L’ancien Sénateur Mark Stone semble bien s’amuser à Las Vegas.

La notion de plaisir

On pourra dire que Mark Stone a fait parler de lui, durant la première ronde des séries éliminatoires. Pour de bonnes... comme pour de moins bonnes raisons.

Nous n’avons pas vraiment parlé de sa percutante déclaration, la semaine dernière.

Les confrères de Las Vegas, perspicaces, ont fini par se rendre compte que Stone est un joueur expressif. Surtout dans la victoire. On l’a donc abordé de front, un beau matin, au terme d’un entraînement des Golden Knights.

«Dis donc, Mark... T’as l’air d’avoir beaucoup de plaisir...

— Évidemment ! Tous les joueurs de hockey rêvent de jouer des matches importants à cette période de l’année. Si je n’avais pas de plaisir, en ce moment, c’est que je serais toujours coincé à Ottawa...»

En 2019, ce type de déclaration voyage très rapidement, sur Internet. Pour les partisans des Sénateurs, elle a eu l’effet d’un bon coup de pied dans l’entrejambe.

Les partisans des Sénateurs ont déjà beaucoup de mal à oublier cette saison de misère où ils ont retrouvé le dernier rang du classement général. Ces partisans ont du mal à faire leur deuil de tous ces joueurs de talent qui ont quitté le navire au nom de la «reconstruction». Ceux qui continuent de suivre avec intérêt les séries éliminatoires sont déjà confrontés au visage souriant de Stone, lorsqu’ils consultent le classement des meilleurs marqueurs de la ligue sur LNH.com...

En plus, il fallait que Stone en rajoute une couche...

Stone s’est racheté, tant bien que mal. Il a réuni quelques journalistes dans un coin du vestiaire, quelques heures plus tard.

«Écoutez, les gars, je ne voulais pas m’en prendre aux partisans, ni à l’organisation des Sénateurs. J’ai eu du plaisir, là-bas. Surtout en 2017, quand nous avons atteint la Finale de l’Association Est. J’ai passé de bons moments à Ottawa...»

Stone était sans doute très sincère quand il a dit tout cela.

Le problème, c’est qu’il n’était pas moins sincère, au départ, quand il a parlé du «plaisir» qu’il ressent davantage à Vegas qu’à Ottawa.

Un tout petit retour dans le temps s’impose, ici.

Dans les derniers mois, une bonne demi-douzaine de bons joueurs, des joueurs bien établis dans la LNH, ont quitté Ottawa dans différentes transactions. Il paraît que certains n’étaient pas trop malheureux, au moment de franchir la porte de sortie.

Stone ?

Stone, selon ce que j’ai compris, était malheureux au moment de partir. Très malheureux, même. La décision de quitter Ottawa n’a pas été prise à la légère. Les Sénateurs l’ont repêché, lui ont donné une chance, lui ont permis de grandir.

Il n’était pas facile, pour lui, de quitter la seule organisation qu’il connaissait.

Il est permis de croire que sa perspective a vite changé au fur et à mesure qu’il a élargi ses horizons.

Tu dois forcément sentir que la game change quand ton nouveau patron envoie un groupe de showgirls t’accueillir, au beau milieu de la nuit, à l’aéroport.

La reconnaissance doit forcément t’envahir, quand tu découvres qu’on t’a réservé une suite luxueuse dans un des meilleurs hôtels de la ville, pour te permettre de t’acclimater le plus rapidement possible.

Le T-Mobile Arena a sans doute fait le reste du travail. Dans un sondage annuel mené auprès des membres de l’Association des joueurs, le domicile des Golden Knights a délogé le Centre Bell au sommet du classement des meilleurs amphithéâtres de la LNH.

Quand une organisation embauche des artistes du Cirque du Soleil pour divertir les fans avant les matches et durant les entractes...

Disons qu’on se sent à des années-lumière de la course des premiers ministres.

Et je dis tout ça avec beaucoup de respect pour les employés, honnêtes, qui font du mieux qu’ils peuvent avec les moyens du bord pour animer la foule à Kanata.

Mark Stone a du plaisir à Las Vegas. Ce n’est pas étonnant. Et c’est tant mieux pour lui, dans la mesure où il pourrait passer les huit prochaines années de sa vie là-bas.

Les partisans des Sénateurs finiront sans doute par digérer, et oublier, cette déclaration de Mark Stone.

Les dirigeants de l’organisation, en revanche, feraient bien de s’en souvenir.

Pour bien reconstruire une équipe, il ne suffit pas de réunir un groupe de joueurs talentueux. Créer un environnement dans lequel ils sont heureux de vivre et d’évoluer, c’est tout aussi important.