Pour Pierre Lavoie, le sport au secondaire, axé sur la compétition, décourage bon nombre de jeunes de se tourner vers la pratique d’activités sportives.

Pierre Lavoie critique le sport scolaire au secondaire

Contrairement au reste du Canada, le Québec est un exemple à suivre en ce qui concerne les mesures à prendre pour inciter les jeunes à bouger et à adopter de saines habitudes de vie, affirme Pierre Lavoie, grand manitou de l’activité physique et des saines habitudes de vie au Québec.

« Il faut faire la différence entre le Canada et le Québec. Ce n’est pas une étude québécoise sur les enfants, mais de toute façon, l’activité physique chez les enfants est beaucoup plus élevée au Québec que dans le reste du Canada », tranche le cofondateur du Grand défi Pierre Lavoie, l’organisme qui fait la promotion de l’activité physique et des saines habitudes de vie dans les écoles primaires depuis dix ans.

Pierre Lavoie a pris connaissance, lundi, des grandes lignes du rapport et du classement réalisé par l’Active Healthy Kids Global Alliance (AHKGA) où le Canada fait piètre figure en ce qui concerne l’activité physique chez les jeunes et les comportements sédentaires (voir autre texte).

« Il faut reconnaître les efforts du Québec. C’est la seule province qui a mis les efforts qu’il faut. Juste l’an dernier, il y avait 429 écoles primaires sur les 2000 du Québec, soit 20 %, qui ont atteint la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est-à-dire de bouger une heure par jour (mesure de l’heure). Cette année, 150 nouvelles écoles se sont ajoutées et l’an prochain, il y en aura 250 autres », cite-t-il en exemple.

« Le Québec a pris le taureau par les cornes avec des programmes au niveau du primaire comme le nôtre et celui de la mesure de l’heure. C’est un programme financé sur trois ans. L’objectif des libéraux, annoncé durant la campagne électorale, était d’instaurer rapidement dans toutes les écoles primaires la mesure de l’heure de l’OMS », souligne-t-il en rappelant que le virage des saines habitudes a été pris il y a dix ans. Cette valeur est maintenant ancrée au Québec, « alors qu’ailleurs (au Canada), ça jase ».

« Le Québec est en avance par rapport aux autres provinces, affirme Pierre Lavoie. Ce ne sont pas toutes les provinces qui ont des professeurs d’éducation physique au primaire comme au Québec. La Colombie-Britannique, qui est la deuxième province la plus avancée, n’a même pas de professeurs d’éducation physique. Et ici, l’approche est inclusive, alors que dans le reste du Canada, c’est axé sur la compétition. »

Par contre, Pierre Lavoie rappelle que les bonnes intentions ne suffisent pas. « Il faut donner des moyens et des outils aux profs, soit du financement et des équipements. Si le gouvernement est vraiment sérieux dans son intention de faire bouger les jeunes, il faut que le Québec aille encore plus loin. Il faut que les gens acceptent (le fait) qu’on devra s’investir comme société. Que les municipalités fassent un peu comme Saguenay et offrent la gratuité pour l’accès aux infrastructures sportives. Actuellement, on l’offre pour les 12 ans et moins, mais il faudrait le prolonger jusqu’à 18 ans. Il faut que ça devienne une politique municipale », a-t-il conclu.

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PIERRE LAVOIE DÉNONCE UN SYSTÈME D'EXCLUSION

Depuis dix ans, de nombreuses mesures ont été mises de l’avant pour inciter les jeunes à bouger et à adopter de saines habitudes de vie. Toutefois, pour Pierre Lavoie, là où le bât blesse, c’est au secondaire.

« On perd 80 % des jeunes au secondaire. Ils arrivent du primaire, où l’on préconise une structure d’inclusion, au secondaire 1, où c’est une formule d’exclusion qui prévaut », fait valoir le cofondateur du Grand défi Pierre Lavoie.

« Si tu veux une bannière dans ton école, tu vas faire de l’exclusion, car tu ne veux que les meilleurs. Et on te donne le droit de mettre des jeunes sur le banc pour faire performer l’équipe. Donc, si tu n’es pas bon, tu vas faire du banc et tu n’auras pas d’fun. »

Pierre Lavoie aimerait que le Québec s’inspire des pays scandinaves où les jeunes ne font aucune compétition avant l’âge de 14 ans. « Leur rôle est d’inculquer des valeurs du sport axées sur le plaisir et les amis, sur des valeurs durables qui augmentent l’estime de soi et la confiance. »

Il déplore qu’au Québec, le système soit basé sur la compétition. « Si t’as la chance d’être gros et grand à 12 ans, tu vas passer. Mais si ton développement est plus tardif, tu ne passes pas. Et pendant ce temps-là, l’autre va avoir pris une bonne longueur d’avance », illustre-t-il.

Des vagues au congrès

Autre effet négatif d’un système axé sur l’élitisme, les programmes sport-études monopolisent les infrastructures sportives au détriment des autres élèves.

Or, pour Pierre Lavoie, il vaut mieux privilégier la masse plutôt que la « course aux médailles à grands coups d’exclusion ». « Veut-on une société en santé ou gagner un classement général ? », interroge-t-il.

Invité comme conférencier, le grand manitou des saines habitudes de vie a d’ailleurs profité de sa présence au congrès de la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FÉÉPEQ), en fin de semaine à l’UQAC, pour débattre de la question et confronter ses points de vue.

Il n’a pas été tendre envers le RSEQ (Réseau du sport étudiant du Québec) et son système axé sur la compétition, donc l’exclusion.

« On s’est dit les vraies affaires et ç’a brassé pas mal ! Ç’a choqué et c’est ben correct ; ça fait partie de la game », a-t-il reconnu. Il reste toutefois convaincu qu’il faut revoir le système implanté au secondaire si l’on veut que le bilan de santé des adolescents s’améliore.