Lino Tremblay a visité la Norvège à vélo.

Rouler à vélo au-delà du Cercle polaire

Après avoir sillonné à vélo le Canada et les États-Unis d’un océan à l’autre, le Saguenéen Lino Tremblay a pu cocher la réalisation d’un autre projet, celui de rouler dans l’un des endroits les plus au nord de la planète. Pendant près d’un mois, en juillet dernier, le Baieriverain a en effet roulé 2200 kilomètres en Norvège, à partir d’Oslo, pour atteindre le cap Nord (NordKapp), qui est l’un des points les plus septentrionaux d’Europe.

Pour vous donner une idée, le cap Nord (71 degrés de latitude nord), se situe au-delà du cercle polaire arctique, à la hauteur de la baie de Baffin. Lino Tremblay est arrivé à destination « de nuit », puisqu’il était 23 h 30, mais en raison du soleil qui ne se couche presque pas à cette période de l’année, dans ce point du globe, il a pu immortaliser son passage près du monument qui symbolise le point le plus septentrional de l’Europe. « Il ne fait presque jamais noir là-bas. À 23 h 30, il y avait encore plein de monde sur le site ! Le commerce (près du monument) ferme à 1 h du matin », raconte celui qui a été séduit par la beauté fabuleuse des fjords. « Ici, le fjord, on en a un juste un et c’est un bébé fjord comparé à ceux de la Norvège. Là-bas il n’y a que cela et ils sont majestueux. »

De tous ses périples à vélo, il classe ce périple en Norvège dans son top-3, avec les Rocheuses canadiennes et le Colorado. « C’était un voyage sécuritaire avec des endroits tellement superbes en terme de paysages ! »

L’expérience aidant, le Baieriverain avait très bien planifié les 3000 km de son périple vers le nord qui comportait aussi, sur son retour, par un séjour chez des amis en Finlande. Tout s’est si bien passé qu’il avait une journée d’avance sur ses prévisions. Ce qui a joué un peu sur sa motivation, car après l’excitation des 14 jours pour arriver à cap Nord, une fois l’objectif atteint, il pouvait redescendre lentement vers la Finlande. « J’ai encore eu du plaisir et j’ai encore vu de beaux paysages en redescendant vers la Finlande, mais une fois la frontière passée, les paysages sont plus vallonneux. Il n’y a jamais de montagne et il y a de la forêt partout. C’est un peu le parc des Laurentides, mais sans montagnes », image-t-il. Par contre, un vent de face et la canicule qui a régné au début et à la fin du voyage lui ont donné un petit challenge.

Posant fièrement avec son chandail de la Norvège, le Baieriverain Lino Tremblay a été séduit par la beauté des paysages et les majestueux fjords de la Norvège durant son périple à vélo jusqu’à l’un des points les plus au nord de l’Europe.

Le temps l’a aussi mis à l’épreuve. Entre Oslo et cap Nord, il faisait 10-15 degrés Celsius et c’était hyper humide. C’est ce qui fait la différence. Pendant deux semaines, tout mon linge était mouillé de bord en bord. Je ne pouvais pas arrêter parce que si j’arrêtais, je gelais tout de suite. » Il s’est d’ailleurs félicité d’avoir pris la décision de s’apporter plus de vêtements et même des gants longs. Ça ne servait à rien de sortir le linge pour le faire sécher puisqu’il faisait 99 % de taux d’humidité dans la tente. Et dehors, ce n’était guère mieux parce que j’étais toujours au bord de l’eau », relate-t-il.

En moyenne, il roulait neuf heures par jour. « À la dernière journée pour arriver au cap Nord, j’ai fait 190 kilomètres. Mais ce sont des moyennes super basses parce qu’il fait froid, note celui qui s’était bien préparé physiquement. « Rouler pendant plus de trois semaines, ça fait mal, mais j’étais prêt », assure-t-il, en soulignant l’excellente préparation qu’il a obtenue grâce aux conseils des kinésiologues, ostéopathes, massothérapeutes avant, pendant et après son périple.

Dépaysant
Même s’il était bien préparé, Lino Tremblay a été surpris de voir que la Norvège était aussi peuplée, même dans les points les plus au nord. « Toute ma conception du nord était faite en fonction de ce que j’avais ici : Yellowknife, Kuujjuaq, Iqaluit, etc. Là-bas, il y a du monde partout. Même si elles sont loin l’une de l’autre, il y a des habitations jusqu’en haut, à l’intérieur du Cercle polaire arctique. Il y a même des fermes. Je ne m’attendais pas à ça ! »

L’immensité des tunnels et leur nombre l’ont étonné. « On n’a rien de semblable ici. Ce sont des tunnels très longs, de 10-12 kilomètres, dont certains passent de 200 à 300 mètres sous le niveau de la mer. Ils sont sécuritaires pour les cyclistes, sauf deux exceptions où ils ont fait faire des voies de contournement. Même si ça m’a rallongé, ça m’a permis de voir des paysages extraordinaires. »

Puisque le soleil ne couche à peu près pas en juillet, au cap Nord, en Norvège, le Saguenéen Lino Tremblay a pu se faire photographier près de la structure qui symbolise l’un des points les plus au nord de l’Europe même s’il était 23h30!

