Les amateurs de ski de haute route peuvent s’amuser sur le mont des Allemands, dans le nord du Lac-Saint-Jean.

Ski de haute route: un nouveau terrain de jeu au Lac-Saint-Jean

Depuis deux ans, un groupe de skieurs de haute route défrichent un nouveau terrain de jeu sur le mont des Allemands, dans le nord du Lac-Saint-Jean, offrant un mélange d’aventure et de défi personnel pour les adeptes de poudreuse.

En se promenant dans les chemins forestiers sur la ZEC des Passes, Guillaume Tremblay Boulet, un ingénieur forestier au ministère de la Faune, de la Forêt et des Parcs (MFFP), a décelé un impressionnant potentiel pour le ski de haute route, il y a trois ans. « Au kilomètre 60, on retrouve des landes forestières sur des montagnes qui font près de 150 mètres de haut, explique-t-il. C’était super à skier, mais l’engouement pour la motoneige hors-piste a rendu le secteur inutilisable pour les skieurs », déplore l’adepte qui a tenté de préserver un couloir de neige poudreuse en ajoutant des pancartes, mais sans succès.

À défaut de pouvoir profiter des champs de neige dans les landes, Guillaume Tremblay Boulet et sa conjointe Julie Lessard, qui ont découvert le ski de haute route, aussi appelé ski hors-piste ou ski de montagne, au mont Lac-Vert, puis au mont Édouard, se sont mis à la recherche de montagnes accessibles pour faire des aménagements spécifiques pour le ski de haute route. Grâce à leur savoir-faire en cartographie et en géomatique (Julie Lessard est géomaticienne au MFFP), ils ont repéré les secteurs à fort potentiel, avant de sélectionner une montagne dans le secteur du lac Alex sur la ZEC des Passes, au nord de Saint-Ludger-de-Milot. « On cherchait une montagne à proximité de la route pour minimiser le temps de déplacement », note l’ingénieur forestier.

À l’automne 2017, Guillaume Tremblay Boulet réussit à obtenir tous les permis et autorisations nécessaires pour débroussailler une première piste. Avec Julie Lessard, il recrute un groupe de bénévoles (dont l’auteur de ces lignes) pour développer un nouveau terrain de jeu, sur le mont des Allemands, nommé informellement ainsi en l’honneur d’un camp de prisonniers allemands qui a été construit dans le secteur pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans un premier temps, les adeptes ont aménagé une première piste ouverte, sur un versant où l’on retrouve une pente moins forte, entre 20° et 25° d’inclinaison, pour permettre à tous les pratiquants d’y trouver leur compte. Pour ajouter un peu de confort à l’expérience, ils ont fait l’achat d’une cabane à pêche qui fait office de chalet de ski, question de se réchauffer au pied des pentes.

C’est ainsi qu’à l’hiver 2017-18, quelques fervents de neige poudreuse ont pu savourer la joie de descendre la piste qu’ils avaient eux-mêmes défrichée. « C’est stimulant de façonner la pente à notre goût, parce que chaque nouvelle ouvre la porte à de nouveaux défis, soutient Julie Lessard, qui trouve une source de fierté à avoir amorcé ce projet. Il nous permet de skier des secteurs qui n’auraient pas vu le jour sans notre implication, et de profiter pleinement de l’hiver à proximité de chez nous. »

Cette première piste a aussi permis de faire connaître le sport à des skieurs habitués aux centres de ski, comme Patrice Drolet. «C’est vraiment satisfaisant de monter la pente par ses propres moyens et de skier dans la poudreuse, dit-il. C’est un vrai dépaysement, une aventure qui permet de se dépenser pleinement.»

Au cours de l’année, le groupe de skieur a fondé un organisme à but non lucratif, Ski hors-piste Lac-Saint-Jean (SHPLSJ), pour faire la promotion du sport. Plus récemment, l’OSBL a reçu un financement de la Fédération québécoise de montagne et d’escalade (FQME), en s’affiliant à son réseau qui compte maintenant 14 sites, pour développer une deuxième piste sur un terrain plus abrupt avec une pente de 30° à 40° d’inclinaison sur un dénivelé de 210 mètres.

En s’associant à la FQME, les promoteurs obtiennent ainsi une assurance en responsabilité civile et les pratiquants doivent payer des frais de 32 $ pour la saison, ou 10 $ pour une journée pour accéder au site, ce qui donne également une assurance invalidité personnelle et le transport d’urgence le cas échéant. « Chaque nouveau membre nous donne possibilité d’investir dans de futurs sites ou sur les sites existants », remarque Maxime Bolduc, directeur ski de montagne pour la FQME, qui a vu le nombre de sites affiliés doubler en 2018.

Étant donné les risques associés à la pratique du sport, Guillaume Tremblay Boulet recommande d’être accompagné pour une première sortie. Tous les détails sont disponibles sur la page Facebook de Ski hors piste Lac-Saint-Jean.

Au cours des prochaines années, Ski hors piste Lac-Saint-Jean souhaite aménager davantage de pistes sur le mont des Allemands et éventuellement trouver d’autres sites d’intérêt dans la région. Les promoteurs planchent également sur l’idée d’offrir un service de guide et d’offrir des séjours en tente prospecteurs sur des territoires nordiques.

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SKI DE HAUTE ROUTE POUR LES NULS

En ski de haute route, aussi appelé ski hors-piste ou ski de montagne, il n’y a pas de remonte-pente et les adeptes doivent eux-mêmes gravir la montagne qu’ils souhaitent descendre. Pour y arriver, ils mettent des « peaux de phoques », qui sont en fait des peaux synthétiques, sous leurs skis, ce qui permet une bonne adhérence pour faire l’ascension de la montagne. Cette technique permet d’accéder à des monts isolés où peu de skieurs sont passés auparavant, et de profiter de la neige poudreuse. 

Dans de tels secteurs souvent isolés, la sécurité doit être une priorité, car un accident peut rapidement devenir un cauchemar. Il est donc recommandé de skier en groupe de trois personnes. De plus, il existe des risques d’avalanche à plusieurs endroits. Les skieurs doivent donc porter le matériel adéquat (détecteur de victime d’avalanche, pelle, sonde) et ils doivent être formés pour reconnaître les risques et pour la recherche d’une victime. 

Outre le mont des Allemands, des secteurs de ski de haute route ont été aménagés au mont Lac-Vert et au mont Édouard au cours des dernières années.