Phil Desgagné, Michel Thiffault et Denis Lévesque entourent Christine Cossette dans les bureaux de la défunte station CJMT. La fille de Robert Cossette (‘‘Le Géant des eaux’’) a été la première personne à réussir la traversée aller-retour du lac Saint-Jean (64 km) en 1984.

Témoin privilégié d’un exploit

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, François Lafortune rappelait, sur son compte Facebook, qu’il y a 35 ans, Christine Cossette réalisait une performance qui allait passer à l’histoire: nager le lac Saint-Jean aller-retour, une odyssée de 64 kilomètres. Ça m’a rappelé un souvenir qui a marqué mon histoire dans le monde des médias, car j’ai été un témoin privilégié de ce fait historique de 1984.

En effet, Denis Lévesque (TVA/LCN) et moi avions suivi de près Christine Cossette. Nous n’étions pas plus loin qu’à 150 pieds d’elle durant son exploit. Nous étions les seuls à croire au rêve de Christine, car à l’époque, aucun média n’avait délégué de journalistes pour suivre l’événement.

Quand Christine et Robert ont parlé de tenter l’expérience de l’aller-retour, peu de gens y croyaient, incluant les organisateurs de la Traversée internationale du lac Saint-Jean. Car, il faut le dire, la Traversée du lac Saint-Jean était l’un des événements qui marquaient le Québec durant la saison estivale. Tous les médias du Québec déléguaient des journalistes pour couvrir l’événement. Même la télévision diffusait des images de l’arrivée des nageurs dans la rade de Roberval.

Mais les dirigeants de la Traversée cherchaient tout de même à se renouveler afin de donner un deuxième souffle à ce rendez-vous mondial de la nage en eau libre. La traversée aller-retour était-elle la solution? Peut-être. C’est un peu pourquoi le duo père-fille des Cossette a pensé à ce projet. Car il faut le dire, le 32 km constituait déjà un très beau défi, mais l’aller-retour était peut-être possible. C’est donc ce qui a poussé le duo Cossette à penser à cet événement.

Peu nombreux

Au départ, nous étions seulement deux équipes. Dans le premier bateau, c’était, bien entendu, l’équipe qui guidait Christine, et dans l’autre chaloupe, Denis et moi qui devions faire des reportages sur l’événement pour notre station radiophonique, CJMT, et durant la nuit, nos reportages étaient diffusés à travers tout le Québec via CKAC Montréal.

Nous sommes partis vers 22h30. Nous n’étions pas beaucoup à être présents sur place pour ce début d’aventure. Les premières heures étaient relativement tranquilles. Un beau lac sans vagues et du beau temps. Notre rôle, à Denis et moi, était d’éclairer Christine avec un projecteur durant la nuit. Mais plus la nuit avançait, plus la température baissait. À un point tel qu’à un certain moment, j’ai dû mettre mon manteau de motoneige, ma tuque et mes gants! Un peu plus tard, vers 4h du matin, la brume s’est mise de la partie. Tellement qu’on perdait même de vue la petite chaloupe de Robert et son guide qui était pourtant tout près de nous. On était un peu inquiets, mais notre capitaine nous rassurait en nous disant qu’il n’y avait aucun problème.

Le doute

Toutefois, autour de 5h du matin, Christine, qui avait pourtant un bon rythme, s’est mise à douter de sa progression. Même si son père lui disait qu’elle avançait très très bien, elle ne le croyait pas. Robert Cossette a donc décidé de se jeter à l’eau et il s’est mis à nager à côté d’elle. Peu après, elle s’est rendu compte qu’elle distançait rapidement son père et ça lui a donné un peu d’adrénaline.

Un peu plus tard, au petit matin, on atteignait le quai de Péribonka. Il y avait très peu de gens sur place pour encourager Christine qui est repartie pour effectuer le retour vers Roberval. Plus on approchait de la capitale mondiale de la natation en eau libre, plus la nouvelle se propageait à travers toute la région. Christine Cossette pourrait-elle réaliser ce qu’on appelait l’impossible, l’aller-retour?

D’ailleurs, nos reportages étaient suivis partout dans la région à travers tous les médias. Et plus on avançait vers Roberval, plus il y avait des bateaux de plaisance qui entouraient la nageuse. Tellement que les dirigeants de la Traversée sont venus à notre secours. Ils sont venus à notre rencontre et ont déployé un cordon de sécurité pour protéger Christine et ses accompagnateurs, ainsi que notre propre embarcation.

Vainqueur de la Traversée en 1982, l’excellent nageur de Québec, Robert Lachance, était venu encourager Christine. À un certain moment, il a décidé de nager quelques kilomètres aux côtés de Christine dans le but de l’encourager et de lui donner un deuxième souffle.

Moment inoubliable

L’entrée dans la rade de Roberval a été tout simplement extraordinaire! Il y avait une manne de bateaux sur place et les estrades étaient remplies à pleine capacité pour Christine. Juste à me rappeler ces bons moments, j’en ai la chair de poule! Pour moi, ç’a été l’un des plus beaux exploits auxquels j’ai pu assister et vivre d’aussi près.

Christine était une athlète exceptionnelle! À partir de ce moment-là, les gens de la Traversée ont même organisé l’aller-retour pendant quelques années. Mais l’exploit était toujours très difficile et la sécurité des nageurs ainsi que le nombre de participants étaient devenus un grand risque. Ils ont donc abandonné le projet pour revenir à la traditionnelle traversée de 32 km que l’on connaît.

Toutefois, même 35 ans plus tard, pour moi, Christine Cossette demeure une athlète d’exception!

Le curling en deuil

Au cours des derniers jours, le monde du curling a perdu un très très grand bénévole avec le décès de Marc Larocque. Marc était un assidu du Club de curling de Chicoutimi. Il faisait également partie de ceux qui s’occupaient du curling junior. Dominique, sa douce moitié comme il l’appelait, était également très impliquée au niveau des membres seniors. À toute sa famille et à sa conjointe Dominique Gravel, mes plus sincères condoléances.