Attaquant de l’édition 1968-69 des Orioles d’Arvida, Jean-Guy Simard a conservé plein de beaux souvenirs de ce périple culturel et sportif en France effectué il y a 50 ans.

Orioles d’Arvida: souvenirs d’un séjour mémorable en France

Il y a 50 ans, la fébrilité des 16 jeunes de l’équipe pee-wee des Orioles d’Arvida était à son comble. Champions du tournoi provincial de Sherbrooke, les joueurs arvidiens et leurs entraîneurs s’apprêtaient à vivre un séjour mémorable en France, du 18 décembre 1969 au 7 janvier 1970.

En plus de prendre part à des matchs d’exhibition, les jeunes Orioles ont pu s’imprégner d’une nouvelle culture et découvrir de nouveaux horizons. Membre de la cuvée 1968-1969, Jean-Guy Simard a conservé de nombreux documents de cette glorieuse époque où les Orioles avaient été consacrés « l’équipe pee-wee la plus puissante dans l’histoire du hockey régional » dans un journal de l’époque.

L’équipe championne de jeunes âgés de 13-14 ans comptait dans ses rangs le fameux Peter Lee (premier choix de 1976 des Canadiens de Montréal), qui allait par la suite évoluer pour les Penguins de Pittsburgh, entre autres.

Comme la majorité des parents des Orioles travaillaient pour Alcan et que la multinationale soutenait les équipes d’Arvida, les 16 joueurs et leurs accompagnateurs, l’entraîneur Gerry Brassard, Rosaire Bordeleau, et le directeur gérant, Yvan Tremblay, avaient eu l’honneur d’être accueillis par les dirigeants d’Alcan aux bureaux de Montréal.

« On avait une équipe d’élite, se souvient Jean-Guy Simard, ailier gauche. Il y avait des équipes à Jonquière, Kénogami, Alma, etc. Il y avait aussi de bons joueurs dans les autres équipes, dont Mario Tremblay, qui était pour les Aiglons d’Alma. En finale du Championnat provincial pee-wee de Sherbrooke du printemps 1969, on a aussi joué contre Michael ‘‘Mike’’ Bossy (1er choix des Islanders de New York en 1977) qui faisait partie de l’équipe Saint-Alphonse de Laval. On avait gagné la finale. »

Ce que les champions du tournoi de Sherbrooke ignoraient, c’est que l’Office franco-québécois pour la Jeunesse (OFQJ), de concert avec la Fédération française des sports de glace, offrait aux vainqueurs un voyage en France où ils prendraient part à des matchs d’exhibition en décembre 1969 et en janvier 1970.

« Ils ont finalement décidé d’envoyer les deux équipes pour le tournoi d’exhibition parce que nous étions réellement trop forts comparativement à la France. On a joué contre des équipes pee-wee, midget et même des juniors (17-18 ans) qu’on battait 17-1, 17-2. Les deux clubs (Arvida et Laval) étaient bien dirigés.

« Pour Arvida, (l’entraîneur-chef) Gerry Brassard était un ancien pro de la Ligue nationale et de la Ligue américaine. Il nous avait inculqué une éthique de travail. On était un peu comme une jeune équipe professionnelle », se souvient M. Simard. Il fallait que les jeunes soient disciplinés, car outre les trois adultes de l’équipe qui les accompagnaient, il n’y avait qu’une représentante de l’OFQJ pour veiller au bon déroulement du voyage.

Noël en France

Pour ces jeunes, c’était la découverte d’une autre culture. Ils ont été hébergés par des familles des joueurs des équipes hôtesses et ont été reçus comme des princes à chaque endroit. Les jeunes Orioles étaient tellement excités qu’ils n’avaient pas vraiment le temps de s’ennuyer de leurs familles durant ce temps des Fêtes. « Je pense que c’était pire pour les parents », lance M. Simard en riant.

Les deux équipes du Québec ont disputé 19 matchs durant la tournée, dont cinq entre les deux équipes québécoises. Les matchs attiraient de belles foules. Les Orioles ont conclu la tournée avec une fiche de 18 victoires et une seule défaite, laquelle a été subie aux mains de Laval pour leur tout dernier duel.

Si les joueurs ont passé la majeure partie du périple à Paris, ils ont tout de même eu la chance de visiter Lyon, Gap, Briançon, Villard-de-Lans, Grenoble, Chamonix, St-Gervais-les-Bains et Mégève. D’ailleurs, M. Simard a conservé une affiche où l’on pouvait lire « Palais des sports, Mégève, 3 janvier 1970 – Les célèbres minimes Canadiens contre le Club sportif CS Mégève minimes ».

Côté touristique, ils ont visité la tour Eiffel et sa patinoire synthétique au 2e étage, la basilique de Notre-Dame-de-Paris, l’Obélisque, l’Hôtel des Invalides, l’Arc de Triomphe, le Musée du Louvres, la Place de la Concorde, la statue de la Liberté, les Alpes françaises et le Théâtre de marionnettes Le Guignol à Lyon. Ils ont également fait une excursion au mont Blanc ou encore une visite à la station olympique de Chamrousse et ils ont même eu la chance de rencontre Jean-Claude Killy, couronné triple champion de ski des Jeux olympiques d’hiver de 1968 tenus à Grenoble.

