L'entraîneur-chef et DG des Marquis de Jonquière, Richard Martel, est convaincu que la Ligue nord-américaine de hockey a fait le bon choix en mettant l'emphase sur du hockey de qualité. Un changement de culture devenu incontournable pour assurer sa pérennité.

Martel satisfait du virage amorcé à la LNAH

Lors de sa nomination à la barre des Marquis de Jonquière à la mi-mai, Richard Martel avait clairement manifesté son désir de contribuer à améliorer le calibre et surtout l'image de la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH). Six mois plus tard, il est satisfait du virage entrepris et croit que le circuit Godin est sur la bonne voie... même si les nostalgiques de l'ancienne époque ruent présentement dans les brancards.
«Il y a toujours de l'ajustement à faire dans les différents circuits de hockey. Dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), il y a eu des ajustements en 1990, en 2000, en 2010. Je pense qu'on est à l'heure des ajustements dans la LNAH si on veut assurer la pérennité du circuit. Partout où il n'y a pas eu d'ajustements, ç'a fini par mourir», plaide-t-il en entrevue.
Mais un changement de culture ne se fait pas en criant ciseau. Encore cette semaine, les difficultés du Blizzard de Trois-Rivières sont attribuées à la nouvelle philosophie de la ligue, axée davantage sur la vitesse et la qualité de jeu que sur les bagarres. Dans Le Nouvelliste, on souligne que même l'équipe universitaire attire plus d'amateurs que la formation de la LNAH. Pourtant, à l'inverse, les Prédateurs de Laval misent sur la carte des duels d'hommes forts et ils éprouvent eux aussi des difficultés aux guichets.
Pour Richard Martel, cela confirme justement que l'époque folklorique des «goons» et des bagarres (interminables) concertées est révolue. «Le jeu robuste et les bagarres ne vont pas disparaître, nuance-t-il. Mais il faut comprendre que la culture change tranquillement et que la relève, chez les hommes forts, il n'y en a pas. Parce qu'il n'y en a plus dans le junior majeur et dans la Ligue américaine, ils arrêtent les combats. C'est encore plus réglementé.»
Martel plaide pour du «hockey enlevant, palpitant, spectaculaire» comme celui des séries du printemps. «C'est ce même hockey qu'il faut reproduire durant la saison. Il n'y avait pas de ''carte de boxe'' durant ces séries. Je me suis aperçu que l'intensité était à son plus haut niveau et que c'est ça que les amateurs aiment. Je pense que la LNAH d'autrefois, celle de l'époque des six combats, des matchs qui finissent à 1h du matin, sans qualité de jeu, n'a plus sa place, fait-il valoir. Encore plus avec le retour des joueurs d'Europe et de la Ligue américaine. Autrefois, les gars de ce calibre n'étaient pas intéressés à venir jouer dans cette ligue. Depuis deux ans, ils s'aperçoivent qu'ils peuvent le faire et il y a du bouche-à-oreille qui se fait.»
Martel croit aussi qu'un bon nombre d'amateurs avaient délaissé le Palais des sports justement parce que les matchs tournaient à la foire d'empoigne au détriment du hockey de qualité. «Les gens aiment quand ça brasse. C'est un spectacle et je suis d'accord avec eux, mais on peut avoir un spectacle ET une qualité de jeu. Je me souviens de la grosse rivalité Québec-Chicoutimi. Ce sont les bons joueurs qui ont créé cette rivalité, pas les ''toughs'' contre les ''toughs''», argue-t-il. «Je ne suis pas contre les bagarres, loin de là. Mais je suis un entraîneur de carrière et c'est le hockey en premier lieu.»
À ses yeux, la LNAH est sur la bonne voie comme en témoignent les 40% d'augmentation à Saint-Georges et les excellentes foules à Jonquière. «Je sens le changement parce que des choses positives ont été faites, comme les mises au jeu plus rapide, la fin du chialage contre les arbitres et la mise en place d'un préfet de discipline. L'arbitrage s'est amélioré et les coups dangereux ont diminué. J'ai accepté de venir dans cette ligue parce que je crois en sa survie si la qualité de jeu augmente», explique Richard Martel, convaincu que la ligue peut gagner son pari.
Mais il y a encore du travail à faire. Les organisations font aussi partie de la recette du succès. «Ça prend de bons hommes de hockey et de bonnes structures, une bonne liste de protection et un bon système de repêchage. Avant, des noms comme Mike Breault et Gaby Roch, c'était populaire. Mais aujourd'hui, des Sauvé, Desjardins, Blanchard, Tifu commencent à attirer et à ramener les gens au hockey», conclut Richard Martel qui souhaite voir de plus en plus de joueurs issus des circuits professionnels dans le circuit Godin.