Sylvain St-Laurent
Encore lié aux Olympiques de Gatineau par un fort sentiment d’appartenance, Maxime Talbot ne ferme pas la porte à un rachat de l’équipe. Mais son groupe, mené par Luc Robitaille, n’est pas prêt à faire une offre.
Encore lié aux Olympiques de Gatineau par un fort sentiment d’appartenance, Maxime Talbot ne ferme pas la porte à un rachat de l’équipe. Mais son groupe, mené par Luc Robitaille, n’est pas prêt à faire une offre.

La cavalerie

CHRONIQUE / Au bout du fil, Maxime Talbot était mal à l’aise.

« Je ne peux pas nier que j’ai participé à une rencontre avec Luc Robitaille », m’a-t-il avoué.

« Mais les gens doivent comprendre que c’est embryonnaire. »

Avec ses 285 000 habitants, Gatineau est une grande ville. Mais une « petite » grande ville. Une ville dans laquelle on connaît bien son voisin. Et une ville dans laquelle les potins circulent assez rapidement.

Nous étions quelques-uns à savoir qu’un groupe d’anciens hockeyeurs de la LNH s’est réuni, cet automne, pour jeter les bases d’un projet. Et ce projet, c’est le rachat de la franchise la plus titrée de l’histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Nous ne connaissions pas tous les détails. Les gens qui nous avaient mis la puce à l’oreille ne voulaient pas trop en dire. Mais le mot continuait à circuler. C’était une question de temps avant que ça devienne public.

Tout le monde sait, maintenant. Alors que le groupe de 10 propriétaires actuel des Olympiques traverse une crise sans précédent, des collègues du 104,7 FM ont décidé que le temps était venu. Le chat est sorti du sac en début de journée.

Talbot se trouvait alors sur la route, en plein cœur de la réserve faunique des Laurentides. Il se rendait au Saguenay, dans son nouveau rôle d’agent de joueurs, pour assister au Challenge de la Ligue midget AAA du Québec.

Son téléphone portable s’est mis à sonner, sans arrêt.

Il a décidé de me passer un coup de fil pour nous éclairer, un peu.

« Je regarde ça, ce matin, de l’extérieur. Je reçois des textos... Vous devez comprendre qu’il n’y a pas encore eu d’offre d’achat », dit-il.

La vente des Olympiques, ce n’est donc pas pour demain.

« Je ne veux pas nier, non plus, toutes les informations qui circulent. Selon ce que je vois, ça ne va pas pantoute à Gatineau », ajoute Talbot.

S’il ne veut pas nier, c’est que l’intérêt est réel.

« Dans les bonnes conditions, c’est clair qu’on serait intéressés. »

« Je suis un gars fier. Je suis un ancien Olympique. Je trouve ça dommage de voir ce qui se passe à Gatineau. Quand je vois les images, je trouve ça désolant. »

« Je ne sais pas pourquoi les gens ne se présentent pas à Guertin. Je peux te dire qu’en tant qu’ancien joueur, ça me fait beaucoup de peine. »

***

Talbot n’est pas un ancien joueur comme tous les autres. Il est, possiblement, le plus grand capitaine de l’histoire des Olympiques. Celui sans qui la conquête de la Coupe du président n’aurait pas été possible, en 2004.

Luc Robitaille

Robitaille a lui aussi bu du champagne dans cette coupe. En 1986, les gars de Hull avaient présenté une fiche parfaite de 15 victoires contre aucune défaite, durant les séries éliminatoires.

Au printemps 1986, en 15 parties, Lucky Luke avait récolté 44 points.

L’arrivée de ces deux fils prodigues dans le groupe des propriétaires aurait un peu l’effet de la cavalerie, dans le dernier acte d’un vieux western.

Ils seraient accueillis comme des sauveurs.

Surtout qu’ils n’arriveraient sans doute pas seuls. D’autres riches hockeyeurs ont été approchés.

Encore là, rien n’est réglé. 

Il faut faire attention aux rumeurs. Ailleurs, vendredi, on a par exemple affirmé que Claude Giroux serait prêt à embarquer.

J’ai plutôt compris, entre les branches, que Giroux n’est pas convaincu du timing. Quand sa carrière de joueur sera terminée, ce type d’investissement pourrait l’intéresser. Mais il ne veut pas se contenter d’un rôle d’investisseur muet. Il souhaite s’impliquer. En ce moment, avec ses rôles de père, d’époux et de capitaine des Flyers de Philadelphie, le temps lui manque.

***

En surface, cette histoire d’anciens joueurs qui sont prêts à voler au secours de leur ancien club junior a un petit quelque chose de séduisant.

Les Olympiques ont besoin de changements en profondeur. Ils ont besoin d’un grand coup de barre. Ils ont besoin de dirigeants compétents qui savent ce qu’ils font.

Ils ont besoin de gens qui sont capables de reconstruire ce qui s’est abîmé et ce qui a été détruit.

Maxime Talbot et Luc Robitaille pourraient incarner ce changement, mais ils ne pourraient tout faire seuls. Il faudrait qu’ils arrivent avec un solide plan, et qu’ils soient bien entourés.

Ils ont le temps d’y penser. Parce que la cavalerie n’est pas près d’arriver.