Pendant la pause estivale, Sylvain Rodrigue saute sur la glace à l’occasion pour enseigner aux gardiens qui participent au camp de G.I. Performance. Il fera de même lors de l’Académie des Sags dans deux semaines.
Pendant la pause estivale, Sylvain Rodrigue saute sur la glace à l’occasion pour enseigner aux gardiens qui participent au camp de G.I. Performance. Il fera de même lors de l’Académie des Sags dans deux semaines.

L’entraîneur de gardiens Sylvain Rodrigue est bien implanté en Californie

Dave Ainsley
Dave Ainsley
Le Quotidien
Après deux ans passés à Bakersfield et malgré une dernière fin de saison rocambolesque, l’entraîneur des gardiens Sylvain Rodrigue est convaincu d’avoir pris la bonne décision de s’installer en Californie avec sa famille. À la période des Fêtes, il s’est donc engagé avec l’organisation des Oilers d’Edmonton pour une saison supplémentaire.

« Dans le fond, c’est un an et trois quarts. On n’a jamais fini la deuxième. C’était bizarre. Ça s’est fini de manière vraiment abrupte. On était sur la route et tout d’un coup, on ne pouvait plus s’entraîner et on devait retourner en Californie », relate Sylvain Rodrigue.

Avec cette extension et d’autres à travers l’organisation californienne de la Ligue américaine de hockey, tout le personnel se retrouve maintenant sous contrat jusqu’en 2022. « Neuf ans avec la même organisation dans le coaching, c’est rare que tu fasses ça », s’exclame celui qui est associé avec l’organisation des Oilers depuis 2013.

Au début, en raison d’autres engagements, notamment en Europe, il vivait dans ses bagages. Quand les Oilers lui ont proposé en 2018 de s’installer en Californie, ce qui impliquait de quitter le Saguenay avec sa femme, Catherine Fortin, et l’un de leurs fils, Émile, il a pleinement sauté dans l’opportunité. Deux ans plus tard, il se félicite.

« La décision, c’était la bonne. Déjà, je sauve huit jours d’avion par mois », fait-il valoir d’entrée de jeu.

Il a également délaissé le recrutement, ce qui lui permet de se concentrer uniquement sur le développement des jeunes espoirs de l’organisation.

« C’était fou un peu ; j’avais 150 vols Air Canada par année. Je peux te dire que j’arrivais à l’aéroport et ils me connaissaient par mon nom ! C’était un peu démesuré. Maintenant, tout le rythme a été ralenti », enchaîne-t-il, rappelant la qualité de vie avantageuse en Californie, dont une température enviable comparativement au Québec.

« Ç’a été une habitude au début, mais on est rendu là. C’est rendu notre chez-nous. Émile était à l’école secondaire et a appris l’anglais. On reste des Québécois et ici, au Saguenay, ça reste chez nous. Présentement, notre chez-nous, c’est là-bas. Ça reste une belle expérience pour toute la famille », fait valoir Sylvain Rodrigue, qui a loué une maison dans le même secteur où il demeurait, à Chicoutimi-Nord, pour la période estivale.

Sylvain Rodrigue note l’importance de plus en plus grande qu’accordent les dirigeants des différentes équipes de la Ligue nationale aux gardiens de but. À preuve, toutes les équipes ont maintenant deux entraîneurs des gardiens et plusieurs en ont même trois. « Il y a 30 ans, personne ne croyait qu’il y aurait un entraîneur des gardiens à temps plein dans chaque équipe », signale l’ancien gardien des Saguenéens de Chicoutimi dans le junior majeur, précisant que l’un des pionniers du domaine, François Allaire, l’avait prédit.

La saison dernière, Sylvain Rodrigue travaillait principalement avec deux jeunes gardiens de 21 ans, Stuart Skinner et Dylan Wells. Le gardien numéro un de la saison dernière, Shane Starrett, nommé sur la deuxième équipe d’étoiles la saison précédente, s’est blessé tôt dans l’année. Il est revenu après une longue absence et n’a jamais retrouvé son rythme.

Au moment de la pause, les Condors étaient bien loin d’une place en séries, avec une récolte de 50 points en 56 rencontres. « On a dealé avec deux jeunes de 20 ans l’an dernier, ce qui est vraiment une immense marche dans la Ligue américaine. Dans ce temps-là, tu fais face à un peu d’inconstance, ce qui est tout à fait normal », met en contexte Sylvain Rodrigue, qui, dès la prochaine saison, pourrait être réuni avec son fils Olivier, choix de deuxième ronde des Oilers en 2018.

Après plusieurs mois éloignés, Olivier et Sylvain Rodrigue sont réunis pour l’été, au Saguenay. Ils pourraient poursuivre leur association lors de la prochaine saison dans la Ligue américaine.

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UNE FOLLE RANDONNÉE DE 55 HEURES

Aux grands maux, les grands remèdes. La famille Rodrigue s’est payé tout un périple pour rentrer au Saguenay, un voyage en auto de 5100 kilomètres qui a finalement pris 55 heures. 

Partis en soirée le dernier dimanche de juin, Sylvain Rodrigue, sa conjointe, Catherine Fortin, et leur fils Émile, sans oublier leur chien, sont finalement arrivés à destination à 4 h du matin le mercredi 1er juillet. « Ç’a été toute une expérience », s’exclame à l’autre bout du fil Sylvain Rodrigue, avouant ne pas avoir l’intention de se relancer dans une pareille aventure. 

