Mieux vaut saisir une chance qui s’offre que d’avoir des regrets de ne pas avoir tenté le coup. C’est ce que se sont dit l’athlète en fauteuil roulant Samuel Larouche et son entraîneuse, Anne-Marie Fortin, en ajoutant les Jeux paralympiques de Tokyo 2021 à leurs plans.
Mieux vaut saisir une chance qui s’offre que d’avoir des regrets de ne pas avoir tenté le coup. C’est ce que se sont dit l’athlète en fauteuil roulant Samuel Larouche et son entraîneuse, Anne-Marie Fortin, en ajoutant les Jeux paralympiques de Tokyo 2021 à leurs plans.

Samuel Larouche tentera le coup pour 2021

Johanne Saint-Pierre
Johanne Saint-Pierre
Le Quotidien
Avec les excellents résultats obtenus la saison dernière en para-athlétisme, marqués notamment par la réédition de deux records canadiens au 100 m et au 400 m dans sa catégorie, l’athlète en fauteuil roulant Samuel Larouche et son entraîneuse, Anne-Marie Fortin, ont devancé leurs plans en vue d’une première participation du Saguenéen aux Jeux paralympiques. Ainsi, même si Paris 2024 demeure l’objectif principal, Samuel compte bien saisir la chance de se tailler une place pour les Jeux de Tokyo 2021.

«Je suis suivi par Athlétisme Canada qui dispose d’un processus de développement des athlètes. En fonction du cheminement qu’on fait, on vise certains niveaux. Au début, on prévoyait les Jeux de 2024 en fonction des résultats que j’avais eus et où je me classais par rapport à leur programme. Sauf qu’à l’automne, lorsqu’il y a eu le classement pour participer aux Championnats du monde, ils ont fait la sélection des athlètes et je me suis classé 28e sur 28 pour participer aux Championnats du monde. En théorie, j’y allais, sauf que j’étais ex aequo en 28e place avec une autre athlète qui possédait plus d’expérience internationale. C’est donc elle qui est allée aux Mondiaux», explique l’athlète de 26 ans.

Même si les Mondiaux de 2019 ne faisaient pas partie de ses objectifs, l’excellent classement obtenu l’a incité à revoir ses plans. «Quand j’ai vu que c’était possible, c’est là qu’Anne-Marie et moi, on s’est rendu compte que si on mettait les bouchées doubles cette année, ce n’était peut-être pas fou de dire qu’on avait des chances pour (Tokyo) 2020, raconte Samuel. Car les critères de sélection et les critères d’Athlétisme Canada pour faire partie de l’équipe, ça revient sensiblement à la même chose. C’est ce qui nous a incités à nous dire qu’on avait des chances de pouvoir atteindre notre but.»

Diplômé de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) en kinésiologie l’an dernier, Samuel Larouche a enchaîné à l’automne avec une maîtrise en sciences cliniques et biomédicales. Ayant les Jeux de 2021 dans la mire, il en a donc discuté avec son directeur de maîtrise et il avait choisi de se concentrer sur sa préparation en vue de Tokyo. Mais les Jeux étant reportés à l’été 2021, le Saguenéen a donc changé ses plans pour consacrer son été et son automne à ses études pour ensuite se concentrer sur l’athlétisme durant l’hiver et le printemps 2021.

Ce report d’un an est-il un avantage? «Oui et non. Oui, parce que ça me laisse plus de temps pour me préparer.» Par contre, ce qui avait joué contre lui lors des Mondiaux, c’était son manque d’expérience en compétitions internationales. Et avec la situation actuelle, il lui est impossible de pouvoir en acquérir.

«L’an passé, j’ai fait ma première compétition internationale avec le Desert Challenge Games en Arizona. Ça avait super bien été. J’avais fini premier au 100 m et au 200 m. Au 400 m, on était jumelé avec une autre catégorie, les ‘‘52’’. C’était plus difficile de rivaliser parce que les ‘‘52’’ ont plus de fonctions que nous et j’avais terminé 8e», relate-t-il.

«C’était aussi ma classification internationale et j’avais mes tests physiques pour voir dans quelle classe on me mettait. Ça avait super bien été. Cette année, on avait donc un calendrier de compétitions plus chargé pour aller gagner de l’expérience en compétitions internationales. En théorie, à la fin du mois de mai, on s’envolait pour la Suisse pour aller faire un événement international, mais ç’a été annulé. Ce qui fait en sorte que je ne suis pas capable d’aller chercher cette expérience», déplore-t-il.

