Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Derick Brassard
Derick Brassard

«Big Game Brass» mérite un autre contrat

CHRONIQUE / Le printemps dernier, je regardais, curieux, Derick Brassard s’amuser avec son nouveau joujou.

Clairement, le jeune homme n’a pas l’intention de se contenter d’un rôle de partenaire silencieux chez les Olympiques de Gatineau. Son expérience dans le hockey junior et professionnel lui procurent une perspective différente des autres actionnaires. Brassard voudra s’impliquer. Il voudra faire fructifier son investissement.

Je lui en ai glissé un mot, un bon jour. Il m’a rapidement vu débarquer, avec mes gros sabots.

«Je ne suis pas en train de préparer mon après-carrière», m’a-t-il juré.

Il ne ferme pas de portes! Un jour, peut-être, dans un avenir lointain...

C’est juste qu’il n’a pas commencé à y penser. Il n’est pas prêt à mettre un terme à sa carrière actuelle d’athlète professionnel. Il lui reste quelques belles années au compteur.

Du moins, c’est ce qu’il disait au printemps.

À l’époque, je n’étais pas entièrement convaincu.

Il avait été difficile, pour lui, de se trouver un contrat pour la saison 2019-20. Et cette saison n’a pas été la meilleure de sa carrière.

Dans une ligue qui veut plus que jamais se rajeunir, combien de temps pourra-t-il survivre?

Mon idée a changé.

Brassard peut encore jouer dans la LNH, j’en suis convaincu. Il a prouvé, durant ces curieuses séries éliminatoires, qu’il peut toujours se rendre utile.

Je vous donne un exemple. Mardi matin, Brassard a été envoyé au bâton. On lui a demandé de participer à la conférence de presse d’avant-match des Islanders.

C’est un exercice qui se répète, chaque jour, depuis le début des séries. Chaque équipe délègue deux ou trois joueurs pour aller répondre aux questions des journalistes, par visioconférence.

Mardi matin, c’était délicat. Les Islanders faisaient face à l’élimination pour la première fois. Il fallait donc choisir des joueurs qui étaient capables d’en prendre. Des joueurs qui n’allaient pas se laisser distraire. Des gars qui ont vu neiger.

Ils ont choisi Brassard et le défenseur Nick Leddy.

Presque toutes les questions étaient dirigées vers le Hullois.

Ça n’avait pas vraiment l’air de le déranger. Il a dit ce qu’il fallait. Et même un peu plus.

«Il ne faut pas oublier que les Flyers nous ont fait le coup, lors de la ronde précédente», a-t-il commenté.

Au deuxième tour, pour ceux qui auraient oublié, les Islanders étaient en position d’éliminer leurs rivaux après le match numéro quatre.

Ils ont réussi à survivre en remportant les matches cinq et six. Ils ont fini par rendre les armes dans la septième partie.

«Il faut juste gagner le prochain match. Si on gagne le prochain match, on va les pousser à réfléchir. Ils devront réfléchir à cette quatrième victoire, qui est toujours la plus difficile à obtenir.»

Les Islanders l’ont finalement remporté, ce fameux «prochain» match. Ça n’a pas été joli. Les Islanders sont efficaces, pas élégants. Mais le travail a été fait.

Brassard n’a pas été surtaxé, mardi soir. C’est peut-être une bonne chose. Les deux prochains matches seront les plus importantes de la saison des Islanders. Et on connaît sa réputation dans les matches importants...

Renaud Lavoie, de TVA Sports, a voulu parler de tout ça, avant le match numéro cinq. Il a rappelé à Derick Brassard qu’on lui a donné un surnom, il y a quelques années, quand il portait les couleurs de l’autre équipe de la grande ville de New York.

Big Game Brass.

Le réputé columnist du New York Post, Larry Brooks, lui a collé cette image flatteuse, durant ses printemps glorieux où il collait les grosses performances dans le camp des Rangers.

Brassard n’a pas vraiment voulu embarquer là-dedans.

«Mon rôle est un peu différent», a-t-il répondu.

«À cette période de l’année, il y a toujours des joueurs qui élèvent leur jeu d’un cran. Je l’ai fait, dans le passé. Cette année, on m’a souvent retiré de la formation. Je devais tout le temps travailler sur ma confiance.»

La confiance n’avait pourtant pas l’air de faire défaut, au début du mois. Avec cinq points en cinq matches, Big Game Brass a connu sa séquence la plus productive des séries, après avoir été laissé de côté pendant trois parties d’affilée.

À une autre époque, Derick Brassard n’aurait pas très bien réagi, si son entraîneur l’avait écarté pendant trois matches.

Cette année, il a réagi exactement comme il fallait.

La sagesse, c’est une belle qualité, chez un vétéran.

Parfois, ça permet de prolonger des carrières.