin avait beaucoup d’intérêt. D’autres lui ont dit que c’était de la foutaise.

Une chose est certaine. Les Blue Jackets, qui sont de sérieux rivaux dans la course aux séries, viennent de lancer un message fort. Ils sont sérieux. Marc Bergevin devra peut-être s’ajuster et déroger à son plan.