Dixième à Deer Valley, jeudi dernier, Audrey Robichaud s’est quasiment assuré une troisième participation olympique.

Dernier grand saut pour Audrey Robichaud

«Si je suis capable de finir sur un rêve, ce serait parfait!»

Elle aura 30 ans, en mai. Audrey Robichaud sait trop bien que les rêves se réalisent... mais pas toujours.

La jeune bosseuse de 17 ans qu’elle était en 2006 a été catapultée aux Jeux olympiques de Turin sans préavis, décrochant une très honorable huitième position. Tandis que ce qui semblait une formalité pour tout le monde quatre ans plus tard ne s’est jamais matérialisé, alors qu’elle a regardé les Jeux de Vancouver à la télé.

Puis l’expérience de Sotchi lui a laissé un goût aigre-doux en bouche, en 2014, avec une exemption de sélection sur une blessure au genou suivie d’une 10e place loin de la rassasier.

«Après Sotchi, je ne me sentais pas accomplie», a-t-elle confié au Soleil mardi, alors qu’elle prépare la dernière épreuve de Coupe du monde de bosses avant les Jeux olympiques qui aura lieu samedi, au Mont-Tremblant.

«On peut toujours faire mieux. Mais en ce moment, je suis dans un état d’esprit où je pourrais partir du sport et je serais contente», révèle celle qui affiche 136 départs à son compteur de 14 saisons sur le circuit mondial. «Peu importe ce qui arrive, on dirait que je pourrais prendre ma retraite et me dire : “OK, ç’a du sens.”»

Saison frustrante

«Si tout va bien, je voudrais accrocher mes skis après les Jeux, mais on ne sait jamais», poursuit-elle. Chose sûre, «rendue à mon âge, je suis prête à dire que ça va pas mal être mes derniers Jeux!» s’esclaffe celle qui se situe au bout de la courbe d’âge de son sport avec des rivales âgées de 16 à 31 ans. «Là, je suis plus dans une phase où je serais correcte de partir.»

Les récentes saisons n’ont pas été à la hauteur des attentes. Surtout l’an passé, les frustrations s’accumulaient. Avec comme cerise sur le sundae sa quatrième position à Val-Saint-Côme, ratant le podium par un centième de point!

«J’avais l’impression que je faisais des bonnes descentes, mais que mon résultat ne correspondait pas à mes efforts. Alors je savais en revenant cette année qu’il fallait que j’en fasse plus, que j’en mette un peu plus», explique Robichaud.

Sa deuxième place à Ruka en Finlande, le 9 décembre dernier, tombait doublement à point. Son premier podium en près de deux ans. Pas de géant dans sa sélection pour les JO de PyeongChang de février. Mais surtout la preuve qu’elle peut encore, après toutes ces années, convoiter une place parmi les meilleures.

La suite n’a pas été aussi reluisante avec des 13e, 14e, 12e, 33e et 10e rangs. Un creux, dit-elle. «J’ai encore du chemin à faire avant d’aller aux Jeux! Mais j’ai du temps. Je ne suis pas encore à mon sommet pour cette année. J’aimerais vraiment ça arriver aux Jeux et que ce soit LE moment», se croise-t-elle les doigts.

Le Canada devrait mandater quatre bosseuses à PyeongChang, comme à Sotchi. Robichaud se classe derrière Andi Naude et Justine Dufour-Lapointe, juste devant Chloé Dufour-Lapointe. Maxime Dufour-Lapointe et Alex-Anne Gagnon sont aussi en lice.

Vous pouvez miser un vieux deux, Robichaud y sera pour un troisième et dernier grand saut olympique. «À 17 ans, je ne savais pas trop comment j’avais fait pour me rendre là. Mais au fond, ça n’a pas trop d’importance comment tu as fait pour te rendre. L’important, c’est d’être là. Et c’est vraiment hot!» conclut-elle.

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EXPÉRIENCE DE COUPLE

Certaines disciplines sportives se font en couple. Le ski acrobatique de bosses a son épreuve de duel, qui n’est par contre pas olympique. Mais Audrey Robichaud et Brad Wilson forment un couple et souhaitent tous deux aller aux Jeux olympiques, en février. «Ç’a été une motivation supplémentaire pour moi dans les dernières années, ça m’a aidé. J’ai vraiment le goût d’y aller avec lui!» affirme la bosseuse de Val-Bélair, à propos de son amoureux originaire de Butte, au Montana. Ils ne sortaient pas ensemble il y a quatre ans, quand Robichaud a fini 10e et Wilson 20e de leur épreuve respective à Sotchi.

Alors que la Québécoise semble avoir consolidé sa participation avec une deuxième place à la Coupe du monde de Ruka, en décembre, la récente troisième position de l’Américain à Deer Valley, le 10 janvier, pourrait aussi lui valoir un billet pour la Corée du Sud. Wilson est vice-champion du monde de duel en titre de 2017, mais contrairement aux critères canadiens, les résultats de l’an passé n’ont pas d’impact sur la sélection olympique américaine. Son frère Bryon, de quatre ans son aîné, est aussi membre du programme américain de ski de bosses.