Capitaine de son équipe des Blackhawks de 1961 à 1968, Pierre Pilote (à droite) a contribué à la conquête de la Coupe Stanley en 1961.

Pierre Pilote, le pont entre Harvey et Orr

Quand les Blackhawks de Chicago ont paradé avec la Coupe Stanley pour la première fois en 49 ans, en 2010, Pierre Pilote était aux premières loges pour assister aux célébrations. La même invitation est tombée sur son bureau en 2013 et encore deux ans plus tard.

Quarante-huit ans après la fin de sa carrière, Pierre Pilote occupe toujours une place dans le cœur des Blackhawks et de plusieurs de leurs partisans.

«Quelqu’un qui est allé récemment à Chicago racontait que les Blackhawks vendent encore des chandails identifiés à Pierre Pilote», souligne Phil Desgagné, un ancien arbitre, membre du Temple de la renommée de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Comment expliquer un tel attachement? Par la qualité de sa carrière et par tous les honneurs qu’elle lui a procurés. Une carrière et des honneurs qui placent le natif de Kénogami au sommet de notre liste des joueurs originaires du Saguenay ayant atteint la Ligue nationale de hockey.

Pierre Pilote, c’est une carrière de 13 saisons avec les Blackhawks et d’une année avec les Maple Leafs de Toronto. Gagnant du trophée Norris accordé au meilleur défenseur de la LNH à trois reprises (1963, 1964 et 1965), il a aussi terminé trois fois deuxième à ce scrutin, en plus de trouver une place parmi les étoiles de la ligue sept ans de suite. Dans toute l’histoire de la LNH, seulement huit défenseurs ont inscrit leur nom sur le trophée Norris à au moins trois reprises.

Capitaine de son équipe de 1961 à 1968, il a contribué à la conquête de la Coupe Stanley en 1961. Il a été élu au Temple de la renommée du hockey en 1975 et son numéro 3 flotte au plafond du United Center aux côtés des Bobby Hull, Stan Mikita et compagnie.

Ceux qui l’ont connu avancent que, par son style de jeu, Pierre Pilote a fait le pont entre Doug Harvey et Bobby Orr.

«Pierre était Bobby Orr avant Bobby Orr», a déjà indiqué l’ancien gardien Glenn Hall, dans une entrevue publiée sur le site internet des Blackhawks. «C’était un grand joueur. Nous avons joué ensemble pendant 10 ans et il a gagné le trophée Norris trois fois. Tu ne gagnes pas le trophée Norris par accident. Le gagner une fois, c’est quelque chose. Le faire trois fois, c’est exceptionnel.»

S’il n’était pas de stature imposante, Pilote a toujours été capable de prendre soin de lui sur une patinoire. Mais c’est avant tout sa facilité à manier la rondelle et à se porter en attaque qui en a fait un défenseur en avant de son temps.

«J’ai toujours cru que si j’avais la rondelle, l’autre équipe ne l’avait pas», a raconté Pilote quand il a été intronisé au Temple de la renommée du hockey. «Mon instinct me disait toujours de me porter en attaque. J’étais ce que vous pouviez appeler M. Xerox. Je copiais. Si c’était bon pour vous, ce l’était pour moi. Mon héros était Doug Harvey. J’ai pris des choses de lui et d’autres joueurs. C’est comme ça que j’ai appris.»

Le natif de Kénogami a tellement joué un grand rôle dans l’histoire des Blackhaws que sa biographie, Heart of the Blackhawks: The Pierre Pilote story, écrite en collaboration avec L. Waxy Gregoire et David M. Dupuis, a été publiée en 2013. Elle est devenue un documentaire en 2017.

Pierre Pilote est décédé le 9 septembre 2017 à l’âge de 85 ans, mais son nom ne tombera jamais dans l’anonymat. Dans les années qui ont suivi sa carrière, l’ancien hockeyeur a souvent été au centre de marques d’appréciation qui font en sorte qu’il ne pourra être oublié. Une statue de bronze le représentant a notamment été placée à l’entrée du Palais des sports de Jonquière en 2012.

Deux ans plus tard, sa contribution au hockey a été soulignée une dernière fois avant sa mort.

