Pierre Laplante, Nicolas Goupil et Loïc Dehoux sont les trois fondateurs de Picolo vélo, seule fournisseur et fabricant d’un cadre entièrement fait de bois. Ils ont attiré les regards, en fin de semaine, au Salon du vélo et de la course à pied du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Rouler sur un vélo en bois

Rouler sur un vélo en bois, performant de surcroît, vous pensez que c’est impossible ? Picolo vélo, un fabricant montréalais, a poussé l’audace en imaginant, confectionnant et assemblant un cadre tout en bois. Le résultat est autant intrigant que réussi.

Loïc Dehoux, Nicolas Goupil et Pierre Laplante sont les cofondateurs du Picolo. Les deux premiers sont ébénistes de profession, tandis que le troisième pourrait être qualifié de maître penseur du trio. Propriétaires d’AMIK ébénisterie, un atelier où ils font de la location d’espace et de machineries, messieurs Dehoux et Goupil ont fait la connaissance de Pierre Laplante il y a environ trois ans.

« Pierre est venu nous voir à notre ébénisterie et dans sa tête, il voulait faire un vélo en bois, a raconté Loïc Dehoux, rencontré dimanche dans le cadre du Salon du vélo et de la course à pied du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il avait loué un espace pour y travailler et, au bout de quelques mois, on s’intéressait beaucoup à sa façon de travailler et à son projet. On lui a proposé de s’associer avec lui pour développer le projet et arriver avec un produit final. Cette année, on met un vélo sur le marché pour la première fois. »

Le Picolo est fabriqué avec du frêne blanc du Québec, le même bois qui est utilisé pour les bâtons de baseball, ou encore les manches d’outils (marteau, hache, etc.).

« À notre connaissance, c’est le bois qui absorbe le plus naturellement les vibrations, a exprimé Loïc Dehoux. C’est pour ça qu’on l’a choisi, surtout pour faire un vélo très confortable. C’est ce qu’on a réussi à faire. »

Environ 60 heures sont nécessaires pour élaborer un cadre en bois, dont le résultat est à la fois élégant et raffiné. Cela implique du travail à la main et le cadre est découpé à la commande numérique. Il faut également savoir que le cadre est creux, c’est donc dire qu’il est d’abord découpé de l’extérieur, puis de l’intérieur.

L’assemblage du vélo en est un de précision et de minutie. De toutes petites planches de bois sont assemblées l’une sur l’autre, en route vers le produit final.

« On travaille avec des lamelles de 6 millimètres et chacune d’elle est calibrée pour son poids, sa flexion, et chaque lamelle est placée à l’intérieur du cadre d’une certaine façon pour aller chercher la rigidité recherchée, a souligné Loïc Dehoux. Travailler avec des lamelles de six millimètres nous permet aussi d’avoir une variabilité de moins de trois pour cent d’un cadre à l’autre. »

Rigidité compétitive

Pour ceux qui craignent du manque de rigidité du Picolo, sachez que l’an dernier, un participant en a utilisé un lors du Paris-Roubaix Challenge, la reine des classiques de vélo, ouverte aux cyclistes amateurs 24 heures avant l’épreuve professionnelle sanctionnée par l’Union cycliste internationale. 

Pour les néophytes, la course est pimentée de 54 kilomètres de pavés. De quoi tester amplement la solidité et le confort d’une monture !

L’entreprise jonquiéroise Faction Bike Studio, spécialisée dans le design industriel de vélos, a d’ailleurs été mise à contribution pour effectuer différents tests.

« On a fait des tests chez Faction Bike et les résultats étaient très compétitifs par rapport à des vélos de triathlon, par exemple, a mentionné Loïc Dehoux. Ça se compare très bien avec les cadres en carbone. »

Actuellement, une dizaine de Picolo roulent sur les routes du Québec, en incluant les cinq vendus à des particuliers et les prototypes. Quelques modèles se retrouvent également en France. Aucun détaillant ne vend le Picolo, de sorte qu’il est uniquement accessible à l’achat à partir de l’usine de fabrication ou sur le site Internet du fabricant.

Un cadre Picolo, en bois véritable, se vend 4500 $ plus taxes. Une fourche en carbone est incluse. « On travaille sur une fourche en bois, mais elle n’est pas finalisée encore », a précisé M. Dehoux, ajoutant que l’objectif à court terme était de vendre le Picolo au Québec. Il est conscient que le Picolo touche un marché très niché, mais il a confiance de charmer les cyclistes.

Un Picolo monté (roues, transmission et freins) pèse environ 18 livres et un cadre pèse cinq livres et demi. 

Un vélo Picolo devrait être aperçu de temps à autre à la boutique Vo2 de Chicoutimi. L’un de ses ambassadeurs, Sylvain Grenier, va l’utiliser cet été. Le reste du temps, il sera en démonstration chez Vo2.

« On va voir avec nos amis de Vo2 si on peut organiser une journée d’essai en amenant plusieurs prototypes à la boutique », a conclu Loic Dehoux.

Le Picolo vélo se vend à 4500 $ plus taxes. Pour le moment, aucun détaillant ne vend de ce vélo fait en bois. Les fabricants travaillent actuellement à doter le Picolo d’une fourche en bois.

Un salon devenu incontournable

À sa cinquième édition, le Salon du vélo et de la course à pied du Saguenay-Lac-Saint a de nouveau frappé dans le mille. Si bien que l’événement est en voie de devenir un incontournable au Québec.

Son promoteur Jean-François Brassard ne pouvait demander mieux, à quelques heures de la fin des activités, dimanche après-midi. Sans rien promettre, il a indiqué que le Salon ne pouvait faire autrement que d’être de retour au hangar de la Zone portuaire de Chicoutimi l’an prochain, aux mêmes dates que cette année.

« Il y a eu une augmentation de l’achalandage d’environ 20 pour cent comparativement à l’an dernier, mais il y a également eu une augmentation du “pétillant” dans les yeux de tout le monde, a-t-il illustré. On a voulu amener le visiteur ailleurs en lui faisant vivre une expérience de différents niveaux. Je pense que les exposants ont embarqué là-dedans. Les gens pouvaient vivre l’expérience, au lieu de seulement recevoir une brochure informative. »

Environ 75 exposants ont répondu à l’appel, ce qui représentait quelque 125 entreprises. Jean-François Brassard s’est également réjoui de voir une augmentation de la clientèle chez les 35-50 ans, en plus de noter un haut pourcentage de visiteurs provenant de l’extérieur de la région.

Je pense qu’après cinq ans, le Salon est établi et il est connu. Ça va nous permettre de perdurer et de devenir un incontournable. Les visiteurs et les exposants s’allient avec les professionnels pour offrir une offre complète. Des exposants me disaient que les autres salons devraient s’inspirer de notre salon. »

Signification particulière

Cette cinquième édition avait une signification particulière pour Jean-François Brassard. Le porte-parole de l’an dernier, François Beaumont, est décédé en novembre dernier des suites d’une longue et courageuse bataille contre le cancer. La vidéo corporative du Salon du vélo avait été dédiée à la mémoire de l’athlète saguenéen.

« Le père de François ne pouvait être ici parce qu’il est en Espagne, mais il m’a envoyé une photo de lui en me disant que François était avec eux en Espagne, mais qu’eux étaient de tout cœur avec nous pour le Salon du vélo, a partagé Jean-François Brassard. Ça m’a beaucoup touché et j’étais très émotif. »