De fait, dès qu’il le pourra, Samuel a l’intention de trimer dur pour reprendre le temps perdu et être prêt pour les sélections qui auront lieu à la fin juin 2021, dans le cadre des Championnats canadiens. Le Saguenéen est prêt à mettre les efforts qu’il faut dans sa préparation. S’il réussit son pari, ce sera tant mieux. Sinon, c’est sûr qu’il aura un petit pincement au cœur, tout en étant conscient que l’objectif est Paris 2024. Peu importe, pour lui, il vaut mieux tenter le coup «que de passer à côté d’une telle opportunité».

D’autre part, Samuel est aussi conscient qu’il a encore une belle longue carrière devant lui. « Je regarde les athlètes sur le circuit mondial et ceux qui ont des records ont 40 ans et plus. Par exemple, Diane Roy qui compétitionne encore sur la scène internationale, fait encore des podiums, bien qu’elle approche la cinquantaine», fait-il valoir.

UN RETOUR AUX SOURCES AGRÉABLE AU CLUB JAKO

En raison du congé maternité de son entraîneuse Anne-Marie Fortin, responsable du programme d’athlétisme à l’UQAC, Samuel Larouche a dû trouver un autre lieu d’entraînement puisqu’il était plus difficile pour lui de s’entraîner avec les étudiants de l’équipe universitaire. La solution est en quelque sorte passée par un retour aux sources pour l’ancien gymnaste qui s’est entraîné aux installations du club Jako de Jonquière avant que la COVID-19 ne le force à tout mettre sur pause.

«Je devais me trouver un endroit qui pouvait m’accueillir, moi et mon équipement, et où il y aurait des gens qui allaient pouvoir m’aider. C’est donc mon ancien club Jako qui m’héberge depuis la fin de l’automne. C’est aussi mon ancien entraîneur, Samuel Le Moignan, qui m’aide à m’installer et qui  me donne un coup de main pour me préparer», explique Samuel, qui est en effet devenu tétraplégique en 2014, lors d’un accident survenu durant un entraînement de gymnastique à Sherbrooke.

Loin de susciter des regrets de son ancienne vie, le fait de renouer avec le milieu s’est avéré positif. «C’est vraiment un plaisir de côtoyer des gens avec qui je m’entraînais avant et aussi de voir les jeunes. Ils sont super curieux. Je prends de leurs nouvelles et je les encourage sur le terrain, et eux, ils veulent en apprendre plus. Ça fait une belle ambiance. On a de beaux échanges. C’est comme retourner dans mon deuxième chez moi», fait valoir Samuel, qui y a évolué pendant 13 ans.

Pause difficile

Depuis l’automne, il se rendait donc de trois à quatre fois semaine aux installations de Jako. Mais depuis six semaines, il ne peut s’entraîner. «Moralement, c’est difficile et physiquement aussi. J’essaie de trouver une alternative pour m’entraîner, mais ce n’est pas facile à cause de la distanciation sociale. Parce que j’ai besoin d’aide physique pour me mettre mes gants et me mettre dans le fauteuil roulant. Il va y avoir une période où je vais faire de l’entraînement sur mon rouleau. Là, je n’y ai pas encore accès. Je vais m’entraîner avec mes parents pour commencer et quand on aura accès au parc Saint-Jacques, on va faire appel à Anne-Marie.» 

D’ailleurs, son agente chez Athlétisme Canada a communiqué avec lui jeudi pour s’informer de sa situation avec le confinement, de ses plans et objectifs ainsi que son retour graduel et éventuel à l’entraînement. Car six semaines de pause, c’est difficile pour un athlète. «Surtout qu’on avait une très belle préparation et qu’on atteignait vraiment de beaux objectifs avant que tout soit suspendu. C’est difficile de se dire qu’on va recommencer tout le processus de préparation qu’on avait fait», avoue-t-il, d’autant plus qu’il ne sait pas ce que lui réservent les prochains mois en terme de compétitions.

Et même si la pandémie chamboule les plans de tout le monde, certains athlètes s’en tirent mieux que d’autres, souligne le Saguenéen, car plusieurs n’ont pas besoin d’avoir quelqu’un pour les transférer dans leur fauteuil et ils possèdent des installations à la maison qui font en sorte que confinement ou pas, ça ne change pas grand-chose. «Je suis victime de mes limitations et c’est plus difficile pour moi de m’entraîner, convient-il. Je prends un petit peu de retard par rapport à eux pour m’entraîner, mais les critères de sélections vont prendre en considération que ce n’est pas tout le monde qui avait les mêmes opportunités d’entraînement.»