Le spécialiste de la préparation mentale Jacques Plouffe croit que les trucs pour les athlètes de pointe peuvent également servir pour tout le monde.
Le spécialiste de la préparation mentale Jacques Plouffe croit que les trucs pour les athlètes de pointe peuvent également servir pour tout le monde.

L’importance de l’aspect mental pour les athlètes en confinement

Dave Ainsley
Dave Ainsley
Le Quotidien
En cette période de confinement et d’incertitude, les athlètes doivent bien sûr continuer de prendre soin de leur corps, mais aussi de leur tête. Pour le préparateur mental Jacques Plouffe, ce conseil s’adresse également à monsieur et madame Tout-le-Monde.

« Ce que j’enseigne aux athlètes, c’est bon pour la vie de tous les jours », mentionne l’ancien nageur de niveau national, une carrière qui l’a ensuite mené à se spécialiser dans le domaine de la préparation mentale, qu’il pratique depuis plus de 30 ans.

En plus de ses fonctions de professeur en kinésiologie à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et de ses recherches sur l’attitude gagnante, il travaille auprès des joueurs des Saguenéens de Chicoutimi, de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), et de l’athlète olympique en vélo de montagne cross-country almatois Léandre Bouchard.

D’entrée de jeu, il souligne l’importance de voir la situation actuelle comme un défi plutôt qu’une menace. « Si le fait d’être en confinement est une menace, tu as beaucoup plus de chances de tomber dans un dialogue interne négatif, de voir les obstacles au lieu des solutions. L’idée, c’est d’avoir une perception de défi et de mieux focaliser sur le processus et le cheminement que sur les résultats qui sont reportés dans le futur. Ça ne donne rien de perdre ton temps et ton énergie sur le futur, on ne sait pas ce qui va arriver », convient-il.

Le maintien d’un bon niveau de motivation est également primordial, à son avis, ce qui se fait grâce à un bon suivi des intervenants.

« Au niveau de la motivation, les athlètes qui carburaient aux résultats sont ceux qui sont les plus à risque. Par contre, les athlètes qui se concentraient sur le processus et le cheminement dans leur entraînement quotidien sont ceux qui, selon moi, sont en meilleure position pour avoir le plus de bénéfices par rapport à la situation exceptionnelle dans laquelle on se trouve », fait valoir Jacques Plouffe.

Le spécialiste de l’entraînement mental n’a pas senti cette baisse de motivation chez ses protégés malgré des répercussions importantes tant chez les Sags que pour Léandre Bouchard. Au moment de l’annulation des séries dans la LHJMQ, les Sags pointaient au troisième rang du classement général.

Quand les choses ont commencé à débouler le mois dernier, Léandre Bouchard se trouvait en compétition en Californie à la conquête de points pour une qualification olympique et a dû revenir rapidement dans la région. Quelques jours plus tard, les Jeux olympiques étaient annulés. Dans les deux cas, les athlètes gardent le cap, malgré les temps difficiles, assure-t-il.

« Les athlètes qui carburent seulement aux résultats, aux médailles, aux statistiques et aux records sont plus à risque de perdre leur motivation, car ils ne pourront pas valider leurs compétences et leurs attentes pour les prochains mois. Ils ont vraiment intérêt à s’entraîner au quotidien en misant sur leurs efforts, un entraînement à la fois afin de passer au travers et pour maintenir leur niveau de motivation », avance Jacques Plouffe, évoquant également que ceux qui avaient déjà un problème de motivation, ou qui se trouvaient à la croisée des chemins dans leur carrière, ou qui étaient dans des prises de décision par rapport à leur sport, leurs études et un retour au travail, sont également plus touchés par la situation actuelle.

Un bon moment

La période de confinement représente également un bon moment pour les athlètes d’améliorer leur force mentale et de prendre conscience de celle-ci, estime-t-il. Il souligne qu’il existe de nombreux livres et documentaires sur le sujet. « Tu as plus de temps. Si tu travailles sur ton entraînement mental pendant ton confinement, tu vas avoir plus de chances d’être résilient et ainsi d’être en mesure de rebondir le moment venu », avance-t-il, rappelant du même souffle l’importance du plaisir de s’entraîner, même si les athlètes doivent présentement le faire individuellement, un peu comme s’ils étaient en période d’entre-saison.

