Le directeur général Marc Bergevin n’a laissé aucune marge de manoeuvre à son entraîneur-chef Claude Julien, lors de la dernière période des transactions. Il en paie encore le prix ce matin, alors que son club se réveille écarté des séries pour la troisième fois en quatre ans.

Marque de commerce: médiocrité

CHRONIQUE / Ryan Poehling vous a offert tout un spectacle samedi. Un truc du chapeau comme baptême LNH, ça fait rêver!

Tant mieux, car c’est pas mal tout ce qu’il vous reste ce matin, de l’espoir. Le Canadien n’est pas en séries, pour la troisième fois au cours des quatre dernières saisons. Rendu là, ce n’est pas une erreur de parcours, c’est une marque de commerce.

C’est étonnant à quel point le marché le plus prestigieux du hockey accepte cette réalité. La médiocrité est maintenant assimilée par les fans.

Il fut un temps où cette équipe ne remplissait pas les attentes si elle ne levait pas la Coupe Stanley. Puis, il fallait au moins qu’elle soit du carré d’as. La ligue s’est élargie, la compétition est devenue plus féroce, on a vendu que les séries étaient maintenant l’objectif et que rendu là, tout était possible. De nos jours, il s’agit simplement de se battre avec honneur pour faire les séries et peu importe ce qui arrive, le Québec est content. Wow!

Bergevin intouchable

Grosso modo, un club sur deux fait les séries. Donc, la note de passage est autour de 50 %. Sortons du hockey un instant: voilà un standard pas très élevé. À 50 %, nos étudiants coulent leurs cours, non? Et, puis, essayez pour voir de faire votre boulot au bureau de façon convenable une fois sur deux. Même en pénurie de main-d’œuvre, vous serez rapidement invités à retourner à la maison!

Bergevin lui, semble intouchable. Trois fois au cours des quatre dernières saisons, il n’a pas touché la cible – la moins élevée de toute l’histoire de la concession. Sous son règne, son club a gagné trois petites rondes de séries en sept ans. Ça ne l’empêche pas d’être payé comme une rock star et de bénéficier d’une confiance aveugle de la part de son patron Geoff Molson.

Ce bout-là est dur à comprendre, dans le contexte où le directeur général tricolore bénéficie des plus grands moyens pour bâtir son équipe. Il n’y arrive pas depuis deux ans, mais il a toute la latitude pour se rendre au plafond salarial, contrairement à plusieurs de ses confrères. L’argent coule à flots au Centre Bell, il dispose aussi d’un budget illimité en recrutement et en développement. À armes égales, son bilan est poche. Imaginez maintenant quand on ajoute les moyens à sa disposition dans l’équation, qui devraient lui donner une longueur d’avance…

Le pire scénario

Il sera néanmoins aux côtés de Geoff Molson tout souriant au bilan de l’équipe. Il vantera le bond de 23 points de son équipe au classement par rapport à la saison précédente. Il va insister sur les progrès de Jesperi Kotkaniemi et Max Domi. Il va faire valoir que dans l’Ouest, avec sa récolte de 96 points, son club serait entré en séries. Et il va rappeler que Poehling, Cayden Primeau, Josh Brook et Nick Suzuki s’en viennent chez les pros après avoir participé au dernier championnat du monde junior. L’avenir s’annonce radieux, hein?

On verra bien. Des espoirs restent des espoirs tant qu’ils ne sont pas installés dans la grande ligue. Poehling semble promis à une belle carrière, mais il est trop tôt pour dire s’il sera un top 6 ou un top 9. La nuance est importante.

Les trois autres sont liés à des points d’interrogation. Suzuki a-t-il la vitesse pour briller au plus haut niveau? Brook vient de connaître la saison de sa carrière, c’est un nouveau standard ou alors une simple étoile filante? Primeau va-t-il se développer comme un gardien numéro un ou numéro deux? Voyez, ça fait pas mal de questions. Ce qui est certain, c’est qu’il est irréaliste de croire que ces gars-là vont changer le visage de l’équipe à court terme.

En attendant d’avoir les réponses, le Canadien vient de bousiller une grosse année de Carey Price. Et de Brendan Gallagher, Jeff Petry, Tomas Tatar et Philip Danault. Et puis Shea Weber a de nouveau ralenti sous nos yeux ces derniers mois.

Ce noyau a positionné le Canadien au plus fort de la course pour une place en séries à la date limite des transactions. Bergevin a néanmoins refusé de donner du renfort à Claude Julien, qui a fait des petits miracles avec son alignement. Une seule addition de qualité, et le portrait serait bien différent ce matin. Tout le monde serait énervé avec le début de la grande danse du printemps. On se dirait qu’avec Price, tout est possible…

Ce scénario a pris le bord vendredi, et c’est Bergevin le coupable. Il a tracé un plan l’an dernier, il n’a pas voulu y déroger en sacrifiant un espoir ou des choix pour donner un tonus à son équipe.

Une décision qui aurait pu se défendre, s’il avait monnayé des vétérans comme Jeff Petry ou Weber, par exemple.

Non, il a préféré le statu quo. Il a parié, il a perdu. Non seulement son club ne fait pas les séries, mais il va repêcher au milieu de la première ronde en juin, après avoir gaspillé une saison de ses ténors qui vieillissent. La pire recette possible!

Mais bon, pas grave. Poehling a redonné espoir aux fans. Suffit maintenant d’une belle opération de relations publiques lors du bilan, et Bergevin sera probablement invité à signer une prolongation de contrat!