Le chroniqueur avec la première prise de la journée dans un blanc décor où on ne distinguait ni ciel ni terre.

Pêcher avec «l’Homme du lac»

CHRONIQUE / J’ai vécu toute une expérience de pêche blanche mardi dernier sur les glaces du lac Saint-Jean, une sortie exceptionnelle. J’avais rendez-vous à 6 h 30 du matin à la marina de Roberval avec « l’Homme du lac », Charles Dufour, propriétaire de l’entreprise Pêche blanche lac Saint-Jean. Destination : milieu du lac.

Je dis milieu du lac, mais en vérité, la cabane à pêche qui nous attendait était située à environ cinq kilomètres de la rive pas très loin de l’île aux Couleuvres et de l’île à Dumais au large de Roberval.

Nous avons fait le trajet en motoneige à la noirceur juste avant les premières lueurs du jour. « Vous pouvez arriver à l’heure que vous voulez, mais ici l’hiver, le doré est plus actif le matin. C’est mieux tôt, pour se donner une chance », m’avait dit le guide de pêche au téléphone le jour précédant notre départ.

La pêche au ciel

Le mercure indiquait -28 °C à notre arrivée à la cabane à pêche. Le temps de faire un feu dans le poêle à bois, de percer les trous, de déglacer et d’installer les brimbales tout autour du site de pêche pour me rendre compte, en levant la tête, que nous étions au ciel.

Pas de vent et un brouillard de neige qui limitait notre vue à 100 mètres au maximum ; on se croyait dans les nuages, tout était blanc, on ne voyait ni ciel ni terre. C’était féérique. Le milieu du lac Saint-Jean, l’hiver, ça rivalise de beauté avec le désert du Sahara.

Charles Dufour a installé quatre cabanes à pêche au large de Roberval dans quatre sites différents. À l’aide de l’application Navionics qui fournit des cartes bathymétriques détaillées de milliers de lacs sur la planète, « l’Homme du lac » a placé ses cabanes et a percé les trous de pêche à des endroits stratégiques au-dessus des structures du fond du lac propices à l’habitat et aux habitués du doré.

En plus d’un trou de pêche dans la cabane, avec la présence d’un sonar pour voir en direct les poissons sous votre leurre se lancer à l’attaque de votre ligne, le guide de pêche avait placé huit brimbales à des distances de 10 à 20 mètres tout autour de la cabane.

Site exceptionnel

« La pêche au doré, ce n’est pas facile. Celui qui va à la pêche une semaine sur deux, entre midi et 14 h, risque de manger du baloney pour souper, blague le mordu de chasse et pêche. J’ai installé les lignes à des profondeurs de 15 à 20 pieds (5 à 6 mètres) à différents endroits pour couvrir la structure au fond du lac. Le doré ne se pique pas tout seul comme une truite qui va avaler l’appât au fond de sa bouche. Il faut être actif et surveiller les brimbales pour courir ferrer le poisson au moindre signe », explique Charles Dufour.

Pendant que je m’amuse avec un doré qui m’agace sur le sonar, bien au chaud dans la cabane, le guide du lac a des yeux tout le tour de la tête en surveillant par les fenêtres de la cabane. Dès que la brimbale a bougé vers le bas, on part à la course pour ferrer. C’est une pêche très active et qui donne de bons résultats. Nous étions seulement deux pêcheurs pour ce reportage. Un groupe de quatre pêcheurs (cinq lignes par pêcheurs) pourrait avoir plus de lignes à l’eau et ainsi augmenter les chances de capture. En quatre heures de pêche, nous avons sorti une dizaine de dorés.

Meilleur que l’été

C’est probablement une simple impression, mais je dois vous avouer que j’ai trouvé que le doré d’hiver est meilleur que le doré d’été. J’ai cuisiné les filets en arrivant à la maison, le soir même, avec une recette amandine, et nous avons trouvé que la chair était moins mollassonne qu’en été. Les filets se courbaient dans la poêle comme une mouchetée fraîchement pêchée en été. Peut-être que la chair du doré se tient mieux dans l’eau à 4 degrés que l’été dans de l’eau à 20 degrés. Ce n’est qu’une impression, mais peut-être un beau dossier de recherche pour la chaire de l’UQAC.

Près de 200 jours sur le lac

Charles Dufour de Pêche blanche lac Saint-Jean fait partie de ces passionnés qui raffolent de leur travail et qui sont à leur meilleur quand ils mettent le nez dehors. Je l’ai baptisé « l’Homme du lac », car à ma connaissance, c’est probablement la personne qui passe le plus de temps sur le lac Saint-Jean dans une année.

L’été dernier, il travaillait comme agent de protection pour la Corporation LACtivité pêche. Il estime qu’il a passé entre 80 et 90 jours à naviguer sur le lac pour rencontrer les pêcheurs alors qu’il passe autant de jours sur les glaces l’hiver à guider la clientèle. Cet été, Charles Dufour offrira des voyages de pêche guidés à bord de son bateau, en plus de proposer des croisières d’une ou deux heures sur le lac pour les touristes de passage qui n’ont pas le temps de s’offrir le bateau La Tournée.

Charles Dufour a reçu plusieurs journalistes et équipes de télévision du Québec et d’Europe dans le cadre de reportage sur la pêche d’hiver au lac.

« Des touristes français m’ont dit que je devrais retirer le vidéo de la télévision arabe Al Jazeera sur notre site Internet, car ça pourrait effrayer les touristes européens. Moi, Al Jazeera, ça ne me disait pas grand-chose avant que je m’informe et que je retire la vidéo », raconte le guide de pêche qui passe plus de temps dans la nature que devant sa télé à regarder le Téléjournal.

En plus de vous fournir des sites de pêche à haut potentiel, le guide du lac s’occupe de vous toute la journée en appâtant vos lignes et en vous préparant des filets de doré dans la poêle sur l’heure du midi. Pêche blanche au lac Saint-Jean est une occasion unique de vivre la pêche au doré l’hiver sur le Piékouagami et de manger un repas de poisson directement du lac à l’assiette, un privilège exceptionnel que même le nouveau guide alimentaire canadien ne peut imaginer.

Charles Dufour pose avec un beau doré de près de deux livres .