Baptiste Brochu aura besoin de huit semaines pour se remettre de sa blessure.

Le rêve brisé de Baptiste Brochu

(Carl Tardif, Le Soleil) – Il s’agissait probablement de la plus belle journée depuis le début des Jeux olympiques. Soleil de plomb, ciel d’un bleu éclatant. Mais pour Baptiste Brochu, elle s’avérait l’une des plus sombres de sa carrière. Victime d’une fracture au tibia de la jambe gauche, l’athlète de La Baie a été forcé de délaisser sa planche pour des béquilles, ratant ainsi sa seule épreuve olympique.

L’émotion était palpable dans le clan saguenéen. Quelques heures plus tôt, son père avait dévoilé sur sa page Facebook que le rêve olympique de son fils venait de s’envoler.

Tout s’est passé à sa deuxième descente d’entraînement, mercredi. Inspiré par celle de la veille, où il avait réussi le temps « non officiel » le plus rapide, Brochu était rempli de confiance. Puis, bang !

« Je suis allé trop loin sur un saut et j’ai atterri à plat. J’avais juste un peu de survitesse, ç’a été fatal, finalement. Je suis tombé sur le dos, j’ai enlevé mes fixations, marché le long du parcours. Avec l’adrénaline, ça ne faisait pas trop mal, mais lorsqu’elle a arrêté [de couler], la douleur était assez extrême », racontait le planchiste de 23 ans, rencontré en point de presse au bas de la piste du parc à neige Phoenix de Bokwang avant l’épreuve de snowboardcross.

Jusqu’à son réveil jeudi (heure de Corée du Sud), il gardait l’espoir de pouvoir y prendre part, même s’il connaissait déjà le diagnostic révélé par des radiographies et une imagerie par résonance magnétique.

Au lendemain de son accident, Baptiste Brochu se disait un peu plus serein, même si la douleur est à la fois aussi physique qu’intérieure. L’athlète de La Baie aura besoin de huit semaines pour se remettre de sa blessure.

« Sur le coup, je l’ai senti, mais je pensais que c’était le péroné. Finalement, je me suis fissuré le tibia à deux endroits. J’avais de l’espoir jusqu’à ce matin [mercredi soir, au Québec], mais j’ai revu les médecins qui m’ont dit que ça n’avait pas de bon sens de courir. En plus, pour ma sécurité et ma santé, c’était mieux que je ne cours pas parce qu’avec les impacts qu’il y a dans le parcours, ça peut finir en opération. »

Beaucoup d’émotions
Verres fumés au visage, Brochu semblait en paix, même si la douleur est à la fois physique et intérieure.

« C’est beaucoup d’émotions. Je suis un peu plus serein là, mais hier, je ne l’étais pas du tout. J’ai passé l’une des pires journées de ma vie, mais l’avenir peut me réserver de meilleures choses que ça », espérait celui qui aura besoin de huit semaines pour se remettre de sa blessure.

Sa saison est terminée. Il portera une attelle de compression afin d’éviter que l’os ne se déplace, ce qui serait dramatique dans son cas s’il bougeait.

Après une nuit blanche, ou presque, la douleur à son genou et son tibia était trop forte pour se lancer dans la pente. « Hier, je m’attendais au pire, mais on a attendu pour me donner plus espoir qu’autre chose. Je ne pouvais pas faire les mouvements pour avoir le feu vert. »

À ses côtés, sa mère Valérie Villeneuve était émue. Et pour cause, puisqu’elle voyait son fils en compétition internationale pour la première fois. Son père, son frère et sa copine sont aussi du voyage.

« On ne pensait pas passer une journée comme ça, c’est dur. C’est la première fois que je le voyais, ce n’est que partie remise. Il est encore jeune, il a un physique assez solide et je ne suis pas inquiète qu’il va poursuivre sa belle carrière. Baptiste, il retombe vite sur ses pieds. Il a un bon caractère, c’est pour ça qu’il est là, d’ailleurs », disait-elle, la voix sanglotante.

Nombreuses réactions sur Facebook

(Jonathan Hudon, Le Quotidien) – C’est le père de Baptiste Brochu, Alain, qui a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux. Dès lors, les messages de soutien se sont succédé.

Présent à Pyeongchang en compagnie de son fils, le paternel a publié un message sur sa page Facebook, plus de trois heures avant le début de l’épreuve de snowboardcross à laquelle Baptiste devait prendre part.

« Jusqu’à il y a quelques heures, nous vivions le rêve olympique, ce rêve que tout athlète caresse dans sa carrière, a écrit Alain Brochu. Puis l’instant d’un moment, tout s’arrête.... Baptiste a fait une mauvaise chute à l’entraînement et s’est fait une microfracture du tibia. Malheureusement, il ne prendra pas le départ de la course. C’est une décision concertée avec les médecins et les entraîneurs de Team Canada. Pour Pyeongchang, c’est terminé. Baptiste, je veux que tu saches que ça ne change en rien notre vision du champion que tu es. Ce n’est que partie remise. Nous sommes avec toi, nous partageons ta déception, et nous t’aimons ! »

La publication Facebook a été inondée de messages d’appuis dans les minutes qui ont suivi.

« Ça ne change absolument rien à la fierté que nous avons et à toute l’admiration que nous lui portons, a écrit Isabelle Barbeau. Tu es un champion Baptiste ! »

Tout en louangeant le courage de Baptiste Brochu, d’autres internautes ont usé de sagesse dans leur commentaire.

« On comprend mieux la fragilité de la vie, a composé Richard Morin. En un clin d’œil, tout change. Mais il y a aussi la force, la volonté et le courage de l’humain qui amène au dépassement. Alors bon courage, car demain est un autre jour ! »

Âgé de 23 ans, Baptiste Brochu peut aspirer à faire partie de l’équipe nationale de snowboardcross pour un autre cycle olympique. En 2022, les Olympiques d’hiver auront lieu à Pékin, en Chine.