Entraîneur adjoint du HC Ambri-Piotta, en Suisse, l’ancien entraîneur-chef des Saguenéens de Chicoutimi René Matte vient d’obtenir une prolongation de contrat et amorcera sa 4e saison avec le club du canton de Tessin.
Entraîneur adjoint du HC Ambri-Piotta, en Suisse, l’ancien entraîneur-chef des Saguenéens de Chicoutimi René Matte vient d’obtenir une prolongation de contrat et amorcera sa 4e saison avec le club du canton de Tessin.

Saison écourtée, mais contrat prolongé pour René Matte

Johanne Saint-Pierre
Johanne Saint-Pierre
Le Quotidien
Depuis près de 15 ans, l’ancien entraîneur-chef des Saguenéens de Chicoutimi, René Matte, continue sa carrière derrière le banc des équipes suisses. D’abord associé au Hockey Club (HC) Fribourg-Gottéron de 2006 à 2015, il s’est ensuite joint au HC Ambri-Piotta avec lequel il vient de renouveler son contrat d’entraîneur adjoint pour une autre année. Si bien qu’à l’automne, il amorcera sa 4e saison avec le club de hockey suisse situé en bordure de la frontière italienne.

« La première année, j’avais signé pour deux ans, mais l’an passé, on s’est entendu pour un an. Je me sens en confiance avec les gens avec qui je suis. On s’entend bien, on forme une bonne équipe et on travaille bien ensemble. On s’est entendu comme ça il y a deux ans et on a décidé de refaire la même entente cette année. C’est bon pour eux et pour moi. J’ai confiance en ces gens-là et je n’ai pas besoin d’un contrat de trois ans pour me rassurer », assure celui qui semble parfaitement heureux chez les Helvètes.

Joint lundi, Le Quotidien a évidemment profité de l’occasion pour connaître les impacts de la pandémie sur son travail et sur sa famille, car sa conjointe, native de la Suisse, se retrouve au front puisqu’elle est infirmière.

Depuis le 13 mars, le club a fermé les livres pour le reste de la saison, car le canton du Tessin est celui où le premier cas de COVID-19 a été détecté en Suisse. « C’est un peu à cause de nous que la ligue (National League) a fermé, explique René Matte d’entrée de jeu. La région du Tessin, c’est la frontière italienne et nous sommes à environ 75 kilomètres de la frontière de la Lombardie qui est sévèrement touchée (par la COVID-19). »

« Il y a plus de 70 000 frontaliers qui partent de l’Italie pour venir travailler au Tessin, précise-t-il. Ils ont donc eu peur que ça se propage et ils ont fermé les douanes en ne laissant passer que les gens qui travaillent dans la santé (médecins, infirmières, etc.) C’était très contrôlé et, si tu voulais entrer, ça prenait ton permis de travail et ton itinéraire. Si tu étais pris par la police en dehors de ton itinéraire, tu étais passible d’une amende, et tu étais expulsé du pays », souligne le Québécois de 47 ans, dont le frère jumeau, Louis, oeuvre aussi comme adjoint en Suisse, mais pour le HC du Genève-Servette.

Dans le cas du HC Ambri-Piotta, l’équipe a pu terminer sa saison le 3 mars, bien que ses deux derniers matchs ont été joués à huis clos. « Nous avions ensuite une semaine pour nous préparer en vue des playout ou des playoffs — parce qu’il y a des playout en Suisse —, mais durant la semaine, l’Italie, la Slovaquie et l’Allemagne ont pris la décision d’arrêter leur saison. Et comme nous sommes collés sur l’Italie, le 12 mars, notre gouvernement cantonal a été le premier à prendre les premières décisions (restrictives), soit avant le pays (la confédération).

« Il y a eu le confinement et il a été décidé que plus personne ne pourrait aller dans les gradins et tous les sports professionnels ont été arrêtés. Le lendemain, la ligue a été obligée de prendre des décisions et deux jours plus tard, le gouvernement a décidé que tout était confiné et qu’il ne pouvait pas y avoir de regroupement de plus de cinq personnes », relate René Matte, qui communique régulièrement avec sa soeur et ses parents par Skype.

