Richard Martel l'a enfin...

Les sceptiques ont été confondus par Richard Martel

Lorsqu'il a été confirmé à la barre des Marquis de Jonquière il y a un an presque jour, Richard Martel avait fait le pari d'offrir du jeu intense et excitant sans nécessairement avoir recours à la bagarre. Après une saison complète dans la Ligue nord-américaine de hockey, il estime avoir confondu les sceptiques avec les résultats obtenus et contribué à ajouter la crédibilité que recherche le circuit Godin.
« La qualité de jeu a augmenté cette année et je pense que l'intensité durant les matchs a été meilleure (qu'à l'époque des bagarreurs) », estime-t-il en entrevue. Ce changement d'idéologie, il a pu la concrétiser parce que tant les joueurs que l'organisation des Marquis y ont adhéré. La conquête du championnat de saison et de la coupe Vertdure lui donne raison. « Je voulais forcer cette année pour qu'on soit l'exemple, que ce soit sur ou en dehors la glace, afin d'être capable d'attirer, dans cette ligue, des hommes détenant beaucoup d'expérience dans le hockey au Québec. Ça donnerait à cette ligue un deuxième erre d'aller dont ils ont bien besoin pour passer à un niveau supérieur », estime celui qui peut se prévaloir des deux années d'option qui reste à son contrat avec l'organisation jonquiéroise.
Cette nouvelle vision de la ligue n'a pas fait l'unanimité parmi ses pairs, mais il est convaincu de tenir le bon filon. « Je l'ai dit : nous sommes à la croisée des chemins. Les gens ont embarqué, surtout à Jonquière, et ils ont trouvé (le jeu) intéressant toute l'année. Il faut que ça continue. Avec mes commentaires et ma façon de faire, je me suis senti un peu boudé par la confrérie. Peut-être que ce n'est qu'une impression, mais peu d'organisations croyaient qu'on allait traverser tout le monde avec cette façon de jouer. En début de saison, certains riaient des Marquis en disant qu'ils allaient nous intimider, que ce n'est pas comme ça que ça marche, la ligue, que j'arrivais du junior, etc. Ça suscitait beaucoup d'interrogations et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je suis content. J'ai cru en mes idées - et j'y crois toujours-, et c'était toujours dans une perspective d'améliorer et de faire progresser les choses », fait valoir Martel, fort de sa vaste expérience dans le milieu du hockey.
Du sang neuf
À son avis, le succès obtenu avec le changement proposé favorisera le retour de joueurs talentueux dans le circuit québécois. « On vient d'ouvrir une fenêtre pour les joueurs du Québec de talent qui veulent revenir au Québec. Avec le genre de hockey que l'on a joué et qui a été adoré par nos fans et les amateurs de hockey de l'extérieur, je pense que les autres équipes auront des ajustements à apporter. Parce que les autres équipes veulent toujours un peu copier l'équipe qui remporte un championnat. Que ce soit dans la LNAH, dans la LHJMQ ou dans la LNH, quand une équipe gagne, on regarde comment elle est bâtie, son identité et comment elle a évolué. Je pense que ça va ouvrir les yeux à certains clubs », croit Martel.
« Chose certaine, on n'a pas eu peur d'ajouter du sang neuf cette année, tandis que d'autres formations sont retournées dans le marché de la ligue », note Martel qui aurait très bien vécu avec l'alignement de la saison précédente. « Il ne faut pas avoir peur du changement. Je voulais mettre un peu d'air nouveau, une nouvelle ambiance, parce que j'arrivais dans ce club. On a eu à déplacer quelques éléments qui faisaient quand même bien, car je voulais amener une nouvelle dynamique avec quelques nouveaux joueurs. » Un pari qui, à l'évidence, a payé.
