L’arbitre est là pour faire appliquer le règlement le plus efficacement possible. Ici, Justin St-Pierre, qui est originaire d’Albanel, lors d’un match qui opposait le Canadien à l’Avalanche du Colorado, en 2006.

Ces passionnés mal aimés

CHRONIQUE / Quand arrive la fin de saison au hockey, les arbitres deviennent rapidement la cible de toutes les critiques de la part des dirigeants, des spectateurs et des fans de hockey en général, et ce, dans tous les circuits, que ce soit la Ligue nationale (LNH), la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) ou la Ligue nord-américaine (LNAH).

D’abord, dès le départ, il faut clarifier certaines choses — je le dis et je le répète —, les arbitres sont un mal nécessaire. De plus, c’est l’excuse facile pour expliquer les défaites ou une élimination rapide. Mais avouons que pour faire ce travail, ça prend des gens passionnés qui aiment les défis, mais surtout qui n’ont pas peur des critiques. Car arbitrer, ce n’est certainement pas l’endroit où vous allez vous faire des amis, vous faire féliciter ou recevoir des gratitudes.

Souvent, les gens me disent : « Oui, mais ils sont rémunérés pour faire ce travail ! » Ils ont parfaitement raison. Mais quand on y regarde de plus près, je vous assure que ce n’est sûrement pas l’argent qui fait la différence pour ceux et celles qui font ce travail. Voici quelques exemples : un juge de lignes dans la LHJMQ peut recevoir en moyenne 100 $ par match, tandis que les arbitres en chef reçoivent entre 200 $ à 250 $. Quand on sait que ces officiels font entre 10 et 12 heures de route aller-retour pour arbitrer un match à Chicoutimi par exemple, ce ne sont sûrement pas les dollars qui les motivent. C’est presque le salaire minimum qu’ils reçoivent. Et même si leurs dépenses sont payées, admettez que ce n’est pas le Klondike !

Il y a de jeunes officiels qui le font dans le but, un jour, de graduer dans les circuits professionnels et c’est tout à fait normal. D’ailleurs, la LHJMQ joue très bien son rôle dans la formation d’officiels. À titre d’exemple, 30 pour cent des arbitres de la Ligue nationale en action proviennent du circuit Courteau. Donc, la LHJMQ réalise très bien sa mission. Et quand on compare les arbitres et les joueurs issus de la LHJMQ, les arbitres sont nettement avantagés par rapport aux joueurs.

De plus en plus ardu
Mais revenons à nos officiels. Il ne faut pas oublier que, souvent, ces mêmes arbitres qui travaillent durant une partie ont d’abord travaillé le matin pour ensuite prendre la route en après-midi pour un trajet de quatre à cinq heures. Par la suite, ils retournent à la maison et le lendemain matin, ils sont de retour au travail. Ça prend donc des gens passionnés pour faire ce travail toujours aussi difficile.

Quant aux critiques dont ils font l’objet, disons que les arbitres sont mieux outillés de nos jours pour rendre une décision. Je me rappelle très bien que lorsque je faisais ce travail, on vivait avec nos décisions, bonnes ou mauvaises. Toutefois, il faut rappeler aux gens que les arbitres sont avant tout des humains et qu’ils peuvent se tromper. Toutefois, sur le lot d’appels qu’ils font, ils passent facilement l’examen.

Concernant leur travail en fin de saison et en séries éliminatoires, il est de plus en plus difficile et je vais vous en expliquer les raisons. Premièrement, pour chaque match en série éliminatoire, il n’y a pas de lendemain, tandis qu’en saison régulière, ce n’est pas le cas.

Deuxièmement, les entraîneurs, eux, sont souvent en fin de contrat et les victoires deviennent de plus en plus importantes. Ou encore, la pression provient du conseil d’administration. Les dirigeants veulent absolument gagner pour éponger des déficits en cas d’élimination rapide et la pression s’exerce donc sur les instructeurs.

Troisièmement, et c’est vraiment là la grande différence avec la saison régulière, le jeu en séries éliminatoires est totalement différent. Les équipes ne s’affrontent jamais quatre à cinq fois d’affilée durant le calendrier régulier, comme c’est le cas en séries éliminatoires. Et plus la série avance, plus l’intensité augmente. Les joueurs se défoncent et il n’y a pas de lendemain pour eux. De plus, la robustesse est beaucoup plus présente en séries.

Vous n’avez qu’à regarder ce qui se passe actuellement, soit au niveau de la LNH, la LHJMQ ou la LNAH. Si les joueurs jouaient de la même façon en saison régulière, je vous préviens tout de suite qu’on manquerait de joueurs durant les rondes éliminatoires. Je suis convaincu que ce n’est pas ce que les gens veulent.

Les arbitres ont donc eux aussi à s’ajuster dans les circonstances. S’il fallait appliquer la réglementation en séries de la même manière qu’ils le font en saison régulière, ça jouerait à 3 contre 3 ou à 4 contre 4. C’est exactement ce que les amateurs de hockey ne veulent pas. Ils veulent voir le spectacle.

Comme on peut le constater, les arbitres ont toujours le mauvais rôle. Soyez donc un peu plus indulgents envers les officiels, car ce n’est pas à eux de faire le spectacle ; ils doivent laisser la place aux joueurs. Demandez aux joueurs qui ont évolué dans les différents circuits, ils veulent donner le spectacle et ils veulent que les arbitres les laissent jouer.

Le Canadien dans la LHJMQ
Je n’ai pas été surpris par la nouvelle des derniers jours voulant que le Canadien veuille se porter acquéreur de l’Armada de Blainville-Boisbriand. Au début de la semaine dernière, j’ai reçu un appel de gens de Montréal qui voulaient me consulter pour savoir ce que les petits et moyens marchés pensaient de l’avènement du Canadien de Montréal dans la LHJMQ. Je leur ai répondu que c’était une bonne nouvelle, car la LHJMQ a un certain problème avec Québecor qui est propriétaire de deux franchises. Ça réglerait un peu la situation de ce côté-là. Mais Québecor est un gros joueur et, si le Canadien va bien, ça en serait un autre. Par contre, en y regardant de plus près, il y a plusieurs gros joueurs dans le circuit Courteau. On n’a qu’à penser aux concessions de Moncton, Québec, Bathurst, St. John, Halifax et Rimouski. Quand viendra le vote d’une décision importante, ce sont encore les petits et les moyens marchés qui auront le maximum de votes.