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Les femmes dans le sport: briser les limites
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Native du Saguenay, Lysanne Richard est fière d’avoir eu une influence positive sur son sport et contribué à sa progression.
Native du Saguenay, Lysanne Richard est fière d’avoir eu une influence positive sur son sport et contribué à sa progression.

Lysanne Richard: pionnière, mère et athlète accomplie

Johanne Saint-Pierre
Johanne Saint-Pierre
Le Quotidien
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Lysanne Richard n’est pas du genre à ruer dans les brancards pour faire avancer les causes qui lui tiennent à coeur. Cette ambassadrice de premier plan du plongeon de haut vol préfère plutôt prêcher par l’exemple et surtout, elle sait trouver de bons alliés qui l’aideront à mener à bien les nombreux projets qui l’animent.

Pionnière dans un sport extrême uniquement masculin à l’origine, athlète accomplie et mère épanouie, la Saguenéenne d’origine, qui vient de publier sa biographie, attire les projecteurs en développant de nouveaux projets qui procureront une belle visibilité à son sport tout en contribuant à sa progression.

Mine de rien, que de chemin parcouru depuis 2015 ! La Québécoise est fière de s’être taillé une place parmi les meilleures au monde et de sa contribution au développement du circuit féminin. « Je m’étais vraiment donné ce mandat-là et c’est rare que je me dise ça, mais c’est réussi. Je suis certaine d’avoir eu une influence positive sur la condition des femmes dans le haut vol, autant au niveau du salaire que des installations d’entraînement », analyse-t-elle en entrevue téléphonique.

« Le 20 mètres que l’on a au Centre sportif du Parc olympique de Montréal, c’était mon idée. J’ai insisté pendant cinq ans pour faire en sorte que ça se réalise. J’ai eu de bons alliés et je suis très très reconnaissante [aux gens du] Parc olympique. »

Lysanne Richard est à l’origine de l’aménagement d’une plateforme de 20 mètres au Centre sportif du Parc olympique de Montréal.

Elle est fière d’avoir contribué à ce legs pour les prochaines générations de plongeuses. « Elles ont cet outil qui va faire qu’elles vont être les meilleures au monde avant même d’avoir commencé les compétitions, parce qu’il n’y a personne d’autre qui peut s’entraîner dans des conditions [favorables] comme ça. Je suis contente, car je sais que c’est grâce à moi et je considère que je peux être fière de moi parce que c’est un acte de générosité. Parfois, c’est plus difficile d’être fière de soi pour un acte qui répond à notre propre besoin, mais moi, je fais ça pour les autres. »

Conditions améliorées

La présence des femmes en plongeon de haut vol est encore toute récente, mais ces dernières ont pu faire des gains rapidement grâce à l’appui de l’organisation et de leurs collègues masculins. « Les plongeurs de haut vol, c’est vraiment une belle communauté ! Ils ont été très accueillants, ils nous ont donné des conseils, ils nous ont aidées à nous améliorer très rapidement. Et ils étaient contents qu’on soit là. »

Native du Saguenay, Lysanne Richard est fière d’avoir eu une influence positive sur son sport et contribué à sa progression.

Lorsque Red Bull a ouvert le volet féminin en 2013, il se résumait à trois compétitions et quatre plongeuses régulières. Deux ans plus tard, elles étaient six au total, dont deux invitées. En 2020, elles sont passées à huit plongeuses régulières pour un total de 12 athlètes, soit exactement le même nombre que chez les hommes. Mais ce sont ces derniers qui ont un peu perdu au change puisqu’ils ont perdu deux des dix places de plongeurs réguliers. « C’est quand même assez malheureux pour les hommes. Le calibre est tellement élevé. Il y a des hommes vraiment bons qui ont perdu leur statut de plongeur régulier parce que c’est un seul budget pour les compétitions. Ils ont certainement dû être déçus, mais ils ne nous l’ont même pas fait sentir », assure-t-elle.

L’égalité financière a aussi été atteinte. L’année 2020 aurait été la première année où les bourses hommes et femmes auraient été équivalentes. Elle félicite d’ailleurs l’organisation pour sa diligence à ce chapitre. Car il a fallu qu’elle trouve des moyens d’amener des revenus pour que le sport devienne plus populaire en incluant le volet féminin.

Lysanne Richard a profité de la pandémie pour développer de nouveaux projets qui offriront une belle visibilité à son sport, dont ce plongeon synchronisé en duo mixte avec Yves Milord de la plateforme de 20 mètres susceptible de figurer parmi les records Guinness.

