Médaillée d’or aux Jeux de Grenoble, en 1968, Nancy Greene-Raine a fait la connaissance de jeunes skieurs au Domaine des flocons.

Cinquante ans plus tard...

CHRONIQUE / Le cerveau humain est parfois capricieux. J’ai rencontré, dans ma carrière, des athlètes incapables de se souvenir de leurs plus grandes performances. Tomber dans une espèce de zone au point de presque tout oublier.

Ce n’est pas le cas de Nancy Greene-Raine.

Alors que le party est sur le point de lever, à PyeongChang, on célèbre ici le 50e anniversaire du plus grand exploit de l’équipe nationale canadienne de ski alpin.

Le 15 février 1968, à Grenoble, une très jeune et toute menue skieuse a remporté le slalom géant féminin avec une incroyable avance de 2,64 secondes sur sa plus proche rivale.

Elle n’a rien oublié.

Elle se souvient, en détail, des minutes qui ont précédé sa course. « Nous avions étudié le parcours. J’avais eu droit à ma descente d’entraînement. Nous étions assis dans le restaurant au sommet des pistes. Je buvais une tasse de thé avec les entraîneurs. La journée a pris un drôle de virage quand on s’est rendu compte que la course avait débuté. J’ai couru dans des escaliers pour aller récupérer mes skis afin de ne pas rater mon départ. »

Elle se souvient aussi bien de tout ce qui s’est produit quand elle a franchi le fil d’arrivée. « Je regardais le tableau et je paniquais. Mon résultat ne s’affichait pas. Je commençais à penser que mon temps n’avait pas été enregistré. En fin de compte, mon avance était tellement grande que les juges devaient vérifier deux fois plutôt qu’une pour s’assurer de ne pas se tromper. »

Entre les deux, il y a cette course mémorable.

« J’en ai tellement parlé souvent... Impossible que je l’oublie », réagit la dame qui est aujourd’hui âgée de 74 ans.

Mme Greene-Raine siège au sénat canadien depuis maintenant neuf ans. Elle a traversé le pont Alexandra, jeudi matin. Le prétexte, c’était une conférence de presse annonçant un don de 150 000 $ aux « athlètes de sports d’hiver canadiens ».

On voulait aussi profiter de l’occasion pour lui rendre hommage. « Ça me dépasse, toute cette attention portée au 50e anniversaire de ma médaille d’or », a-t-elle réagi, après avoir vu l’imposante sculpture sur neige visant à lui rendre hommage, en plein cœur du Domaine des flocons.

C’est vrai que la sculpture est imposante. « Je ne crois pas que mes jambes aient déjà été aussi énormes », ricane l’ancienne athlète.

En attirant les médias sur le site québécois de Bal de Neige, on s’assurait aussi de braquer les projecteurs vers une populaire activité de Bal de Neige. On permet aux enfants âgés entre cinq et huit ans de s’initier au ski alpin ainsi qu’à la planche à neige.

L’arrivée de quelques bambins sur la minuscule pente artificielle a d’ailleurs posé un problème. L’invitée d’honneur a eu du mal à se concentrer sur les discours. Elle semblait bien plus intéressée par « la relève » du ski alpin. Elle s’est d’ailleurs dépêchée d’aller rejoindre les enfants pour s’amuser avec eux dès que ce fut possible.

Si son agenda n’avait pas été aussi chargé, elle y aurait possiblement passé la journée.

« Quarante-quatre fois, jusqu’ici, depuis le début de la saison », a-t-elle répondu, sans un moment d’hésitation, quand un collègue lui a demandé si elle avait encore l’occasion d’enfiler ses skis.

Son objectif : atteindre le plateau des 80 sorties avant l’arrivée du printemps.

Le sport fait des miracles. Elle ne fait vraiment pas son âge.

« On peut faire du ski toute la vie », m’a-t-elle lancé, avant de me confier un truc. Plus jeune, elle disait qu’elle rêvait de mourir sur les pentes, dans une avalanche, à 80 ans.

Je me suis dit que ses plans avaient forcément changé.

« C’est vrai, m’a-t-elle répondu. Tout ça peut attendre mes 90 ans », a-t-elle répondu en riant.

« J’ai la chance d’être parmi vous parce que je suis blessée », a lancé l’autre skieuse d’élite qui se trouvait au parc Jacques-Cartier, jeudi matin.

C’est une intéressante façon de voir les choses.

Marie-Michèle Gagnon devrait se trouver en Corée du Sud, en ce moment. Elle devrait chercher des moyens de faire mieux que sa neuvième position enregistrée au slalom féminin des Jeux de Sotchi.

Elle choisit de faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Sa carrière n’est pas terminée. « Je vais revenir plus forte, plus affamée », promet l’athlète de Lac-Etchemin.