Le travail de quatre piliers de l’arbitrage ayant oeuvré dans la LHJMQ a été reconnu, lors du Tournoi de golf annuel des Saguenéens de Chicoutimi. Sylvain « Coco » Harvey, Phil Desgagné, Alfred Tardif et Réal Gauthier cumulent 120 ans d’arbitrage !
Le travail de quatre piliers de l’arbitrage ayant oeuvré dans la LHJMQ a été reconnu, lors du Tournoi de golf annuel des Saguenéens de Chicoutimi. Sylvain « Coco » Harvey, Phil Desgagné, Alfred Tardif et Réal Gauthier cumulent 120 ans d’arbitrage !

Quatre piliers de l'arbitrage

Johanne Saint-Pierre
Johanne Saint-Pierre
Le Quotidien
Peu importe les décisions qu’ils prennent, les arbitres font toujours des mécontents. Malgré tout, ces mal-aimés du sport sont indispensables à son bon déroulement. Lundi dernier, le comité organisateur du Tournoi de golf des Sagueneénes de Chicoutimi a profité de l’occasion pour rendre hommage à quatre piliers de l’arbitrage du hockey junior majeur dans la région, Alfred « Fred » Tardif, Phil Desgagné, Réal Gauthier et Sylvain « Coco » Harvey, qu’ils ont réuni dans un quatuor. À eux quatre, ils cumulent 120 ans d’arbitrage et ils ne regrettent absolument pas toutes ces années passées dans le chandail rayé, le sifflet à la main ! Pour eux, ç’a été une excellente école de vie, qui leur a permis de tisser des liens serrés.

Alfred Tardif
Doyen du groupe, Alfred « Fred » Tardif, 84 ans, a arbitré des matchs pendant 24 ans. Après avoir joué pour les Saguenéens junior B dans les années 50, il a fait ses débuts comme arbitre en 1960, dans le circuit junior régional, pour ensuite arbitrer pendant les 12 première années de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Il était d’ailleurs en action comme juge de lignes pour officier le tout premier match des Saguenéens de Chicoutimi, en 1973, en compagnie de Jean-Yves Gaudreault et de l’arbitre André Tremblay. Il a remisé son sifflet en 1985. 

À l’époque, le hockey était beaucoup plus robuste ; les foules, parfois déchaînées. A-t-il déjà craint pour sa sécurité ? « Certainement ! Dans le junior B, dans les bonnes années de Dolbeau, Jonquière et Chicoutimi, aller à Dolbeau, ça prenait la police pour sortir de l’aréna », raconte M. Tardif avec un sourire en coin.

Phil Desgagné

Bien connu dans le monde du sport et des médias, Phil Desgagné, 75 ans, pourrait raconter bien des anecdotes survenues durant ses 20 ans d’arbitrage. Intronisé au Temple de la renommée de la LHJMQ en 2006, le coloré chroniqueur a arbitré pendant 18 ans dans le circuit Courteau, de 1969 à 1986, dont 15 ans comme arbitre en chef.

Les rediffusions des matchs Canadiens-Nordiques durant la pandémie lui ont rappelé l’évolution du métier. « L’arbitrage a changé totalement. Aujourd’hui, ils sont deux arbitres (un seul autrefois). Avec la formule sans la ligne rouge, le jeu est beaucoup plus rapide et les joueurs sont plus costauds que dans mon temps. Et on ne peut plus tolérer les batailles comme autrefois. Dans le temps (années 70), une partie tranquille, c’était cinq ou six batailles par match dans le junior majeur. De nos jours, s’il y avait cinq ou six batailles, on parlerait quasiment d’une émeute ! Mais c’était un autre monde », raconte celui qui a dû composer avec « des foules vraiment partisanes comme on n’en voit plus de nos jours ».

Aujourd’hui, il constate que les arbitres sont plus jeunes et qu’ils peuvent se perfectionner dans des écoles d’arbitres. Leur travail est aussi facilité par des reprises vidéo. « Dans le temps, on n’avait pas de reprises. La décision était finale et on vivait avec. Mais c’était les plus belles années, affirme-t-il. Moi, j’ai joué au hockey et j’ai arbitré. Et honnêtement, mes plus belles années ont été celles de l’arbitrage, même si j’ai aimé jouer au hockey.