Honoré par Postes Canada

L’exercice est moins populaire aujourd’hui, mais il est possible que vous aperceviez un jour son visage dans le coin droit d’une lettre qui repose dans votre boîte postale. Postes Canada lui a rendu hommage pas seulement une fois, mais à deux occasions.

En 2005, il a fait partie d’une série de timbres mettant en vedette des étoiles de la LNH. Postes Canada a répété l’expérience en 2014, cette fois pour honorer les meilleurs défenseurs de l’époque des six équipes dans la LNH. Dans ce club très sélect, Pierre Pilote a sa place aux côtés de Bobby Orr, Doug Harvey, Harry Howell, Tim Horton et Red Kelly.

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Michel Goulet

LA PASSION DU HOCKEY

D’aussi loin qu’il se souvienne, Michel Goulet a toujours été animé par une véritable passion pour le hockey. Il parle avec le même enthousiasme de ses années de hockey mineur, à Péribonka et Mistassini, et des plus beaux moments de sa carrière professionnelle, principalement ses deux participations à la Coupe Canada.

Il faut aimer le hockey pour se lever tous les matins à 5 h pendant tout un hiver afin de s’entraîner en solitaire durant 45 ou 60 minutes sur la patinoire du village avant d’aller à l’école. « J’avais 15 ans et j’avais “emprunté” la clé de l’aréna au gars de la Zamboni pour aller chercher quelque chose dans le vestiaire de mon équipe », raconte Goulet en riant. « Il faisait toujours sa glace après la dernière partie de hockey vers minuit et il s’est posé des questions pendant deux ou trois jours en constatant qu’il y avait des marques sur la glace à son retour le lendemain matin. Il a rapidement compris et il m’a laissé faire... »

Choix de première ronde

C’est un peu après cet épisode, à 16 ans, quand les Remparts de Québec en ont fait un choix de première ronde en 1976 en provenance de l’équipe midget de Mistassini, qu’il a commencé à croire que sa passion pour le hockey pourrait se transformer en véritable carrière. Celle-ci a duré 16 ans, — une saison dans l’Association mondiale avec les Bulls de Birmingham et 15 dans la LNH avec les Nordiques de Québec et les Blackhawks de Chicago.

Il a connu quatre saisons de plus de 50 buts et sept d’au moins 40. La seule campagne où il n’a pas inscrit au moins 20 filets a été sa dernière. Celle-ci a pris fin le 16 mars 1994 quand une commotion cérébrale, résultat d’une mauvaise chute au Forum, l’a forcé à la retraite.

« Avoir joué aussi longtemps est le plus beau côté de ma carrière », note Michel Goulet. « Quand tu as la chance de jouer dans la LNH, tu ne peux pas te plaindre. Je n’ai pas eu beaucoup de mauvais moments. Ce fut une période incroyable. Quand ta job est de jouer au hockey, il n’y a rien de mieux. »

« J’ai essayé d’être régulier match après match, pas seulement au niveau des buts et des passes. J’ai toujours regardé vers l’avant. Après un bon ou un mauvais match, j’ai toujours essayé de savoir ce que j’avais fait de bien ou de moins bien afin de m’améliorer. Ce n’est pas facile d’être régulier et de produire année après année. Quelqu’un peut connaître une grosse saison. Le refaire, ce n’est pas pareil ».

Les Coupes Canada de 1984 et 1987 passées aux côtés des autres vedettes canadiennes de la LNH représentent les plus beaux moments de sa carrière. La rivalité Canadien-­Nordiques, qui a débuté à ses yeux en 1981 quand un but de Dale Hunter a couronné son équipe, fait aussi partie de ses moments de prédilection, même si elle a culminé par une soirée regrettable qu’il préfère oublier.

Goulet est resté associé au hockey après avoir accroché ses patins et il l’apprécie. Pierre Lacroix a été le premier à lui ouvrir une porte et il a fait partie de l’organisation de l’Avalanche du Colorado pendant une quinzaine d’années. Il a aussi occupé un poste de recruteur pour les Flames de Calgary pendant six ans. Il joue maintenant ce rôle pour les Ducks d’Anaheim. Serge Émond