« Sérieusement, les gens de Red Bull ont quand même été ultrarapides. On s’est battues ensemble avec l’organisation qui souhaitait ça aussi pour nous. Quand on pense à tellement de métiers où les femmes n’ont malheureusement pas encore l’équivalent des hommes. Nous, le circuit féminin a commencé en 2013 et sept après, on obtenait l’égalité. C’est quand même pas mal ! »

Si, au chapitre des commandites, les hommes ont encore l’avantage, ce qui chicote bien plus la Québécoise, c’est que son sport n’est pas reconnu à sa juste valeur. « À mon avis, le mode de vie qui fait qu’on doit être tellement dévoué à notre sport, l’entraînement, les risques et les compromis qu’on décide de faire ne sont pas encore équivalents à d’autres sports, même au salaire des hommes. Il n’y a presque personne sur le circuit de compétition qui n’a pas un autre job. On est quand même des professionnels et les meilleurs au monde dans notre domaine, mais on doit quand même avoir d’autres jobs en même temps. »

Maternité et sport

Mère de Louka, 19 ans, Éli, 12 ans et Flavie 7 ans, Lysanne Richard avoue qu’elle a dû composer avec le jugement réprobateur des autres, mais jamais d’autres plongeurs. « Il y a des fois où je me suis sentie jugée dans ma décision de faire du sport extrême en tant que femme et en tant que mère. Je me suis déjà fait dire que je serais censée rester à la maison avec mes enfants, que je mettais ma vie en danger à faire ça. Je comprends que les gens qui ne me connaissent pas ont cette impression, mais moi, je sais que ce n’est pas le cas parce que je fais tellement tout pour être bien préparée. Conduire un autobus, ce serait bien plus dangereux pour moi que ce que j’ai décidé de faire dans la vie », image-t-elle avec humour.

Modèle ou exception ?

« J’espère que je suis un modèle plus qu’une exception ! s’exclame-t-elle. C’est vrai que je voyage beaucoup, mais dans une année normale, je vais partir cinq jours à la fois, de 9 à 10 fois. Ce qui fait qu’au total, dans l’année, je serai peut-être partie 50 jours sur 365. […] Concilier la vie d’artiste de cirque avec la famille, c’était bien plus un casse-tête », soutient-elle en soulignant que ce fut une décision familiale.

« Ce sur quoi j’aimerais être considérée comme un modèle, c’est de faire ce qu’on veut faire dans la vie et de ne pas se limiter si c’est vraiment ce que l’on veut, si c’est possible. Car la meilleure façon d’être une bonne maman, c’est d’être heureuse », ajoute-t-elle, en soulignant qu’elle se sent choyée et reconnaissante envers son conjoint Stéphane Roy et ses parents, Marcia Léger et Paul-Émile Richard. Un appui qu’elle retrouve aussi dans son entourage sportif immédiat.

« Le haut vol m’a permis de rassembler une belle communauté autour de moi. »

Lysanne Richard

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RALENTIR LA COMPÉTITION AU PROFIT DE LA CRÉATION

La pandémie aura été florissante pour Lysanne Richard qui a mis en œuvre plusieurs projets liant ses talents athlétiques et artistiques. Une nouvelle voie que l’ancienne acrobate du Cirque du Soleil prend plaisir à explorer.

« Quand je pense au futur, plein de choses m’intéressent et ce n’est plus nécessairement la compétition. Je suis plus attirée par de nouveaux défis et je trouve ça correct. […] J’ai envie d’être plus ici, et si je quitte pour un projet en Beauce ou au Saguenay, je me sens quand même moins loin. Je peux revenir rapidement s’il y a une urgence ou autre. »

Lysanne Richard se sent sereine face à son sport et satisfaite du travail accompli et de la belle relève déjà en route. Tranquillement, elle s’apprête à passer le flambeau. 

« J’ai longtemps été la seule Canadienne et je ne voulais pas quitter parce que je sentais que c’était important pour le sport de demeurer investie. Mais maintenant, je sais qu’on a une bonne relève et je ne serais pas surprise de voir le Canada récolter des podiums si le sport est admis aux Jeux olympiques de 2028. […] Les filles vont y être dans leur forme optimale », assure celle qui y sera présente probablement comme analyste ou dans d’autres fonctions.

« Je suis comme en paix au niveau compétitif et je peux me tourner vers d’autres valeurs qui me ressemblent plus. Parce que je ne suis pas une fille compétitive dans la vie. J’ai plus fait ça par passion. J’ai voulu être la meilleure parce que c’était la façon de réaliser mes projets, mais maintenant, j’ai envie d’être plus créative dans la manière de continuer mon sport. Je me sens plus comme une artiste que comme une athlète dans ma personnalité. J’ai envie de devenir comme une aventurière de ce sport et de trouver des moyens et de nouveaux endroits pour le pratiquer. De faire des projets comme l’essai au Saguenay et le centre d’entraînement en Beauce », lance celle qui est emballée par cette perspective.

En étant maître de ses projets, elle apprécie aussi l’idée de pouvoir établir un calendrier où elle pourra accorder plus de place à ses propres priorités.