Sylvain St-Laurent
L’ancien des Sénateurs Brandon Bochenski a été élu maire de Grand Forks qui compte près de 60 000 habitants.
L’ancien des Sénateurs Brandon Bochenski a été élu maire de Grand Forks qui compte près de 60 000 habitants.

Brandon Bochenski à la mairie

CHRONIQUE / Brandon Bochenski. Même s’il n’a fait que passer, et même si ça fait longtemps, on n’a pas oublié son nom, dans le coin.

Ça s’est passé à l’automne 2005. Le lock-out qui avait paralysé la Ligue nationale de hockey pendant un an était – enfin – terminé. L’avenir semblait radieux pour les partisans des Sénateurs d’Ottawa.

Le directeur général John Muckler avait fait l’acquisition d’un vrai marqueur naturel, Dany Heatley, dans une transaction. Il devenait, de facto, le partenaire de jeu idéal pour le fabricant de jeux qu’était Jason Spezza.

Il fallait trouver un autre ailier pour compléter le trio. L’entraîneur-chef Bryan Murray, qui venait lui aussi d’arriver, voulait offrir la première opportunité à une recrue.

Bochenski s’imposait. En tant que recrue, durant la saison 2004-05, il avait réussi à marquer 34 buts dans la Ligue américaine.

Au départ, Murray a eu l’air d’un génie.

Pendant le camp d’entraînement, personne ne pouvait arrêter le trio de Bochenski, Heatley et Spezza.

Trois larrons en foire.

Quand la saison régulière a débuté, ça s’est moins bien passé. La recrue n’a pas été capable de suivre les deux jeunes vétérans.

Brandon Bochenski a porté les couleurs de Sénateurs en 2005.

Murray a fini par donner le deuxième poste d’ailier à Daniel Alfredsson. Pendant quatre ans, les Sénateurs ont aligné le meilleur trio de toute la Ligue nationale de hockey.

Après 20 matches, Bochenski est retourné d’où il venait. Il a été cédé à Binghamton.

À ce moment-là, on pensait que Bochenski venait de connaître ses 15 minutes de gloire.

On se trompait.

À 38 ans, Bochenski vient de faire une entrée fracassante dans l’arène politique. Une douzaine de mois après avoir accroché ses patins, il s’est présenté à la mairie de Grand Forks, ville universitaire et sportive qui compte près de 60 000 habitants, dans le Dakota du Nord. On lui accordait peu de chances de l’emporter. Il n’a pas encore de cheveux blancs. Il affrontait un homme politique d’une grande popularité. Le maire sortant, Mike Brown, était en poste depuis 20 ans.

L’élection a eu lieu mardi soir.

Bochenski a gagné. Il a récolté près de 50 % des votes.

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J’ai essayé de contacter le maire Bochenski, au lendemain de sa victoire.

Je me doutais bien que ce serait difficile.

Bochenski s’est fait élire en pleine pandémie, en promettant de réduire les taxes foncières tout en relançant l’économie en encourageant les entrepreneurs.

Il en aura plein les mains.

Ottawa, pour lui, ça doit être très loin. Quand on y pense, il a connu, ici, sa première tranche de 15 minutes de gloire.

Dans les années suivantes, Bochenski a compris qu’il était trop fort pour la Ligue américaine, mais pas assez fort pour la LNH. Il a effectué de brefs passages à Chicago, à Boston, à Anaheim, à Nashville ainsi qu’à Tampa pour s’en rendre compte.

Les joueurs qui sont trop forts pour les mineures, mais pas assez forts pour les majeures, finissent souvent par aboutir en Europe. C’est ce qu’il a fait.

Sur le vieux continent, souvent, les Nord-Américains doués se transforment souvent en mercenaires. Ils se promènent d’un pays à l’autre, à la recherche du contrat de courte durée le plus lucratif possible.

Bochenski n’a pas fait ça. Il a décidé de s’installer au Kazakhstan. Astana, la capitale de ce petit pays, a sa propre équipe dans la KHL.

Il a passé huit saisons complètes, là-bas. Au moment d’accrocher ses patins, en 2018, il était le meilleur marqueur étranger de l’histoire de ce circuit.

Il faut comprendre que Bochenski est un type fidèle. Grand Forks n’est pas la ville où il a grandi. C’est plutôt celle où il a fait ses études universitaires.

J’y suis déjà allé, en 2005, pour couvrir le Championnat du monde de hockey junior.

Et c’est une petite ville complètement folle de hockey. Une ville qui possède un aréna de 12 000 sièges d’une beauté exceptionnelle. Sérieusement. Les équipes de la LNH n’ont pas toutes la chance de miser sur des installations d’aussi bonne qualité.

Et ça, c’était il y a 15 ans.

J’ai passé un coup de fil à l’entraîneur des Fighting Hawks, l’automne dernier. Il dirige deux des plus beaux espoirs des Sénateurs, Jacob Bernard-Docker et Shane Pinto.

«Il faudra que tu reviennes faire un tour, m’a dit le monsieur, Brad Berry. On a fait des gros travaux de rénovation.»

Le hockey a occupé une grande place dans la campagne électorale de Brandon Bochenski.

Le temps nous dira si, une fois élu, il continuera de travailler fort dans les coins.