Léandre Bouchard discute au moins une fois par semaine avec Jacques Plouffe tout en continuant son entraînement physique et mental en solitaire.

« Les athlètes blessés ont actuellement le temps de guérir leurs blessures. Ceux qui étaient fatigués et qui commençaient à être épuisés peuvent récupérer en dormant et en s’alimentant mieux. Le rythme est réduit, ce qui fait que tu as beaucoup plus de temps pour faire de l’introspection et investir dans l’entraînement mental. Le temps qui pouvait peut-être manquer avec l’école, l’entraînement, les déplacements et les compétitions, tu peux vraiment faire du travail personnel par les temps qui courent. Le travail du préparateur mental prend tout son sens. Tu peux avoir des contacts plus facilement avec les athlètes par Skype, par exemple, et maintenir leur niveau de motivation », signale Jacques Plouffe, qui a notamment une discussion hebdomadaire avec Léandre Bouchard.

Le temps de revoir les objectifs

« Tous les objectifs sont à revoir. C’est important de revoir surtout les objectifs à court terme », annonce Jacques Plouffe, insistant sur les trois besoins psychologiques de base pour qu’un individu se sente bien afin d’exploiter le plein potentiel de sa force mentale, soit l’autonomie, la compétence et l’affiliation.

« Dans ce processus pour maintenir la motivation, ça va être important de mettre l’emphase sur le sentiment d’autonomie des athlètes. Ils sont laissés à eux-mêmes et doivent donc s’entraîner seuls avec le soutien de leur entraîneur via Internet. Il faut aussi encourager le sentiment de compétence. Dans le confinement, on peut y arriver en s’assurant qu’ils réalisent des objectifs quotidiens sur les plans physique, technique, tactique, social et mental. Enfin, il faut utiliser les réseaux sociaux et l’Internet pour maintenir un sentiment d’appartenance avec son club et ses coéquipiers », énumère Jacques Plouffe, en insistant que ces points valent également dans la vie de tous les jours.

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QUELQUES POINTS IMPORTANTS, ÉNUMÈRE JACQUES PLOUFFE

• Bon niveau de confiance

Pour ce faire, il faut être en mesure de stationner les pensées négatives. La visualisation représente selon lui un très bon outil pour y arriver. Reprenant l’exemple des Sags, il évoque qu’il serait facile pour les joueurs de tomber dans le négatif en se disant que la saison de rêve est terminée.

« C’est très facile pour eux de s’apitoyer sur leur sort et d’essayer de contrôler des choses qu’ils ne peuvent contrôler », donne-t-il en exemple. Tout au long de la saison, au fil de ses rencontres, Jacques Plouffe a enseigné des techniques d’entraînement mental aux joueurs qui valent pour tous les athlètes. Par exemple, il les a invités à écrire une liste des plus beaux moments en carrière et à les sortir au hasard quand le besoin se fait sentir, ce qui permet de revivre les bons moments.

« Ça te permet de rester positif, d’être confiant et de garder ta motivation. Ces moments, c’est toi qui les as créés. Ils t’appartiennent. Ça devient donc tangible pour les athlètes », fait-il valoir.

• La concentration

Une bonne gestion des émotions et des distractions permet d’éviter d’en perdre le contrôle en pensant au futur. « C’est pour ça que c’est important de ne pas perdre son temps et son énergie sur les choses qu’on ne contrôle pas en ce moment. Pour les athlètes, les seuls éléments qu’ils contrôlent, c’est la qualité de leur entraînement quotidien et l’effort qu’ils vont mettre pour finir leur session scolaire », note Jacques Plouffe.

• Relaxation et détente

« Il faut trouver des temps chaque jour pour se détendre », ajoute Jacques Plouffe, donnant en exemple la lecture ou encore le développement de nouvelles passions. « C’est bon pour le moral et ça permet de rester positif pour les prochains jours, voire les prochaines semaines et les prochains mois où tout est incertain », met-il en contexte.