L’un des tunnels sous l’eau lui a fait vivre une expérience unique qu’il ne pense pas revivre un jour. Pour le traverser, il fallait dévaler une pente de 3 km avec un 9 à 10 pour cent de dénivelé et même chose en remontant à l’autre bout. « J’appréhendais la traversée. Je m’étais acheté une lumière clignotante pour être visible. Tu descends pendant trois kilomètres et il fait noir. Je n’étais pas assez à l’aise pour me laisser aller et on arrive en bas frigorifié. Comme il faut remonter, on se réchauffe assez vite », raconte-t-il, en riant.

Prochain défi ?
Après presque un mois à découvrir de nouveaux horizons, Lino Tremblay a trouvé le retour à la maison et à la routine plus difficile. « C’est la première fois que c’est long comme ça de faire le deuil de mon retour. (Cap Nord) était ma motivation depuis novembre. Je voulais atteindre le sommet, mais comme n’importe quel athlète, un coup que t’as réalisé ton objectif, tu as un deuil qui est très dur à faire. Et pour l’instant, mon prochain projet est trop loin et n’est pas assez concret pour que ma motivation revienne. Je suis dans mon creux psychologique », avoue-t-il.

Toutefois, il commence à songer à son prochain défi qui pourrait prendre la forme d’un périple à vélo sur les six plus hautes routes pavées des Alpes tandis qu’il a encore la force et l’énergie pour un défi de cette ampleur. L’autre option serait un total dépaysement culturel dans un pays comme le Vietnam par exemple.

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UN RESPECT POUR LES CYCLISTES ET L'ENVIRONNEMENT À IMITER

La sécurité et l’organisation des transports ainsi que le respect de l’environnement font partie des coups de coeur de Lino Tremblay en Norvège.

Le cyclotouriste saguenéen a en effet été très étonné par le respect des cyclistes sur les routes de cette contrée scandinave. «La route que j’ai prise est la route principale et il n’y a pas d’accotement. J’étais craintif. C’est comme un gros rang, mais au Québec, s’il y a deux véhicules qui se croisent, ils vont continuer leur route, quitte à te frôler. Alors que là-bas, même les plus gros camions arrêtent et attendent que l’autre véhicule soit passé avant de poursuivre leur route. Je n’avais jamais vu ça!

«Et de la façon dont les intersections sont faites, il y a des passages piétonniers et même si tu n’es pas encore arrivé à l’intersection, ils arrêtent. Au début, je leur disais toujours merci, mais pour eux, c’est normal. Ç’a été dur quand je suis revenu ici, parce qu’ici, il faut avoir des yeux tout le tour de la tête et il faut qu’on roule comme si on était invisible (pour les usagers de la route)», explique le Baieriverain.

Il a aussi apprécié la philosophie du transport implantée dans cette partie du monde.«J’ai réalisé que là-bas, les gens comprennent le vélo. À Oslo il y a beaucoup de vélo sur la route. Il y a moins d’autos, donc plus de place pour les vélos. Et on dirait que les pistes cyclables ont été intégrées très très tôt dans le plan d’urbanisme. Ils ont une vision d’ensemble et tout est standard partout», met-il en relief. 

«L’autre chose que j’ai aimée, c’est le respect de l’environnement. Les motorisés sont plus petits, genre Safari condo, et c’est super propre sur le bord des routes.» À son avis, en matière de transport et d’environnement, le Saguenay a encore beaucoup de chemin à faire pour égaler la Norvège.

Belles rencontres

Durant un tel périple, les rencontres abondent. Lino Tremblay souligne que c’est là l’un des avantages de voyager seul: en plus de se ressourcer, il n’a pas le choix d’aller vers les autres.

Parmi les gens rencontrés avec qui il a gardé contact, il y a un Péruvien qui a décidé d’effectuer lui aussi le trajet Oslo/cap Nord. Sauf qu’avant d’acheter son vélo à Oslo, ce dernier n’avait aucune idée des défis d’un voyage à vélo. «Ça lui a pris deux mois pour monter (au cap Nord). Son vélo n’était pas ergonomique et au début, il ne savait pas qu’il pouvait changer les vitesses.»

Le Baieriverain a eu le temps d’atteindre le cap Nord et de le rattraper en redescendant vers la Finlande. «On a campé ensemble à la frontière de la Finlande. Même s’il ne connaissait absolument rien au vélo, j’ai trouvé que c’était un gars intéressant et qu’il avait ben plus de mérite que moi!», assure le féru de vélo. Le Péruvien ne manquait pas d’ambition et de courage, lui qui s’était donné deux ans pour faire son voyage à vélo et dont la prochaine destination était... la Russie!