Pour Richard Lapointe, le processus de sélection actuel des joueurs de hockey pour le midget AAA doit être revu, car présentement, il a l’impression que les organisations vendent du rêve aux jeunes.

Sélection du Midget AAA: du rêve à la déception

Le processus de sélection du midget AAA est-il un mirage pour les jeunes qui ont grandi dans la structure intégrée ? C’est ce que croit Richard Lapointe, père d’un gardien de 16 ans qui a grandi dans la structure intégrée des Espoirs et qui était un sérieux candidat au poste de gardien #2 à l’issue du camp d’entraînement des Élites midget AAA qui a pris fin dimanche dernier.

Or, le jeune joueur s’est retrouvé le bec à l’eau avec le retour des deux vétérans des Élites à quelques heures de la fin du camp. Avec comme conséquence que tous les autres calibres de hockey de la région (espoir et scolaire) avaient déjà complété leur alignement final et qu’il n’y avait plus vraiment de place pour lui.

L’effet domino étant, il s’est finalement trouvé une place avec le programme scolaire du Bleu et Or de la Polyvalente d’Arvida en division 2, ce qui a eu un impact sur un autre jeune gardien, qui a certainement été tout aussi déçu de la tournure des événements.

« Vendeurs de rêve »

D’entrée de jeu, M. Lapointe précise que ce n’est pas le fait que son fils n’a pas été retenu qui lui pose problème, mais bien le processus qui a fait en sorte que son jeune s’est retrouvé devant des portes fermées. Il a décidé de dénoncer une situation que bien des parents vivent, mais préfèrent se taire de crainte de nuire à leur jeune.

Il y a une semaine, Gabriel Lapointe était toujours sur les rangs pour le poste de deuxième gardien des Élites. Or, lors du repêchage d’équilibre du vendredi, il apprend que les Élites ont repêché trois joueurs de l’extérieur, dont un gardien. Ce faisant, les Élites le libèrent et il devient disponible pour les autres formations du Québec du repêchage du samedi. Malheureusement, il n’a pas été réclamé.

« Ce que je déplore là-dedans, c’est que le jeudi, ils l’ont rencontré et ils lui ont dit de continuer comme ça, qu’il y a même des chances que l’on tasse un gardien pour lui faire de la place », explique M. Lapointe. Or, le vendredi, au repêchage d’équilibre, les Élites repêchent un gardien de l’extérieur. « On me dit qu’ils ont besoin d’un gardien substitut, que (Gabriel) est de calibre AAA, mais on essaie quand même d’y aller avec un joueur de l’extérieur. Que si Thomas Boucher ne revient pas, ils vont y aller avec celui qu’ils ont repêché ! »

Richard Lapointe s’interroge donc sur la mission des Élites de développer des joueurs de la région, alors que les dirigeants des Élites se sont tournés vers des joueurs de l’extérieur qu’ils n’ont jamais vu jouer au détriment de jeunes qui ont grandi dans leur propre structure intégrée, et ce, à coup de 5000 $ par année par joueur.

De plus, pour pouvoir se présenter au camp du mois d’août, les jeunes doivent se présenter au camp printanier (coût : 350 $/joueur). Puis, au camp du mois d’août, il en coûte un autre 350 $/joueurs pour y participer. « Ils vendent beaucoup de rêve aux jeunes [...] Ils invitent 60 jeunes et en bout de ligne, même ceux qui sont de calibre, ils ne les prennent même pas. »

Trop tard

Son fils n’a pu retrouver sa place au midget Espoir parce que ce calibre ne peut accueillir que cinq joueurs de 16 ans et qu’un autre gardien de 16 ans avait déjà signifié son intérêt à revenir. Le jeune Lapointe, lui, espérait faire le midget AAA, que ce soit à Jonquière ou ailleurs comme premier objectif, mais il n’avait pas fermé la porte au midget Espoir.

« (Les Élites) ont tellement attendu jusqu’à la fin. Ils se sont servis de lui comme police d’assurance, sans se soucier de ce qui va lui arriver par la suite. [...] S’ils nous l’avaient dit plus tôt, on aurait pu trouver un autre calibre », déplore-t-il. De fait, quand il a communiqué avec les dirigeants du midget Espoir, il était trop tard. La place était déjà réservée.

Il s’est tourné vers le hockey scolaire, division 1 (D1), mais les dirigeants des Mustangs de Dominique-Racine avaient déjà fait leur alignement final puisque l’école commençait le mercredi. Il s’est donc tourné vers la D2 du Bleu et Or qui ont accepté de le prendre.