« L’un de mes plus beaux moments, en tant qu’arbitre, remonte à il y a deux ans. Je suis retraité et membre du Temple de la renommée de la LHJMQ et on m’avait invité à Québec pour que je puisse être présent pour le dévoilement des dix meilleurs joueurs de l’histoire de la ligue. Sur les dix, il y en avait sept que j’avais arbitré. Ça, c’est un souvenir extraordinaire ! D’avoir rencontré Mario Lemieux, Mike Bossy, Dale Hawerchuk, Denis Savard, Pat Lefebvre, Guy Lafleur, etc. Les sept des dix que j’avais arbitrés se souvenaient de moi. Donc, pour moi, ç’a été une journée mémorable ! »

Réal Gauthier

Pour Réal Gauthier, 66 ans, l’arbitrage a été une excellente école de vie. Il a remisé son sifflet et son chandail rayé en 1995, après 30 ans d’arbitrage, dont 21 ans dans le junior majeur, où il a eu du plaisir à côtoyer MM. Tardif et Desgagné.

Un métier certes difficile qui a toutefois contribué à lui forger le caractère. « J’ai déjà dit à Louis Champagne (ancien morningman) : ‘‘Monsieur Champagne, si vous voulez devenir un homme, devenez arbitre au hockey ! ’’ Il n’avait pas aimé ça ! », raconte en riant celui qui affirme qu’à l’époque, « dix bagarres par match, ce n’était rien ! »

« C’est une belle école de vie, renchérit son ami Phil. Je dis toujours que c’était une belle période parce que tu prenais une décision et tu étais sûr d’une chose, qu’elle ne ferait pas l’unanimité, d’un côté ou de l’autre. Ça nous apprenait à vivre avec la pression. »

« Vous voyez les amitiés qu’on s’est forgées avec les gens ? Moi, je ne regrette rien », ajoute Réal Gauthier, dont son frère, Normand, et son fils Simon-Pierre, ont eux aussi oeuvré comme officiels. Comme quoi, malgré les difficultés du métier, la passion se transmet.

Réal Gauthier a aussi à son palmarès une brève incursion dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Au début de la saison 1993, les arbitres et les juges de lignes avaient fait la grève pendant 17 jours. « Les gens disaient qu’on était des scabs, mais on n’en était pas. C’était une association et on savait qu’on remplaçait et que ce ne serait pas long. »

Interrogé sur ses plus beaux moments en carrière, il cite sa participation comme juge de lignes à la Coupe Memorial de 1982, à Hull, avec son ami Phil comme arbitre.

Son pire moment ? « Lors d’une demi-finale à Chicoutimi, contre Trois-Rivières, quand un arbitre a reçu une bouteille en plein visage. On a fini le match à deux et il a dit : ‘‘Moi, je n’arbitre plus.’’ »

Sylvain Harvey

À 63 ans, Sylvain « Coco » Harvey est peut-être le plus jeune du quatuor, mais c’est celui qui compte le plus d’années de service, alors qu’il amorce une 47e saison en homme rayé. « Mon premier match junior B était avec Fred Tardif et mon premier match junior majeur était avec Phil. J’ai même arbitré avec Réal Gauthier et ça fait une trentaine d’années que je ne l’avais pas vu. Aujourd’hui, on joue au golf ensemble. Ça va être le fun », raconte celui qui a arbitré dans tous les calibres de hockey.

Le sympathique Chicoutimien s’est converti à l’arbitrage à l’âge de 17 ans. « J’ai joué midget et j’ai subi deux commotions cérébrales en un mois. J’ai arrêté de jouer au hockey et j’ai commencé à arbitrer. J’ai gravi les échelons tranquillement. Du mineur, du junior B, du junior majeur, de l’universitaire, du collégial », relate celui qui continue d’arbitrer dans les ligues de garage.

Sylvain Harvey a connu l’époque où il n’y avait qu’un arbitre et deux juges de lignes. « Aujourd’hui, ils sont quatre et ils patinent beaucoup moins. Nous, nous avions les passes de zone et il fallait aller rapidement dans le fond de la patinoire pour voir qui serait le premier à toucher la rondelle. On patinait ! Dans le temps, ça brassait. Aujourd’hui, c’est plus rapide, mais ça ne brasse pas. »

Une série opposant Trois-Rivières à Chicoutimi se hisse en haut de la liste de sa boîte à souvenirs. « Pierre Sévigny jouait comme 20 ans. C’était toute une série ! Ça avait brassé en ‘‘tabarnique ‘‘ ! Et un autre des bons matchs que j’ai arbitrés avec du challenge, c’est celui avec Mario Lemieux au centre Georges-Vézina, devant 4000 personnes, dans les séries. »

Bien sûr, il y a eu des matchs plus difficiles, « mais il y a eu plus de bons moments que de mauvais », assure-t-il.

Enfin, pour Sylvain Harvey, être calme est une qualité essentielle pour exercer le métier d’arbitre. « Quand tu es sur la glace, tu as une fraction de seconde pour réagir et prendre la bonne décision. Il faut donc être calme. Un gars agressif ne peut pas arbitrer. Moi, je suis un gars calme. J’ai fait du sport en masse et ça m’a beaucoup aidé. »