Le chandail d’Éric Fichaud sera retiré samedi.

Éric Fichaud heureux dans sa «Sibérie»

Éric Fichaud pensait bien qu’une chose terrible venait de lui arriver quand il a été repêché, à 15 ans, par une équipe d’une contrée lointaine: Chicoutimi. Aujourd’hui, lorsque le numéro 35 sera hissé dans les hauteurs du centre Georges-Vézina, le Montréalais ne pourra que constater, encore une fois, que son passage avec les Bleus a été «la plus belle chose» qui pouvait lui arriver.

«Le ‘‘running gag’’ qu’on avait dans la chambre avec Montréal-Bourassa (midget AAA) était de savoir qui allait être repêché par Chicoutimi. Pour nous, c’était la Sibérie! On faisait même des imitations: ‘‘Les Saguenéens sont fiers de repêcher...’’ et là on nommait un gars dans la chambre. Sauf que finalement, le gars, ç’a été moi!», raconte celui qui n’était «jamais sorti de Montréal», de son propre aveu. «Je ne pouvais pas mieux tomber», assure-t-il aujourd’hui.

À cette époque, Chicoutimi était la formation la «plus éloignée» dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Plusieurs joueurs craignaient de devoir y évoluer. C’était le cas pour Fichaud. Mais d’apeuré à convaincu, le gardien a même influencé d’autres hockeyeurs. «Quand Alain Nasreddine a été échangé aux Saguenéens, il ‘‘capotait’’, explique Éric Fichaud. J’avais joué avec lui quand nous étions dans l’atome, le pee-wee et le bantam. Il avait été échangé de Drummondville à Chicoutimi. Je lui avais dit: ‘‘Tu vas voir, Chicoutimi, c’est la meilleure place.’’ Il ne me croyait pas au départ, mais a bien vite été convaincu!»

Éric Fichaud verra son chandail être retiré aux abords d’autres grandes vedettes des Sags, dont Guy Carbonneau, Marc Fortier et Félix Potvin. 

Fichaud a remporté la coupe du Président en 1994 et défendu la cage des Sags entre 1992 et 1995. Repêché 6e au total, le gardien originaire d’Anjou a maintenu un dossier de 76-54-8 en 152 rencontres, affichant une moyenne de 3,50 à une époque où il se marquait passablement plus de buts qu’à l’heure actuelle.

«J’ai beaucoup d’amis dans le hockey et ils ne parlent pas de leur junior. Ils n’ont pas conservé les mêmes liens que nous avec leurs coéquipiers, parce qu’ils n’ont pas eu la chance de gagner. Quand tu gagnes, tu vas toujours te souvenir des gars avec qui tu as joué», a-t-il raconté vendredi soir, lors d’une rencontre avec quelques anciens dans la loge VIP des Saguenéens. Dominic Savard, Jérôme Boivin et Yanick Jean étaient présents, en plus de la famille d’Éric Fichaud et de membres de l’organisation des Bleus. 

«Il n’y a rien, même individuellement, qui peut accoter notre victoire de la coupe. Nous avions bûché toute l’année. On avait beaucoup de caractère et un esprit d’équipe très fort. Nous avions de méchants bons joueurs. Alexei Lojkin, par exemple, est l’un des meilleurs joueurs que j’aie jamais vus. Et Gaston Drapeau (l’entraîneur) avait fait une belle ‘‘job’’.»

Éric Fichaud commençait déjà à être émotif, vendredi. «Ma femme, mes amis et ma famille seront là et c’était important pour moi. Quand tu vieillis, tu te rends compte de l’importance de ces moments.» Éric Fichaud peut vieillir en paix: samedi, à 15h, il sera fait immortel.


« Le ‘‘running gag’’ qu’on avait dans la chambre avec Montréal-Bourassa (midget AAA) était de savoir qui allait être repêché par Chicoutimi. Pour nous, c’était la Sibérie!  »
Éric Fichaud

Un homme humble

Jérôme Boivin n’est pas seulement un ancien coéquipier et cochambreur d’Éric Fichaud. Il est aussi l’un de ceux qui ont milité pour que le chandail #35 soit retiré. «Ça fait longtemps que j’en parle. En plus de ses chiffres, la personne qu’il est et la coupe qu’il a gagnée font en sorte que ça devenait un ‘‘no-contest’’.»

Le défenseur de Saint-Prime parle d’Éric Fichaud comme un homme humble. «Il a souvent gardé plus de contacts avec des gars du junior qu’avec des gars avec qui il a joué dans le pro. Il t’aime vraiment pour qui tu es. Pendant dix ou douze ans, après la fin du junior, on revenait à Chicoutimi durant l’été et on se faisait une fin de semaine avec les gars. Il venait ensuite chez moi à Saint-Prime. Il est resté mon ami et on se parle encore très souvent au téléphone. Samedi, il est possible que j’aie une petite émotion quand il vont lever la bannière!»

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En bref

• Que ce soit chez les Ouellet, les Sévigny ou les Lapointe, Éric Fichaud s’est toujours senti chez lui dans ses familles de pension. «Quand tu es bien, ç’a un impact sur la glace. On n’en parle pas beaucoup, mais les pensions jouent un rôle très important.»

• Les parents d’Éric Fichaud, Monique et Serge, ne rataient pratiquement pas une partie de leur fiston au Saguenay. Samedi, encore une fois, ils seront au centre Georges-Vézina pour célébrer avec Éric. «Je vais sûrement avoir les yeux mouillés, raconte sa mère. On aimait beaucoup venir ici. On savait presque le nombre d’arbres qu’il y avait dans le Parc!»

• Les Sags (43-16-23-4) recevront les Olympiques de Gatineau (44-23-13-6-2) à 15h.