Pour Richard Lapointe, il sera difficile pour son fils de se faire remarquer dans ce calibre de jeu puisque peu ou pas de dépisteurs s’y intéressent. « Il faut j’arrête de (lui) vendre du rêve. C’est ce que (les Élites) lui ont fait tout le long. Ce printemps, au camp, ils lui ont dit de continuer à travailler fort et à être dominant, qu’il n’y a que lui qui a des chances de percer l’alignement », relate le paternel. Son fils s’est donc entraîné tout l’été cinq jours/semaine, de 7 h à midi, parce qu’il voulait atteindre son objectif, mais cela ne l’a pas mené à la conclusion espérée.

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REVOIR LES FAÇONS DE FAIRE

Directeur général des Élites midget AAA de Jonquière, Simon Tremblay ne pouvait que déplorer le fait qu’un gardien de 16 ans se soit retrouvé privé de plusieurs options parce qu’il a été parmi les derniers joueurs retranchés. À l’instar de son collègue des Espoirs Saguenay–Lac-Saint-Jean, Jean Leclerc, il estime qu’il faudrait un meilleur arrimage entre les différents calibres de hockey dans le processus de sélection des joueurs.

Dans le cas précis de Gabriel Lapointe, Simon Tremblay souligne qu’il avait fait savoir aux candidats dès le premier jour du camp, que si ses gardiens de l’an dernier, William Blackburn et Thomas Boucher, étaient retranchés des camps du junior majeur, ce seraient eux qui auraient les postes. L’un des problèmes survenus, c’est que les Remparts de Québec ont retourné le jeune Boucher après leur match de dimanche soir.

« Nous (midget AAA), on dépend du junior majeur et nos équipes doivent être faites le dimanche soir en vue des rentrées scolaires », met en relief Simon Tremblay.

L’effet domino engendré fait en sorte que certains jeunes tombent entre deux chaises. « Ça fait des années que ça dure et ça continue. C’est malheureux pour les jeunes. J’ai proposé à Georges Marien (DG du circuit midget AAA) qu’au lieu de tenir un match dimanche, les équipes de la LHJMQ le tiennent le vendredi pour qu’ils prennent leurs décisions le vendredi ou le samedi. Nous, ça nous laisserait le dimanche pour prendre les bonnes décisions, car le scolaire et le juvénile attendent après nous », énonce le DG des Élites.

« Ils ont amélioré la formule un peu. Dans le junior majeur, la période de transactions se termine le lundi matin, alors moi, j’ai confirmé mes joueurs le lundi soir. »

Stressant 

En plus des camps de sélection, les dirigeants du midget AAA doivent aussi composer avec le rappel possible de joueurs après les Fêtes. « Il faudrait une meilleure concertation de tous les niveaux parce que tout part d’en haut, fait valoir le DG des Élites. Les équipes du junior majeur ont retardé la saison parce que des joueurs sont dans des camps pro, mais je pense que leurs décisions pourraient être prises avant. On commence nos camps le dimanche et eux, le mercredi. Je pense qu’on devrait peut-être commencer en même temps. Ce serait plus cohérent. Actuellement, ils commencent après nous et décident après nous. »

Dans la région, Simon Tremblay explique que la bonne collaboration avec l’entraîneur des Saguenéens, Yanick Jean, a fait en sorte que tout s’est bien déroulé pour les joueurs de la région que les Sags avaient repêchés. « Nous avons une bonne collaboration avec lui. On s’est parlé durant tout le camp d’entraînement. » Directeur général des Espoirs du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Jean Leclerc croit aussi que dans un monde idéal, le junior majeur devrait faire part de ses décisions le samedi. Viendrait ensuite le midget AAA le dimanche matin, les Espoirs le dimanche soir et le scolaire le lundi matin.

La formule actuelle crée beaucoup de stress, tant chez les jeunes joueurs que leurs parents. « Les parents ne savent pas où vont aller leurs jeunes, les jeunes sont stressés parce qu’ils ne savent pas s’ils vont changer d’école ou non. On perd des joueurs parce qu’ils vont au scolaire où ils savent qu’ils auront une place , souligne Jean Leclerc. Hockey Québec, le midget AAA et la LHJMQ devraient s’asseoir à la même table. L’an passé, ils ont essayé de discuter, mais il n’y a eu aucun changement et je trouve que cette année, c’est pire. »