+

«COMME DANS UN RÊVE»

Cinquante ans plus tard, Jean-Guy Simard ne garde que de bons souvenirs de son voyage en France avec les Orioles pee-wee d’Arvida.

« C’était comme dans un rêve. Nous étions de jeunes ti-gars amoureux du hockey et notre équipe était tellement cimentée ensemble. On avait un bel esprit d’équipe, se souvient M. Simard. De représenter le Québec était une fierté et un grand honneur ! »

Les Orioles d’Arvida étaient déjà un bain de culture en soi puisque l’équipe était composée des jeunes francophones des quartiers Saint-Philippe, Saint-Jacques et Saint-Mathias et d’anglophones de Sainte-Thérèse. « Peter Lee ne parlait pas français, mais il nous comprenait quand même », mentionne Jean-Guy Simard.

Ces jeunes étaient pleinement conscients de la chance qu’ils avaient de vivre ce périple en France alors que leurs parents n’avaient jamais voyagé. La mère de M. Simard, Rita Duplain, aujourd’hui âgée de 99 ans, se souvient encore de ce temps des Fêtes passé sans son petit dernier, Jean-Guy, dont le frère jumeau était resté à la maison.

Mais même s’ils étaient loin des leurs, les jeunes avaient quand même été gâtés. « On a fêté Noël et le jour de l’An dans la tradition française. Donc, il n’y avait rien la veille de Noël. Ça se passait le matin du 25 décembre. On a eu des cadeaux. Les gens là-bas étaient vraiment gentils », se souvient l’ancien #9.

Ce fut aussi l’occasion de s’initier à la culture française et à sa gastronomie. « Le premier souper à Paris était à 7 h le soir et ça ne finissait pas avant 9 h 30. C’était des sept services, avec potage, entrées, etc., et ça finissait avec les fromages et les noix. L’eau n’était pas consommable et je me souviens qu’on avait eu droit à du vin en vrac dilué avec de l’eau (Evian) », raconte-t-il en riant.

Une surprise au retour 

Une autre surprise de taille les attendait à leur retour à Montréal. « On a rencontré un illustre joueur, Maurice Richard, qui nous a accueillis à Dorval. Il nous avait remis une carte dédicacée. Pour mon père, comme pour bien des Québécois, c’était son idole. C’était impressionnant. Quand j’ai montré ça à mon père (Jean-Joseph Simard), il n’en revenait pas ! », se remémore le Saguenéen.

Le retour en classe s’est fort bien déroulé. « Quand on est retournés en classe, on a été accueillis comme des vedettes, mais notre coach était rigide et on avait quand même une certaine humilité. D’ailleurs, malgré la présence d’un joueur tout étoile comme Peter Lee, chaque joueur a eu sa place dans l’équipe. Il nous avait fat comprendre qu’une équipe, c’était ça. »

Enfin, M. Simard aurait aimé organiser une sorte de retrouvailles ou un événement pour souligner les 50 ans de cette aventure mémorable avec son ami Yves Boivin, car plusieurs joueurs se sont perdus de vue depuis. Peut-être que l’idée fera son chemin.

Cela dit, Jean-Guy Simard aimerait bien retourner en France pour un éventuel petit pèlerinage. « Je garde ça pour la retraite. J’ai encore toutes les adresses des familles qui m’ont hébergé. Je me promets de refaire la boucle ! » a-t-il conclu.

+

COMPOSITION DE L'ÉQUIPE

Composition de l’équipe en 1968-1969

Voici la composition de l’équipe de rêve des Orioles pee-wee d’Arvida en 1968-1969. 

Joueurs

• Denys Guérin (#1), Daniel Brownlee (#2), Gilles St-Pierre (#3), Peter Lee (#4), Yves Boivin (#5), Mike Binette (#6), Ghislain Fallu (#7), Gérald Tremblay (#8), Jean-Guy Simard (#9), Réjean Larouche (#10)*, George Archibald (#11), Denis Bordeleau (#12), Jean-Paul Masse (#15), Marc Fortin (#16), Alan Tremblay (#16) et Michel Essiambre (#30)*

Entraîneurs

• Gerry Brassard, entraîneur-chef, Less Ward, entraîneur adjoint, Rosaire Bordeleau, entraîneur/équipement, et Yvan Tremblay, gérant 

Fiche de la saison

• 19 victoires, aucune défaite et un match nul en saison régulière

• Champions des séries éliminatoires

• Gagnants de la classe B au Tournoi pee-wee de Jonquière

• Finalistes de la classe B au Tournoi International pee-wee de Québec.

• Gagnants du Championnat provincial pee-wee de Sherbrooke

Tournée en France

• 18 victoires, une défaite

* Joueurs décédés