Le défenseur Maxime Lajoie a été relégué à Belleville durant le camp d'entraînement.

C’est physique, pas mental

CHRONIQUE / Certains observateurs ont été surpris — et déçus — quand Maxime Lajoie a été retranché, au camp d’entraînement des Sénateurs.

Ces gens estimaient que le jeune défenseur franco-albertain avait suffisamment bien joué pour entreprendre la saison dans la Ligue nationale

Qu’en pense le principal intéressé ?

« Ouin… J’ai trouvé que j’ai connu un bon camp, même s’il y a eu des petites erreurs ici et là. J’aurais pu être un peu plus… on peut dire… en forme. »

Il m’a fait cette confidence, plus tôt cette semaine, quand je me suis fait un petit voyage d’un jour dans la ville où évoluent les Senators de la Ligue américaine.

C’est une révélation un peu surprenante.

Il s’agit peut-être du plus gros cliché sportif, en Amérique du nord, en septembre. Les hockeyeurs de partout débarquent dans les camps d’entraînement des équipes de la LNH en claironnant, fièrement, qu’ils n’ont jamais été aussi en forme.

Je pète le feu, monsieur.

Je ne me suis jamais senti aussi bien, madame. De toute ma vie !

Et là, on trouve un jeune homme de 21 ans, qui a tout à prouver, et qui reconnaît que son programme d’entraînement estival n’était pas optimal.

« C’est mon cardio, précise-t-il. Je n’ai peut-être pas fait assez de cardio, à l’extérieur de la glace. Je n’étais pas très content des résultats de mon skate test. C’est une des choses sur lesquelles je travaille, ici. J’ai repris le test, mardi. Les résultats sont déjà meilleurs. »

Voilà. Lajoie aurait pu se présenter au camp dans une meilleure forme physique. Il a été retranché.

Ceci explique — probablement — cela.

Les gens qui lisent régulièrement cette chronique doivent s’intéresser, de façon générale, à l’actualité sportive. Ils doivent donc garder un œil sur ce qui se passe à RDS. Ils doivent savoir que l’ancien entraîneur-chef des Sénateurs, Guy Boucher, y travaille à titre de commentateur depuis environ un mois.

Et il fait un boulot extraordinaire.

Comme on s’attendait.

On retient surtout sa première intervention, dans le podcast On jase.

Ça s’est passé il y a un mois, jour pour jour. Dans un monologue enflammé de trois minutes et 30 secondes, il a parlé des erreurs que les directeurs généraux de la LNH commettent, chaque année, en retenant au sein de leurs formations des joueurs qui ne sont pas prêts.

Il cite Brett Connolly, qui a évolué dans le premier trio du Lightning de Tampa Bay alors qu’il n’avait que 19 ans. C’était trop, pour lui. Trop difficile mentalement. Trop difficile émotivement.

Il a mis des années à se rebâtir une confiance.

Je me suis demandé, en l’écoutant, si la même chose ne s’était pas produite avec Lajoie, l’an dernier.

Il a réussi à gagner un poste en connaissant un solide camp d’entraînement. Il est devenu la saveur du mois d’octobre en récoltant sept points à ses six premiers matches réguliers.

Après ?

Après, la dure réalité a commencé à le rattraper. On lui demandait d’affronter soir après soir, les meilleurs attaquants adverses. Il en ressortait plus souvent qu’autrement avec un différentiel négatif.

Je me suis longtemps demandé dans quel état d’esprit il se trouvait, à la fin du mois de février, quand la direction du club s’est finalement résignée à le renvoyer dans les mineures.

« C’est certain que perdre, c’est plate, commente-t-il, aujourd’hui. Des fois, je voyais que mon différentiel glissait dans la mauvaise direction. Je ne pense pas que ça m’a enlevé ma confiance. »

« Je voulais juste jouer mon jeu. Je ne produisais pas autant qu’en début de saison, mais j’avais l’impression que mon jeu s’améliorait en zone défensive. Les petits succès, comme ça, me gardaient motivé », précise-t-il.

Lajoie m’a parlé de l’hernie sportive, qui commençait à l’indisposer, et qui l’a finalement contraint à mettre un terme à sa saison de façon prématurée.

Ses problèmes ont toujours été physiques, donc. Dans la tête, tout va toujours très bien.

Au fil de notre conversation, il a quand même reconnu que la décision de le renvoyer à Belleville alors que l’hiver achevait l’a pris par surprise.

« Quand t’es là, tu t’imagines que ta place est faite. Tu penses que tu vas rester là. J’ai appris qu’il ne faut jamais baisser la garde. »

Tandis qu’Erik Brännström jouait à Vegas, jeudi soir, Lajoie se préparait pour son prochain défi.

Les Bears de Hershey seront à Belleville, vendredi soir.