Les inukshuks servent de points de repère dans le Grand Nord. Voici la tente dans laquelle Benoit Tremblay a passé les nuits, résistant même à des vents de 80 à 100 km/h.

Oeil de cristal: bonheurs et frissons

Benoit Tremblay a vécu des émotions fortes, du 14 au 24 avril, dans le cadre de son expédition en solitaire dans le parc national de Pingualuit, où il a réalisé son rêve de survoler «l’oeil de cristal du Nunavik» en parapente. Un privilège unique qui s’inscrit toutefois en tête de liste des plus difficiles expéditions qu’il ait vécues.

Tellement difficile que quelques jours après son retour, il assurait qu’il ne le referait pas, du moins pas de la même façon. Son seul regret est d’ailleurs d’avoir prévu un échéancier trop serré. Si c’était à refaire, il s’accorderait un séjour de deux à trois semaines pour prendre le temps de bien se reposer et de profiter davantage du bonheur de voler en parapente.

«J’aurais dû prévoir 15 jours. J’ai débarqué de l’avion, j’ai dormi, puis je suis parti et j’avais promis qu’à mon retour, je ferais un atelier de construction de cerfs-volants pour les jeunes de l’école de Kangiqsujuaq. Je tombais donc à neuf jours d’expédition. Je ne connaissais pas le terrain et la fille du parc m’a dit: ‘‘je ne sais pas comment tu vas faire pour monter les collines’’. Je n’appelle pas ça des collines, c’est comme deux monts Valin l’un par-dessus l’autre. Ça m’a pris trois jours pour les monter, dont deux jours complets de travail pour faire moins de 10 km! J’ai perdu 15 livres en une semaine. J’ai tellement travaillé!», raconte celui qui a tiré 220 livres de bagages répartis dans deux pulkas.

Malgré tout, il s’estime chanceux et choyé, car les tempêtes de vent (80 km/h à 100 km/h) et le blizzard sont survenus alors qu’il pouvait se mettre à l’abri dans sa tente. Après quatre jours et demi de travail au lieu des deux ou trois jours prévus initialement, il a enfin atteint le fameux cratère qui renferme l’une des eaux les plus pures et les plus limpides de la planète. Même si le premier objectif était atteint, le Fulgençois n’était pas au bout de ses peines, car il fallait que les conditions se prêtent au vol de parapente. 

«Je suis monté en cerf-volant jusque sur les rebords, j’ai plié mon cerf-volant et j’ai skié dans le cratère. Les guides étaient déjà passés et avaient fait un trou pour que les touristes puissent boire l’une des eaux les plus pures du monde. Il y avait plein de petits glaçons, alors je me suis pris l’un des popsicles les plus purs du monde!»

S’il a été pris de doutes avant de se lancer dans son expédition en solitaire, Benoit Tremblay les a vite dissipés dès que ses voiles se sont gonflées. Il a finalement pu atteindre le cratère de Pingualuit et le survoler comme en témoigne son visage réjoui.
Féru de « kite » et de parapente, Benoit Tremblay, président de Concept Air kites, a réalisé le projet qu’il caressait depuis 20 ans, soit de survoler «l’oeil de cristal du Nunavik» en parapente. Une expédition de neuf jours en solitaire qui lui a fait vivre de grandes émotions.

Rêve réalisé

À sa sortie du cratère, le blizzard s’est levé et il est donc allé se mettre à l’abri au camp Laflamme situé à cinq kilomètres. Il a eu l’occasion de voler un peu le jeudi, puis le vendredi, mais dans ce dernier cas, il a dû composer avec un plafond nuageux bas et un banc de brouillard venait dans sa direction. Il a tout de même pu voler pendant presque une heure, heureux comme un roi. «J’ai vécu mon rêve et j’aurais aimé pouvoir capter des images, mais les caméras ont gelé.» Il a effectué quatre ou cinq vols avant que le nuage le rattrape et l’aspire une première fois. Il a réussi à atterrir, mais a décidé de s’envoler à nouveau. Cette fois, il a été aspiré dans le nuage complètement. «J’étais content d’avoir le bagage d’expérience que j’avais.» Il a réussi à atterrir, mais les conditions météo se sont dégradées. Il lui fallait retourner à sa tente, mais il ne voyait pas à plus de 25 pieds. Sur le retour, il a eu la peur de sa vie en apercevant une bête blanche aux yeux noirs. Pensant qu’il s’agissait d’un ourson, il s’imaginait rencontrer la mère en furie et sa dernière heure venue. Son coeur battait tellement fort qu’il lui martelait les tempes. Heureusement, c’était un renard qui a poursuivi sa route.

Les ours polaires ont d’ailleurs été sa crainte. Chaque soir, en s’installant pour dormir, il plantait un grand couteau de Tarzan près de son lit, sa bombonne de poivre de Cayenne et les lunettes de protection requises, ainsi qu’un lance-fusée. D’ailleurs, il a préféré de loin les nuits de grands vents au calme troublant qui permettait à son imagination de s’emballer aux moindres bruits... 

Expérience utile

Lors de son dernier jour sur le cratère, Benoit Tremblay a pu voler dans d’agréables conditions. Tellement que son coeur de pilote a souffert à l’idée qu’il devait rentrer s’il voulait être à temps au village pour enseigner aux jeunes comme promis. C’est donc le coeur gros qu’il a quitté pour le chemin du retour, même si la raison et son corps lui chuchotaient qu’il était effectivement temps de rentrer.

Le retour n’a pas été une partie de plaisir, mais il a donné lieu à une rencontre mémorable avec un renard blanc, même si ce dernier l’a empêché de dormir juste en grugeant son matériel. «Walt Disney aurait été jaloux de ce que j’ai vécu!», dit-il, frissonnant encore à la pensée de cette connexion unique qui s’était établie entre l’animal et lui.

De cette aventure avec un grand A, l’homme de 62 ans a largement apprécié toute l’expertise acquise au fil des ans pour voler en deltaplane, mais aussi pour affronter les rigueurs du quotidien (lever à 5h et campement dressé environ 10 heures plus tard) grâce aux conseils des aventuriers Frédéric Dion, André-François Bourbeau et Mario Bilodeau qui lui servent encore aujourd’hui et des enseignements de Ginette Pearson pour le camping d’hiver. «Je suis fier de ce que j’ai accompli, mais je suis aussi fier des choix judicieux que j’ai faits en matière d’équipements. Je n’ai eu ni chaud ni froid. Mes vêtements Chlorophylle m’ont permis de savourer le moment au lieu de souffrir. En fait, l’équipement et l’expérience ont fait la différence.»

Comme prévu, le mardi, il a donné un cours sur la fabrication de cerfs-volants aux jeunes du village et lorsqu’il a quitté, il a pu admirer les petites voiles colorées animer le ciel du petit village de Kangiqsujuaq!

Pour en savoir plus, consulter sa page Facebook «Expédition Tingijuk» ou le blogue www.survolconceptair.com.