Le fondeur Alexander Legkov est l’un des 28 athlètes russes dont la suspension a été annulée jeudi par le Tribunal arbitral du sport.

La suspension de 28 athlètes russes annulée par le TAS

PYEONGCHANG — Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a infligé jeudi un camouflet au Comité international olympique (CIO) avec l’annulation totale de ses sanctions à l’encontre de 28 sportifs russes, créant la confusion à huit jours de l’ouverture des JO-2018 à PyeongChang.

«En théorie, certains des 28 sportifs dont la suspension à vie a été levée peuvent prétendre à une participation aux JO de PyeongChang. Leur participation devra au préalable être soumise à un panel du CIO», a en effet précisé un porte-parole du TAS. Une théorie vite balayée par le CIO : «Ne pas être sanctionné ne confère pas automatiquement le privilège d’une invitation».

Matthieu Reeb, secrétaire général du TAS, a d’ailleurs souligné la décision rendue jeudi ne signifie pas que ces 28 athlètes soient innocents, mais qu’en raison de preuves insuffisantes, les sanctions sont annulées et leurs résultats à Sotchi rétablis.

Virulent, le CIO ne masque pas sa déception et «regrette énormément que le TAS n’ait pas pris en compte l’existence avérée de la manipulation organisée du système antidopage» russe pour les 28 cas. Sa décision «pourrait avoir un sérieux impact sur la lutte contre le dopage à l’avenir». Entre le 1er novembre et le 22 décembre, le CIO avait sanctionné 43 sportifs russes pour avoir bénéficié du système de dopage institutionnalisé mis au jour en Russie, notamment lors des JO de Sotchi, en 2014. Le système avait été révélé par le rapport commandé par l’Agence mondiale antidopage (AMA) au juriste canadien Richard McLaren.

Le TAS a estimé que les preuves apportées par le CIO pour 28 sportifs «n’étaient pas suffisantes» pour établir une violation des règles antidopage. Parmi les sportifs ayant obtenus gain de cause en appel figurent les champions olympiques de l’épreuve reine du ski de fond, le 50 km, Alexander Legkov, et du skeleton, Alexander Tretiakov.

Au total, la Russie, qui avait perdu 13 médailles après les sanctions du CIO, en récupère neuf dont 2 en or. 

Christiane Ayotte déçue, mais pas surprise

Christiane Ayotte est déçue, mais pas surprise de la décision du TAS.

«Malheureusement, ça a peut-être à voir avec la stratégie adoptée par le CIO», note la directrice du laboratoire du contrôle de dopage du Centre INRS de l’Institut Armand-Frappier.

«En comparaison, le Comité international paralympique [CIP] a décidé de ne pas regarder ça sur une base individuelle et a banni toute la délégation russe pour Rio de Janeiro et a fait de même pour PyeongChang. Quand les Russes se sont présentés devant le TAS pour contester cette suspension, le tribunal a reconnu que le CIP avait le droit de suspendre tout le monde, car il semblait y avoir un système généralisé et que les arguments présentés par McLaren pouvaient jeter un doute sur tous les athlètes. Le CIO a refusé de faire ça.

«N’importe quel athlète, Russes inclus, a droit après un test positif de porter la décision en appel devant le TAS», a rappelé Mme Ayotte. «La différence ici, c’est que lorsque McLaren a fait enquête, il regardait la triche en Russie de façon globale. [...] Il avait bien dit que sur une base individuelle, les éléments de preuves qu’il avait pourraient ne pas être suffisants pour que l’athlète soit trouvé coupable. C’est probablement ce qui est arrivé.

«Quand nous aurons la décision, nous pourrons voir où il y avait un manque. On peut présumer que les preuves colligées par McLaren ne permettaient pas d’attaquer individuellement des athlètes. Ce sont les Jeux qui vont encore en souffrir.»

Mme Ayotte assure toutefois que ce qu’a découvert McLaren a permis au mouvement antidopage de grandir. «On a appris à la dure avec les “niaiseries” du labo russe et de [son directeur devenu dénonciateur depuis, Grigory] Rodchenkov. On a bien appris notre leçon et il y aura des mesures plus importantes prises à PyeongChang.»  Avec AP

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SAM EDNEY CONSTERNÉ

Le lugeur canadien Sam Edney est consterné par l’annulation la suspension à vie de 28 athlètes russes pour dopage aux Jeux d’hiver de 2014. Edney et ses coéquipiers avaient été informés en décembre qu’ils se verraient probablement octroyer une médaille de bronze après que les Russes Albert Demchenko et Tatiana Ivanova eurent été disqualifiés. «Plus que tout, il s’agit d’un jour très sombre pour les Olympiques», a-t-il écrit sur Twitter. «Il s’agit aussi d’un jour très, très, très sombre pour le sport propre, si un tel concept existe toujours. [J’ai] peur que ce pourrait être le début de la fin pour les Olympiques... si le CIO laisse passer celle-là. Les athlètes propres doivent parler plus fort et demander une place juste pour compétitionner.» Christiane Ayotte, directrice du laboratoire de contrôle de dopage du Centre INRS de l’Institut Armand-Frappier, se réjouit de ce coup de gueule d’Edney, mais voudrait que les athlètes dénoncent davantage ces situations. «Je rêve du jour où il y aura une finale comprenant huit athlètes, dont trois Russes, où les cinq autres s’assoient et refusent d’y aller.»  La Presse canadienne

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LA RUSSIE DE RETOUR EN TÊTE

La Russie est de retour en tête du tableau final des Jeux de Sotchi. Pour cause de dopage, les Russes s’étaient vus retirer 13 médailles, dont quatre en or, et avaient dégringolé à la quatrième place. Après la décision du Tribunal arbitral du sport, la Russie en récupère neuf, dont deux en or. Grâce à ses 31 médailles (11 en or, 11 en argent et 9 en bronze), elle devance maintenant la Norvège, qui a eu le même nombre de médailles d’or, mais moins d’argent. Le Canada est troisième (10-10-5).  AFP

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ILS ONT DIT...

«La décision du TAS ne fait qu’encourager les tricheurs, rend la victoire des sportifs propres plus difficile.» – Jim Walden, avocat américain du lanceur d’alerte russe Grigory Rodchenkov

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«Une claque dans la figure du sport propre.» – Alfons Hörmann, patron de la Fédération des sports allemands

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«Cette décision va aider les tricheurs à apprendre comment contourner les autorités.» – Dick Pound, premier président de l’Agence mondiale antidopage