« Mon père, ça ne le dérange pas parce qu’il va travailler dans le bois. Il est à la retraite et il bûche son bois. Pour ma mère, c’est peut-être un peu plus long, mais on se parle régulièrement. »

Retour à Fribourg

Comme il n’avait qu’un appartement dans le canton du Tessin, il a décidé de revenir à sa résidence familiale de Fribourg dès le lendemain de l’annonce de la fermeture de la ligue. De son propre aveu, le premier mois s’est écoulé rapidement. « On a fait nos “meetings” et on a préparé tout ce qu’on avait à préparer et je suis rentré à la maison. On continue notre travail par vidéoconférence, soit tôt le matin ou en fin de journée », énonce-t-il.

« Les premières semaines n’ont pas été difficiles parce qu’on avait plein de choses à faire. On faisait les rencontres individuelles (virtuelles) des joueurs et nous avons fait notre “debriefing” d’entraîneurs et établi les choses qu’on voulait faire. Donc, le premier mois a passé vite », fait valoir l’homme de hockey.

Le personnel de l’équipe n’a pas de repêchage à préparer. « Le club professionnel a son club-école et on a nos clubs juniors dont les joueurs appartiennent à l’organisation dès l’âge de 14-15 ans », précise-t-il.

Mais après six semaines d’arrêt, René Matte avoue trouver le temps un peu plus long. « Mais au moins, il fait beau. Il fait 25 degrés tous les jours et la piscine est déjà ouverte. Les enfants peuvent se baigner et on peut travailler autour de la maison. Ce n’est pas comme chez vous où il fait -10 la nuit. Ici, nous sommes chanceux parce que l’été est arrivé. »

« La seule chose ici, c’est que ma femme est au front en étant infirmière. On doit donc faire doublement attention. Ils ont changé un peu leur façon de travailler parce qu’il ne faut pas mélanger les équipes. Ils ont donc modifié un peu leur horaire », convient-il en confirmant que là-bas aussi, il y a eu des problèmes d’approvisionnement de matériel de protection.

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ENSEIGNER À LA MAISON

En Suisse, un peu comme au Canada, chaque canton a établi les mesures sanitaires à respecter. Dans le sien, seules les épiceries et les pharmacies étaient ouvertes. Mais depuis lundi, les services de coiffure et de soins comme la physiothérapie et l’ergothérapie ainsi que les magasins d’horticulture et de jardinage sont rouverts en respectant certaines consignes.

Les écoles ne rouvriront que le 11 mai pour les élèves du primaire et des 1re, 2e et 3e secondaires. « Mais ça ne se fera pas dans tous les cantons, nuance-t-il. Nous, à Fribourg, l’école recommence le 11 mai parce que nous sommes dans l’un des cantons les moins touchés et parce que c’est un peu la campagne. On est moins touché que les grandes villes comme Genève, Zurich ou le Tessin. »

D’ici là, c’est lui qui fait l’école à la maison à sa fille qui aura bientôt 11 ans. « Tous les matins, on fait l’école par Internet et on reçoit tout ce qu’on a à faire dans la journée, devoirs inclus. Il faut les remettre par Internet dans l’après-midi. La maîtresse fait les corrections et habituellement en fin d’après-midi, on fait les corrections et le lendemain matin, on les redonne. Honnêtement, c’est assez bien fait », assure-t-il.

Cela dit, il constate que les Suisses sont très disciplinés et respectent les consignes. D’autre part, à l’instar d’autres pays, la Suisse n’a pas hésité à ouvrir ses goussets pour offrir une aide financière à la population.

« Ils ont débloqué plus de 100 milliards $, soit 50 milliards la première semaine et 50 autres la semaine suivante. La Suisse est presque le pays le plus riche d’Europe. Pour relancer l’économie, ils ont débloqué des fonds, c’est incroyable ! »

Dans le cas des équipes par exemple, elles ont été mises en chômage technique et le gouvernement paie jusqu’à 80 % d’un salaire de 148 000 $. « Si tu gagnes plus, ce sont les clubs qui comblent la différence », a-t-il expliqué.