« Je crois que ce serait important d'ajouter du sang neuf à toutes les positions à travers la ligue, que ce soit au niveau du personnel d'entraîneurs, des hommes de hockey dans chaque équipe et au niveau de la ligue. Si on est capable d'apporter plus de crédibilité, de gens avec des compétences ou qui ont une feuille de route de haut niveau au hockey, ça ferait du bien. »
«Dans le monde du hockey, il faut toujours se laisser une porte ouverte»
S'il a adoré son expérience derrière le banc des Marquis de Jonquière, Richard Martel a trop vu neiger pour promettre d'être de retour l'an prochain.  
«Dans le monde du hockey, même si j'avais un contrat blindé, les Marquis ne pourraient jamais me retenir ici s'il se présentait une offre que je ne pourrais refuser. Jusqu'à maintenant, il n'y a rien qui va m'empêcher de revenir, mais dans le monde du hockey, il faut toujours se laisser une porte ouverte. Cela dit, je suis très heureux de la saison que je viens de vivre avec les Marquis et des gens qui m'entourent.»
Il n'a pas regretté sa décision de s'engager à 100 % avec les Marquis pour la saison qui vient de se terminer. «J'étais content de revenir dans la région. Je serais moins tenté facilement de partir qu'avant parce que je suis heureux ici. Pour me faire partir, cette fois-ci, ça prendrait quelque chose qui vaudrait vraiment la peine, affirme-t-il avec conviction. Je suis revenu dans ma région, je dirige une équipe avec un niveau de jeu intéressant, j'ai gagné chez nous. Ma conjointe est ici, j'aime la région, j'aime les gens d'ici et les gens ont l'air de m'apprécier. C'est beaucoup! J'ai de l'expérience, je suis plus mature et il faudra certainement se demander si le jeu en vaut la chandelle», explique-t-il en entrevue, tout en serrant la main de passants qui le félicitent pour sa victoire.
Lorsqu'il a accepté de s'installer derrière le banc des Marquis dans les séries 2015-16, Richard Martel dit avoir senti qu'il venait de se joindre à une grande famille. «Je me suis senti déjà confortable avec le personnel et les joueurs. Et cette année, c'est difficile de ne pas être heureux d'une telle saison!» Le coloré entraîneur et DG des Marquis l'a répété à maintes reprises: il a adoré son équipe. «J'ai eu 22 joueurs (dont trois réservistes) et il n'y a pas un joueur de cette formation qu'on n'était pas content de diriger!»
Il a aussi louangé le travail de son adjoint Martin Gagné qui a été de bon conseil. «J'ai dirigé Martin Gagné quand j'étais adjoint avec les Saguenéens en 1990-91, mais je n'avais jamais travaillé avec lui. Martin a été extraordinaire dans son travail; il a été très bon parce qu'il avait l'expérience de la ligue et je me suis aperçu que ç'a été un ''fit'' parfait avec moi. C'est un gars qui n'a pas peur de dire les vraies affaires. Souvent, on a eu de vraies bonnes discussions qui m'ont énormément aidé à progresser tout au long de la saison dans ce calibre-là. Je lui lève mon chapeau!»
Autre point qui milite en faveur de son intérêt pour les Marquis, c'est l'ouverture d'esprit dont ont fait preuve le copropriétaire de l'équipe, Marc Boivin, et le recruteur en chef, Lucien Paquette et son adjoint Martin Gagné lorsqu'il s'est joint à l'organisation. «Lorsqu'on prenait des décisions ensemble, il n'y avait plus personne qui regardait en arrière. Et lorsqu'il n'y avait pas l'unanimité sur une décision, on y allait avec la majorité.»
Il a aussi apprécié la latitude qu'offre le circuit Godin pour bâtir une équipe à leur goût sans devoir passer par un processus de reconstruction. «On savait ce dont on avait besoin et on est allé le chercher. Il y a des transactions à l'année et il y a beaucoup de possibilités de faire de bons clubs. C'est pourquoi je dis que les équipes ont avantage à aller chercher plus d'hommes de hockey», insiste-t-il. Johanne Saint-Pierre