« C’est une expérience de vie, mais les expériences ne sont pas obligées d’être renouvelées chaque année », lance-t-il en riant, sur son plus long voyage en automobile à vie. 

« La voiture avait fait 5000 kilomètres dans la dernière année là-bas », met-il en contexte. 

Il s’agit du deuxième véhicule du couple. Il sert principalement pour de petits déplacements. 

Les membres du clan Rodrigue ont quitté le domicile de Bakersfield vers 23 h, le 28 juin, pour s’arrêter après plus de 20 heures, un peu plus loin de Denver, sur le bord de l’autoroute. Au passage, ils ont traversé Las Vegas complètement déserte, ce qui était plutôt surréaliste. Après une courte nuit de sommeil, ils ont repris la route pour une autre journée folle, laquelle a pris fin en banlieue de Toronto. Au total, ils ont traversé pas moins de dix États américains. 

« Tu es mindé à rouler. Tu sais que tu vas rouler toute la journée. Ça finit que tu mets de l’essence, tu te dégourdis les jambes de temps en temps, tu manges une bouchée et tu roules », raconte Sylvain Rodrigue, expliquant qu’il était plus simple de faire le voyage en voiture en raison de l’incertitude dans le transport aérien, surtout avec un chien à bord. 

Après une autre courte nuit et avoir traversé le Michigan, les Rodrigue ont finalement atteint le Canada à Windsor. Une fois la douane traversée, ils ne pouvaient plus s’arrêter pour dormir avant leur destination finale, où ils devaient ensuite faire une quarantaine très stricte de deux semaines. « On ne savait pas trop où on devait passer la douane. On pensait qu’on était peut-être obligés d’entrer au Canada au point le plus proche d’où on allait. Finalement, j’ai appelé à Lacolle et le douanier m’a répondu qu’il n’avait pas le droit de nous forcer à passer à un endroit ou un autre. Par Windsor, on sauvait quand même une couple d’heures de route », signale Sylvain Rodrigue, rappelant les fortes amendes en cas de non-respect des mesures. 

Les autorités gouvernementales ont d’ailleurs communiqué avec eux peu après leur retour pour s’assurer que tout se passait bien.

« On savait qu’en revenant, on s’enfermait pendant 14 jours. Tu le fais et après, tu es content. Tu peux aller voir la famille et tout », explique Sylvain Rodrigue, qui prévoit tout de même faire un autre voyage en auto d’ici quelques semaines pour aller visiter son père dans la région de Montréal.

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DANS LE NÉANT POUR LE RETOUR AU JEU

Sylvain Rodrigue n’a pas été surpris que la Ligue américaine de hockey ne redémarre pas ses activités dans une bulle à l’instar de la Ligue nationale. S’il se retrouve dans l’incertitude à propos de la prochaine saison, il ne se fait pas de mauvais sang pour autant. 

Comme partout ailleurs dans le sport professionnel, la saison de la Ligue américaine a été mise sur pause à la mi-mars, mais ce n’est qu’en mai que les dirigeants ont annoncé l’arrêt officiel des activités. « Tout le monde le savait depuis longtemps. La Ligue américaine, ce n’est pas une ligue où les équipes font des profits. C’est une ligue de dépenses où tu développes des jeunes », rappelle Sylvain Rodrigue, ajoutant que la Ligue américaine ne détient pas non plus de droit de télé lucratif. 

Depuis la fin abrupte, l’entraîneur des gardiens a eu quelques rencontres avec les autres membres du personnel, mais sans plus. Faisant contre mauvaise fortune, bon coeur, il a profité de l’occasion pour jouer abondamment au golf alors que les terrains sont demeurés ouverts en Californie. 

Maintenant de retour au Québec depuis quelques semaines, Sylvain Rodrigue ne sait pas trop ce que l’avenir lui réserve. Comme tout le monde, il voit passer des informations à tous les jours sur les réseaux sociaux. Le scénario envisagé semble une ouverture des camps d’entraînement à la mi-novembre pour une saison complète à compter de décembre, quitte à finir plus tard qu’à l’habitude, ce qui peut changer rapidement avec la pandémie. « Inquiet, oui et non. On ne sait pas et on reste dans le néant total. Le plan, c’est que ça recommence », indique
Sylvain Rodrigue. 

« On ne sait pas comment ils vont le faire », poursuit-il, précisant qu’un comité de travail a été mis en place afin d’évaluer toutes les options. 

« Ça va coûter de l’argent aux équipes », convient l’entraîneur des gardiens, affirmant que cette relance sera plus facile pour les clubs affiliés aux équipes de la Ligue nationale, comme les Condors avec les Oilers. 

Parmi les divers scénarios dont Sylvain Rodrigue a entendu parler, les dirigeants de la Ligue américaine tenteraient de mettre en place le même principe que ce qui a été soumis par la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) avec une diminution au maximum des transports. Les nombreuses équipes californiennes, l’État le plus touché par la COVID-19, mais aussi le plus populeux des États-Unis, pourraient donc disputer tous leurs matchs en Californie. « On essaie de contrôler ce qu’on peut et c’est notre monde de hockey », annonce Sylvain Rodrigue, estimant que la gestion de la pandémie aux États-Unis est un enjeu très politique. 

Même s’il n’a pas de date de retour, le Saguenéen d’adoption assure que tout est en règle avec ses papiers et qu’il n’aura pas de problème à franchir la frontière pour retourner à Bakersfield. Il s’attend à être rappelé au travail à la fin août.