Antoine Pruneau est devenu le premier joueur du Rouge et Noir à se faire tatouer l’emblème de la «French Mafia» sur un avant-bras.

La French Mafia dans la peau

CHRONIQUE / Antoine Pruneau est un homme entier. Le type de leader pour qui l’équipe passe avant tout et qui ne fait absolument rien à moitié. Le genre de gars qui respecte ses engagements.

J’aurais le goût de vous dire qu’il a le « R » du Rouge et Noir tatoué sur le cœur. Je ne vais pas le faire. Ce ne serait pas exact.

Pruneau a bel et bien demandé à son tatoueur de lui imprimer un logo entre le derme et l’épiderme, au cours des derniers mois. Il s’agit du logo de la « French Mafia », la tribu qui regroupe tous les joueurs de football francophones d’Ottawa.

Le logo n’est pas tatoué sur sa poitrine, mais bien sur son avant-bras. Son avant-bras gauche.

La collègue Kim Vallière, de Radio-Canada, a été la première à remarquer ce subtil changement au look du maraudeur québécois. Elle a partagé l’œuvre d’art dès le premier jour du camp d’entraînement.

Je m’étais promis de faire un détour à la Place TD pour le voir de mes yeux.

« On a commencé à en parler l’année avant de remporter la coupe Grey », m’a expliqué Pruneau, lundi matin, en retroussant sa manche pour me montrer.

« Dans le temps, Pat Lavoie était là. Il y avait Arnaud Gascon-Nadon, aussi. Il y avait Jason, Bolduc… J’en oublie peut-être. On avait décidé que, si on rendait jusqu’au bout, on se faisait faire un tattoo. »

Le Rouge et Noir s’est rendu « jusqu’au bout » en novembre 2016. Il s’est quand même écoulé deux ans avant qu’un membre de la Mafia complète le pacte. Pruneau a lui-même dessiné le logo. Les lettres « F » et « M » se retrouvent désormais en évidence, au centre d’un emblème orné de trois fleurs de lys.

Pruneau s’est inspiré des armoiries de sa belle-famille.

Le résultat est joli... Sauf que ses compagnons d’armes n’ont pas l’air pressés de l’imiter.

Ça m’a donné le goût de l’interroger sur les origines de la démarche.

Il arrive parfois qu’une idée fasse l’unanimité, au sein d’un groupe, à trois heures du matin.

La même idée peut obtenir beaucoup moins d’appuis, lorsque les membres du groupe se réunissent pour en reparler, une douzaine d’heures plus tard.

« C’était pas une grosse brosse ! C’était bien réfléchi », jure Pruneau.

« Je pense qu’on a pris cette décision durant un dîner, chez moi. Un petit barbecue, il me semble. »

Si l’idée était réfléchie, quelque chose d’autre cloche. Les autres membres de la Mafia manquent peut-être de cran. Certains ont peut-être passé l’âge où on s’injecte de l’encre dans la peau pour des raisons esthétiques.

Avec ses tempes et sa barbe grisonnantes, Patrick Lavoie a l’air d’un des sages vétérans de la Ligue canadienne de football, ai-je souligné.

« Pat ? Il est plus willing qu’on pense. C’est Arnaud, le problème. Lui, je suis convaincu qu’il ne le fera jamais », a répondu Pruneau.

Il a pris une pause. Il a ri. Il était fier d’avoir trouvé une façon de défier publiquement l’ailier défensif.

« Tout le monde est willing, enchaîne Pruneau. En même temps, je doute un peu de tout le monde, parce que je ne vois pas de résultats. »

« Pat doit simplement chercher les bons arguments pour convaincre sa femme... »

Dans moins d’un mois, le Rouge et Noir fêtera ses cinq ans. L’équipe a joué son premier match en saison régulière le 3 juillet 2014.

L’organisation n’a pas mis de temps à se construire une identité fort intéressante. Cette identité repose sur une foule de petites choses. La French Mafia en fait certainement partie.

« Les choses ont évolué, je dirais. Au début, les premiers gars avec qui c’est parti, ça nous a fait un bond ultra spécial », explique Pruneau.

« Je pense que maintenant, ça représente surtout une place, dans notre ligue, où les francophones savent qu’ils sont respectés. Une place où on a du plaisir à jouer. Une place où on peut parler français dans le locker room. »

« Quand on parle de football, entre nous, on parle anglais, évidemment. Quand on a le goût de prendre un break sur l’heure du midi, on peut parler français. C’est respecté, ici. Personne ne s’oppose à ça. Ailleurs, dans la ligue, c’est parfois mal vu. »

Le mot se passe, parce que de nouveaux joueurs francophones se présentent chaque année à Ottawa.

Pruneau veut d’ailleurs que le mot se passe. Les nouveaux membres de la Mafia peuvent se faire tatouer. Ce n’est pas exclusif aux champions de la coupe Grey.