On ne s’habitue pas

CHRONIQUE / Après dix éditions du 1000 km du Grand défi Pierre Lavoie (GDPL), on pourrait penser que ça devient redondant. Qu’on finit par s’habituer. Après tout, ça demeure pareil ; des cyclistes s’arrêtent dans différentes municipalités du Québec, accueillis par un comité d’accueil, gros ou moins gros, tout dépendant de l’heure d’arrivée ou des efforts déployés par la ville hôtesse.

Pourtant, on ne s’habitue pas. De voir des petits, des grands, des jeunes, des moins jeunes, tendre la main aux cyclistes, étoiles dans les yeux en s’époumonant comme s’ils accueillaient Alexander Ovechkin sur le party, ça fait vivre des émotions qu’on n’a pas souvent la chance de voir.

C’était la sixième fois que je vivais le 1000 km du Grand défi Pierre Lavoie, en partie ou en totalité. Pour une quatrième année, j’avais la chance de vivre des arrivées d’étape sur mon vélo. Les deux autres fois, j’avais conduit le VR d’une équipe (2012) ou couvert l’événement sans mon vélo (2015). Mais peu importe le point de vue, les frissons sont garantis. Même pour le plus endurci (et je ne fais pas partie de cette catégorie !).

Cette année, ce n’était pas seulement une édition de plus. C’était la 10e. Entre vous et moi, ça devient un angle assez inévitable à exploiter. En plus, le parcours était en grande partie tracé au Saguenay-Lac-Saint-Jean, notre terrain de jeu. Tout semblait en place pour une édition mémorable, à grande saveur locale.

Personnellement, j’ai pu faire partie du peloton de 1075 cyclistes pour la première étape, entre La Baie et L’Anse-Saint-Jean. Un tronçon historique, que Pierre Lavoie avait emprunté en 1999 pour le premier Défi Pierre Lavoie. Je suis déjà allé faire du vélo dans ce coin, mais d’y aller avec 1000 autres cyclistes, c’était particulier. C’était même plutôt très cool. Il mouillait et il ventait à La Baie, mais le ciel s’est complètement dégagé à notre arrivée à L’Anse-Saint-Jean. Comme si Pierre Lavoie et dame Nature étaient de connivence. Le gars est capable de faire venir les chefs de parti du gouvernement fédéral tous en même temps, il doit bien être capable de négocier avec la madame de la météo.

L’Anse-Saint-Jean s’est retrouvée sur la « map ». J’ai même jasé avec des tantes à Pierre Lavoie, qui étaient pas mal excitées de voir leur neveu débarquer avec la grosse machine du GDPL.

Devoir de journaliste oblige (puisqu’il n’y a pas que le vélo dans la vie), j’ai écrit mes textes entre L’Anse-Saint-Jean et Jonquière, avant d’embarquer à nouveau sur mon vélo pour faire l’étape Jonquière-Mashteuiatsh. Je n’étais jamais allé dans cette communauté autochtone, et je dois dire que ça valait la peine. On est débarqué à 3 h 30 vendredi matin, mais il y avait quand même une foule pour nous accueillir. Avec le soleil qui s’apprêtait à sortir de son dodo, c’était un moment unique.

Quelques heures plus tard, les yeux dans le même trou, je me suis encore invité dans le peloton pour rouler en direction de Dolbeau-Mistassini. L’accueil préparé par les gens de la ville du maire Pascal Cloutier était assez fou. Tous les jeunes écoliers semblaient avoir pris congé pour l’occasion, créant une haie d’honneur énergique en tendant leur petite main. Telle une vedette d’un groupe rock, je suis allé à leur rencontre, répondant à leur « high five ». Genre de truc qu’on ne vit jamais, seul à vélo. Pas sûr que de se faire klaxonner par les automobilistes est une grande marque d’amour. Si c’en est une, tant mieux, mais l’effet n’est pas le même.

C’était là ma dernière étape du 1000 km. Samedi, j’ai participé à La Boucle avec quelques amis. Encore là, c’était impressionnant de voir à quel point nous étions attendus, partout où nous passions.

Il faisait chaud et le vent était défavorable sur environ 70 kilomètres du parcours, mais c’était 135 kilomètres de pur plaisir. Chapeau aux acteurs du deuxième ravitaillement (je ne me souviens plus de l’endroit, désolé), qui avaient préparé de délicieuses tartinades beurre d’arachide/confiture. C’était succulent !

Je n’ai pas vécu l’arrivée à Montréal cette année, mais si on se fie aux images diffusées, c’était encore une fois un raz de marée d’émotions.

Après 10 ans, c’est bien vrai, on ne s’habitue pas. À l’an prochain, j’espère.