« J’ai été très fâché. Fâché à cause de la manière dont ça a été fait, fâché de la manière dont je l’ai appris et fâché en raison des choses qui m’avaient été dites avant. Ça a fait mal, je ne peux pas dire le contraire », explique Patrice Bosch.

La cicatrice de Patrice Bosch

Le 28 novembre 2014, Patrice Bosch, qui dirigeait alors les Saguenéens de Chicoutimi, a été victime du congédiement le plus rocambolesque de l’histoire du hockey. Retour sur un événement qui a marqué celui qui est aujourd’hui entraîneur et directeur général des Inouk.

« J’avais dit que je ne parlerais plus de cette histoire, mais ça a l’air que j’ai encore des choses à dire. Je suis passé à autre chose, je suis heureux là où je suis, mais c’est le genre d’affaires qui laisse une cicatrice… »

Assis dans son bureau du centre sportif Léonard-Grondin, Patrice Bosch a ressassé des souvenirs douloureux cette semaine. Ça faisait trois ans jour pour jour qu’il avait été congédié par les Saguenéens. S’il n’a pas été le premier entraîneur à perdre son job, on s’entend, il a certainement été le premier à l’être de la façon dont il l’a été.

« J’ai été très fâché, avoue-t-il. Fâché à cause de la manière dont ça a été fait, fâché de la manière dont je l’ai appris et fâché en raison des choses qui m’avaient été dites avant. Ça a fait mal, je ne peux pas dire le contraire. »

Vrai que les Saguenéens de Bosch ne connaissaient pas une saison extraordinaire au moment où les propriétaires de l’équipe ont décidé de se débarrasser de leur coach et de Marc Fortier, leur directeur général. Leur fiche était de neuf victoires, 14 défaites et deux défaites en bris d’égalité, ce qui les plaçait à l’extérieur des séries éliminatoires. Sans compter que les assistances au centre Georges-Vézina étaient à la baisse. 

Mais voilà, il y a effectivement la manière.

Bosch et ses Sags affrontaient l’Océanic, à Rimouski, ce soir du 28 novembre 2014. Après deux périodes, ils menaient 3-1. Et pendant l’entracte, le ciel est tombé sur la tête de l’entraîneur et aussi de son DG.

« Marc m’a dit : “Pat, check ton téléphone, tu vas aimer ça ! ” Il était rouge comme une tomate, il avait l’air en beau cr… J’ai regardé et j’avais quelque chose comme 200 messages. Des gens qui me disaient être déçus pour moi, que la direction des Sags n’avait pas le droit d’agir comme ça, etc. Et là, j’ai compris que j’avais (comme Fortier) été congédié. Mais je me disais en même temps que ça ne se pouvait pas. »

Le journaliste Stéphane Leroux, de RDS, avait annoncé la nouvelle, qui s’était répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. En plein, rappelons-le, pendant le match que disputaient les Saguenéens à Rimouski.

Mais justement, il y avait un match à finir. Bosch s’est présenté dans le vestiaire des siens et il a fait comme si de rien n’était, même s’il voyait bien que ses joueurs, qui avaient appris la nouvelle, avaient la face longue.

« Je me disais que ça n’avait pas de bon sens, que je ne pouvais pas être congédié de cette façon. Je me disais : “Y’a peut-être une erreur ! ” Et j’ai coaché la troisième période, même si j’avais la tête ailleurs. J’essayais de me concentrer, mais crime que ce n’était pas évident ! »

Les Saguenéens ont finalement perdu 5-3. 

Ce n’est qu’à minuit trente, alors qu’il avait regagné sa chambre d’hôtel de Rimouski, que Bosch a eu la confirmation qu’il était bel et bien à la porte.

« Ça faisait un bon bout que j’essayais de joindre Laval Ménard (alors actionnaire et directeur des opérations de l’équipe) et qu’il ne répondait pas à mes appels. Il a fini par me rappeler et me dire que c’était vrai, que mes services n’étaient plus requis. »

Bosch a passé le reste de la saison de hockey à Chicoutimi, une ville qu’il a adorée, souligne-t-il. Il a quitté le Saguenay à la fin de l’année scolaire de ses enfants. Il est ensuite retourné à Chambly, où il habite toujours.

« Pendant l’hiver, Alain Deschênes, actionnaire et vice-président administratif de l’équipe, a voulu par trois fois me rencontrer afin de m’expliquer ce qui s’était passé. J’ai toujours dit non. »

Le baiser de Judas

Il faut dire que ce même Deschênes avait ni plus ni moins donné à Bosch le baiser de Judas quelques jours à peine avant que celui-ci ne paie pour les insuccès des Saguenéens.

« Il est venu me voir dans mon bureau avant de partir en vacances dans le Sud. Il m’a dit : “Pat, c’est une période difficile, mais je sais que tu travailles fort et qu’on va s’en sortir. T’as pas à craindre pour ton job.” »

Bosch, avoue-t-il, n’a jamais oublié cette conversation.

« Jamais, jamais ! », insiste-t-il.

Lors de ladite conversation, l’entraîneur avait souligné à son patron qu’il croyait que les meilleurs jours des Saguenéens étaient devant eux.

« Nos joueurs blessés revenaient, nous nous préparions à conclure une transaction importante et notre calendrier s’annonçait favorable. Par contre, il faut le dire, les attentes envers l’équipe étaient élevées, trop élevées. L’organisation avait tenté d’obtenir la présentation du tournoi de la Coupe Memorial alors que, sur la glace, nous n’étions pas prêts pour un tel défi. »

Bosch n’avait jamais été congédié auparavant.

« Quand je repense à ce qui est arrivé à Chicoutimi, j’ai le sentiment de n’avoir pu finir ce que j’avais commencé. De l’unfinished business, comme on dit en anglais. Et ça, ça me frustre. »

Le goût du hockey

Patrice Bosch affirme n’avoir jamais perdu le goût du hockey à la suite de son congédiement rocambolesque. Tout de même, il a mis quelques années avant de revenir derrière le banc d’une équipe de haut calibre, en l’occurrence les Inouk.

« Je n’ai pas perdu le goût du hockey, mais l’idée de coacher me tentait moins. J’ai vraiment retrouvé le plaisir d’être derrière un banc lorsque j’ai dirigé mes garçons dans le pee-wee A et le pee-wee B. Et si j’ai accepté de coacher les Inouk, c’est parce que je savais que j’avais de bons kids sous la main. »

Reviendrait-il derrière le banc d’une équipe de la LHJMQ ?

« Pas à n’importe quel prix. Le pire, c’est que je suis un bien meilleur homme de hockey aujourd’hui qu’à l’époque. Je retournerais dans la LHJMQ si j’avais pleinement confiance aux hommes autour de moi. La confiance, c’est devenu important pour moi… »

On comprend tellement pourquoi.