Depuis 2008, sous le leadership de Pierre Dorion, les Sénateurs ont repêché 22 joueurs qui ont disputé plus de 100 matches dans la LNH.

En attendant le nouveau patron

CHRONIQUE / On peut choisir de croire, aveuglément, tout ce qui est écrit dans la courte déclaration que les Sénateurs ont envoyée aux médias, ce week-end.

On peut aussi douter.

C’est sain, le doute.

Au cœur de ce laconique message, les Sénateurs insistent : Eugene Melnyk n’a pas perdu confiance en Pierre Dorion.

Ça m’a tout l’air d’un beau, gros vote de confiance. Et on sait ce que ça vaut, dans le merveilleux monde de la Ligue nationale de hockey, un vote de confiance...

D’ailleurs, durant son très remarqué passage sur les ondes d’une station de radio d’Ottawa, la semaine dernière, M. Melnyk n’a-t-il pas lui-même déclaré que les six prochains mois seront « déterminants » pour Dorion et son équipe ?

Dans la plupart des arénas de la LNH, le directeur général, c’est le capitaine du navire. Son titre ne pourrait pas être plus clair. C’est lui qui donne une « direction générale » à toute l’organisation.

Pour embaucher un président aux opérations hockey chez les Sénateurs, il faut d’abord créer un nouveau poste, tout en haut de la pyramide.

Si ce poste est plus haut que celui du DG dans l’organigramme, Dorion devra obtenir l’aval de son patron avant de prendre toutes ses décisions.

Si on considère que les deux hommes sont égaux, ils devront trouver une façon de travailler, main dans la main, dans un climat harmonieux.

Ça pourrait fonctionner.

Ou pas.

Dans leur courte déclaration du week-end, les Sénateurs ont indiqué que le nouveau président viendra « combler le vide laissé par le regretté Bryan Murray ».

Pendant une bonne décennie, M. Melnyk a fait preuve d’une loyauté sans borne à l’endroit de son DG. Ce dernier lui a bien rendu. Il a dirigé avec beaucoup de dignité l’organisation. Sa seule présence inspirait le respect.

Les joueurs de grand talent et d’expérience ne se précipitaient pas vers les portes de sortie, durant les années où Bryan Murray se trouvait à la tête de l’organisation.

Embaucher un homme de hockey crédible pourrait donc aider.

Durant cette période trouble, les Sénateurs ont grand besoin d’un porte-parole solide pour livrer leurs messages aux partisans.

On peut quand même apporter une nuance, ici. Quand il a cédé le fauteuil du DG à son dauphin Dorion, M. Murray avait accepté de jouer le rôle de « conseiller principal hockey » chez les Sénateurs.

Entre un « conseiller » et un « président », il existe un monde de différences.

On peut aussi s’interroger sur la pertinence d’agir maintenant, alors qu’une grosse partie du travail de reconstruction a déjà été accompli. Les joueurs qui commandaient de forts salaires sont, pour la plupart, partis. Il ne reste plus qu’à bien encadrer les jeunes pour qu’ils poursuivent leur développement, tout en utilisant les choix de repêchage acquis pour enrichir la banque d’espoirs.

Le repêchage... C’est justement là que Dorion brille !

Si le bilan de ses trois premières années dans le rôle de DG n’est pas parfait, son profil d’évaluateur de talent est nickel.

Depuis 2008, sous son leadership, les Sénateurs ont repêché 22 joueurs qui ont disputé plus de 100 matches dans la LNH. Plusieurs belles prises — Mike Hoffman, Mark Stone, Jean-Gabriel Pageau, Christian Wolanin et Christian Jaros — ont été réalisées dans les rondes tardives.

Le développement, c’est plus délicat. Un bon DG n’y peut pas grand-chose. On connaît le vieux dicton : ça prend tout un village pour élever un hockeyeur.

Les Sénateurs ont besoin de ressources supplémentaires sur le terrain. Ça, on ne le dira jamais assez. Un président aux opérations hockey ne réglera pas tout.