Olivier Rochon pose avec ses collègues de l’équipe canadienne de ski acrobatique : de gauche a droite, Lewis Irving, Catrine Lavallée, Rochon, Audrey Robichaud, Philippe Marquis, Andi Naude, Chloé Dufour-Lapointe, Mikaël Kingsbury, Justine Dufour-Lapointe et Marc-Antoine Gagnon.

Rochon sautera enfin aux Jeux

Aucune larme n’a été versée. Aucun cri de joie n’a été lancé.

Peut-être que c’était la fatigue du dernier mois à voyager en Europe et aux États-Unis. Peut-être aussi qu’Olivier Rochon avait de la misère à réaliser qu’il participera enfin aux Jeux olympiques après les rendez-vous ratés de Vancouver et Sotchi.

« La troisième fois est la bonne », a-t-il fini par lancer, lundi matin, après que le Comité olympique canadien (COC) eut officialisé la présence de l’athlète gatinois, le mois prochain, à PyeongChang. On lui avait remis, une vingtaine de minutes auparavant, son manteau aux couleurs de l’équipe nationale lors d’une cérémonie protocolaire tenue à l’école Antoine-de-Saint-Exupéry de Montréal où Rochon a étudié pendant deux ans lorsqu’il était un jeune gymnaste prometteur durant son adolescence.

« Un poids énorme vient d’être enlevé sur mes épaules, a dit l’athlète âgé de 28 ans, sourire aux lèvres, au Droit. Ça fait 12 ans que je fais ce sport pour ça... pour aller aux Jeux. J’ai déjà complété plus de la moitié de ma carrière. »

Rochon avait raté sa qualification olympique en 2010 par quelques petits points. Puis en 2014, une blessure majeure à un genou l’avait privé d’une participation aux Jeux à Sotchi.

Un de plusieurs bobos, que ce soit notamment au visage et l’abdomen, qui ont ralenti une carrière qui semblait si prometteuse après sa conquête du globe de cristal en 2011-2012. Cet hiver, sa présence aux Jeux s’avérait incertaine.

Mais Rochon a fini par terminer troisième, vendredi, à l’épreuve de la Coupe du monde à Lake Placid.

« Après la compétition, on m’a annoncé que j’avais fait l’équipe olympique, mais que c’était non officiel pour l’instant. J’ai décidé de me garder une petite réserve », a-t-il relaté.

« Je me souvenais de ce qui s’était passé à Vancouver... »

En 2010, on lui avait dit que sa place était en poche en vue des Jeux. Un peu comme la semaine dernière. Mais une performance inattendue d’un athlète une journée avant la date limite lui avait coûté sa place au sein de la délégation canadienne.

Rochon a pris le soin d’appeler ses parents dans les dernières heures. Surtout qu’il n’aura pas l’occasion de les voir avant ou même pendant les Jeux.

L’équipe canadienne des sauts acrobatiques prendra la direction du Japon mardi en vue d’un camp d’entraînement de deux semaines. Plusieurs pays ont opté pour le même site pour leurs athlètes.

« J’ai parlé à mes parents pour leur annoncer la bonne nouvelle. Ils étaient super contents pour moi. Ils n’iront pas en Corée du Sud. Ça ne me dérange pas. Ils pourront me suivre à la télé dans le confort de leur divan. En plus, ils auront droit aux reprises ! »

D’autres gens qui étaient heureux lundi matin pour Rochon ?

Les dirigeants, enseignants et élèves de l’école Antoine-de-Saint-Exupéry. Ils étaient une centaine à l’applaudir quand il a été le dernier athlète présenté sur la scène.

Olivier Rochon deviendra le 35e finissant de l’endroit à participer aux Jeux après notamment les Alexandre Despatie et Roseline Filion. Il tentera surtout de devenir le premier sauteur acrobatique canadien chez les hommes à gagner une médaille olympique depuis Philippe LaRoche (argent) et Lloyd Langlois (bronze) en 1994, à Lillehammer.

Deidra Dionne avait remporté le bronze chez les femmes en 2006 à Salt Lake City.

Le Canada enverra un total de 22 athlètes aux épreuves de ski acrobatique en bosses, sauts, demi-lune et slopestyle aux Jeux olympiques. Dans le lot, on retrouve Mikaël Kingsbury, les sœurs Chloé et Justine Dufour-Lapointe de même que Mike Riddle et Kim Lamarre.

Heureux pour son ami «Oli»

Il a été question de sa séquence de 13 victoires en Coupe du monde qui a pris fin samedi à Mont-Tremblant. On lui a aussi parlé de la pression de se pointer aux Jeux olympiques en tant que favori à l’épreuve des bosses.

Le skieur acrobatique Mikaël Kingsbury a parlé de tout ça avec un gros sourire. Même chose quand il est venu le temps de jaser de son ami Olivier Rochon, un spécialiste des sauts.

«Ça fait longtemps que je connais Oli. On skiait ensemble à St-Sauveur quand j’avais 10 ou 11 ans. C’était un bon bosseur à l’époque», a rappelé Kingsbury.

Rochon avait toutefois préféré la palestre et la gymnastique. Puis quand les blessures l’ont forcé à se recycler dans un autre sport, il s’est tourné vers les sauts acrobatiques, et non les bosses.

«Oli, c’est mon sauteur favori à regarder», a assuré Kingsbury, qui se réjouissait que son ami participe enfin aux Jeux.

«Je lui souhaite d’avoir du plaisir. Il a toujours connu du succès quand il s’amuse. S’il fait ça, je suis convaincu qu’il obtiendra un résultat à la hauteur de son talent. Il ne faut pas qu’il se mette de la pression.»

Parlons justement de pression. Il y en aura sur Kingsbury, six fois champion du globe de cristal. On s’attend à ce qu’il succède à Alexandre Bilodeau, médaillé d’or olympique en 2010 et 2014.

Ça ne semble pas l’embêter.

«Je sais que j’ai le ski pour gagner tous les jours. Il reste juste à me concentrer sur les points techniques qui font en sorte que je suis constant», a lancé Kingsbury.

Quelques minutes auparavant, la vedette québécoise avait regardé une vidéo des meilleurs moments du Canada aux Jeux en ski acrobatique. «Ça fait rêver», a avoué le jeune homme.