Julien Fournier a arbitré son premier match dans la LNH lundi alors que les Sénateurs affrontaient le Wild, à Ottawa.

Grand jour pour deux arbitres

CHRONIQUE / Il y a du bon monde, au sein de la confrérie des arbitres de la Ligue nationale de hockey.

Le juge de lignes gatinois Julien Fournier devait faire ses débuts officiels dans les majeures, en ce long week-end. Les gens qui sont responsables des affectations auraient pu l’envoyer n’importe où. On aurait pu le faire travailler à Philadelphie, où il s’est installé pour l’hiver. On aurait pu l’envoyer tout près, à New York, au New Jersey.

On aurait pu l’envoyer n’importe où, vraiment.

On a choisi de lui faire vivre ce moment spécial à Kanata.

C’est ainsi qu’une bonne quarantaine de personnes ont franchi les portes du Centre Canadian Tire avec des chandails zébrés sur le dos, lundi après-midi. Il y avait une grand-mère. Des tantes. Plusieurs amis d’enfance. Des gens rencontrés dans le réseau du hockey mineur, en Outaouais. Des anciens collègues de classe du cégep, en Techniques policières.

Il y avait aussi un père. Un père très fier. Un homme sans qui Julien Fournier n’aurait probablement jamais choisi le métier d’officiel.

J’ai parlé à Daniel Fournier en milieu d’avant-midi, lundi. Il partageait un repas avec des amis de son fils, avant de se mettre en route vers l’aréna.

« C’est un peu gênant », a-t-il dit, quand j’ai voulu savoir où tout avait commencé.

Il a quand même pris le temps de bien me raconter sa rencontre avec celle qui allait devenir la mère de Julien.

Parce que c’était important.

Ça s’est passé dans une ligue de hockey balle.

Daniel commençait à s’intéresser à l’arbitrage. Il venait de conclure sa propre carrière de hockeyeur. Il avait disputé ses dernières saisons dans les rangs juniors, sous les ordres d’un certain Jacques Martin, à Rockland.

Toujours est-il que, dans la ligue de hockey balle, une joueuse lui était tombée dans l’œil.

Mais il n’était pas l’unique admirateur de cette joueuse, une dénommée Kathleen. Un autre arbitre était aussi sous le charme.

Il devait agir très rapidement. Il a donc pris la seule décision qui s’imposait.

« Je lui ai décerné une pénalité. Une pénalité qu’elle ne méritait absolument pas ! »

« Elle s’était rendue dans un coin. Elle s’était contentée d’enlever la balle à une autre joueuse. J’ai levé le bras et j’ai signalé une infraction. »

Il a profité du trajet jusqu’au banc des pénalités pour l’inviter à sortir.

« J’ai rapidement avisé mon collègue qu’il était trop tard pour lui. »

On peut donc conclure qu’il aura fallu une erreur d’arbitrage pour que le nouvel arbitre de la LNH puisse voir le jour.

On peut aussi conclure que Daniel Fournier est un sacré veinard. On connaît des joueuses au tempérament bouillant qui, dans pareilles circonstances, n’auraient pas répondu de façon positive à ses avances.

Daniel Fournier est aussi passionné.

Il n’a pas accroché son sifflet après cette rencontre. Il a continué à travailler dans des arénas de quartier. Et il continue toujours. Il travaille « plusieurs » jours par semaine, dans des ligues de garage d’Ottawa.

Faut bien meubler ses temps libres, me dit-il.

C’est d’ailleurs un peu pour cette raison que je voulais lui parler, lundi, en ce jour de fête.

On m’avait expliqué que Daniel avait encouragé Julien à se tourner vers l’arbitrage.

À l’adolescence, le fils n’était pas différent des autres garçons. Il préférait jouer.

« Le plaisir de l’arbitrage, c’est l’adrénaline. Prendre des grosses décisions, dans un match important, ça donne des émotions fortes. Et Julien dirait la même chose que moi, aujourd’hui. »

« Bon, c’est vrai que certains soirs, c’est moins le fun... »

C’est aussi pour ça que j’avais envie de lui parler.

On raconte toutes sortes d’histoires d’horreur, dans nos arénas.

Des joueurs adultes frustrés qui bousculent des arbitres. Des parents enragés qui engueulent des adolescents, depuis les gradins.

Daniel Fournier doit être capable d’endurer tout ça quand il est lui-même visé par les critiques.

Ça devait être diablement plus difficile de rester de glace quand il voyait un autre adulte s’en prendre à son propre garçon.

« Des fois, c’était difficile. Mais il faut toujours faire preuve de retenue. Parce que Julien a toujours bien géré tout ça. »

Lundi, à Kanata, Daniel Fournier s’est donné le droit d’être — un peu — émotif.

« C’est la fierté, vous savez. Kathleen et moi, on est vraiment fiers de son travail. »