Wade Redden et Chris Phillips sont pratiquement arrivés en même temps avec les Sénateurs d’Ottawa. Les anciens colocataires ont participé à la cérémonie en hommage à l’ancien numéro 4.

Deux vieux colocs

CHRONIQUE / Parce qu’il vit dans l’ouest canadien, Wade Redden a rarement la chance de passer au Centre Canadian Tire.

C’est un peu dommage.

On est toujours contents de le revoir.

Plusieurs anciens joueurs étaient en ville, lundi et mardi, pour assister à la grande soirée de Chris Phillips.

Redden a vécu les dernières heures un peu plus intensément que les autres.

Il suffit de remonter au tout début de l’histoire. Phillips et lui sont arrivés à Ottawa pratiquement en même temps. Ils étaient tous les deux jeunes et célibataires. Ils venaient – sensiblement – du même coin. Ils représentaient l’avenir des Sénateurs, en défensive.

Ils sont vite devenus amis. Ils sont même devenus colocataires. Ils ont loué, ensemble, la maison qui appartenait à un ancien défenseur de l’équipe, Brad Shaw.

Redden était content de parler de tout ça, quand je l’ai pris à part, en matinée, pas trop loin du vestiaire des Sénateurs.

« Notre maison était assez grande. Nos parents nous rendaient constamment visite, m’a-t-il confié. En fait, je me dis que c’est peut-être ce qui nous a permis de tisser des liens très forts, très rapidement. »

« Sais-tu quoi ? Les familles d’à peu près tous nos coéquipiers passaient nous voir. Les parents d’Alfie nous visitaient régulièrement. Quand Neiler et Fish sont arrivés, on a très vite appris à connaître leurs parents, aussi. On dit qu’une équipe de hockey, c’est une famille. Dans notre cas, bien précis, il s’agissait d’une très grande famille. C’était une bien belle époque. »

J’ai toujours pensé qu’on avait sous-estimé l’importance de cet esprit de famille.

Au début des années 2000, les Sénateurs n’avaient pas de misère à remplir leur gros aréna de Kanata. L’équipe gagnait régulièrement, ce qui ne devait pas nuire. Phillips, Redden, Daniel Alfredsson, Chris Neil et Mike Fisher avaient eu le temps de se marier, d’avoir des enfants.

Il suffit de remonter au tout début de l’histoire. Chris Phillips et Wade Redden sont arrivés à Ottawa pratiquement en même temps. Ils étaient tous les deux jeunes et célibataires.

Ils étaient tous perçus comme de « bons gars ». Le type de gars dont on aurait voulu comme voisins. Dans une « petite » grande ville comme Ottawa, où tout le monde se connaît, c’était un formidable outil de marketing.

D’ailleurs, on pouvait facilement ajouter Patrick Lalime, Marian Hossa, Jason Spezza et Antoine Vermette à ce groupe.

Redden est d’accord avec moi, là-dessus.

« Je me souviens d’une année, en particulier. On gagnait régulièrement, sur la patinoire, mais l’organisation connaissait certaines difficultés financières. Notre président, Roy Mlakar, avait refilé à chaque joueur quelques dizaines de billets. Il voulait qu’on les distribue, gratuitement, dans la communauté. C’était comme un petit coup de pouce, pour l’aider à remplir l’aréna. On avait accepté avec plaisir. Tout le monde voulait gagner. Tout le monde était heureux de jouer ici. »

Avec l’éloignement, Redden peut difficilement continuer de s’impliquer auprès des Sénateurs. Phillips le fait merveilleusement bien.

Il a passé les dernières années de sa carrière d’athlète à jouer le rôle de « grand frère », dans le vestiaire.

« On peut presque dire qu’il est le grand-père, maintenant », m’a lâché Redden, avec un sourire moqueur.

C’est à ce moment, précis, qu’on a entendu une voix s’élever, dans l’ombre.

« Un grand-père ? Où ça, un grand-père ? Clairement, vous ne parlez pas de moi ! »

Le vieux coloc était venu nous rejoindre.

Chris Phillips avait un peu l’air fripé. Un souper a été organisé dans un restaurant d’Ottawa, lundi soir. Les anciens sont restés attablés jusqu’à très tard, à se raconter leurs histoires du bon vieux temps.

« Je ne sais pas trop si ça se passe comme ça, dans les autres professions. Quand je retrouve mes anciens coéquipiers, j’ai toujours l’impression que je ne les ai jamais vraiment quittés. On se met à jaser et j’ai tout de suite l’impression de revenir en arrière. Tout d’un coup, nous sommes sur la route, à la veille d’un gros match. C’est toujours la même histoire. C’est toujours spécial. »

Et cette amitié a toujours dépassé les cadres de la patinoire.

« Je suis d’accord avec Wade à 100 %, a conclu Phillips. On connaissait les parents de nos coéquipiers. On connaissait aussi leurs frères et leurs sœurs. On formait une très grande famille. »