Le privilège de survoler « l'oeil de cristal »

Au cours des dix prochains jours, Benoit Tremblay sera l’un des rares privilégiés à pouvoir survoler en parapente « l’oeil de cristal du Nunavik », le cratère de Pingualuit situé dans le parc national du même nom, près de la localité de Kangiqsujuaq, à l’extrémité nord du Québec. Le Fulgençois effectuera cette expédition de 350 km en solo et en autonomie complète à l’aide de cerfs-volants à traction.

Vendredi, le président et designer de Concept Air Kites s’est en effet envolé à destination du Grand Nord québécois pour aller découvrir ce cratère dont les eaux pures figurent parmi les plus limpides au monde. 

Féru de « kite » et de parapente, Benoit Tremblay caressait ce projet depuis 20 ans, soit depuis qu’il fait du parapente et qu’il a découvert l’existence de ce cratère par hasard sur une photo. Mais comme ce site est protégé et fait partie des joyaux naturels du Canada, ne s’y aventure pas qui veut. En octobre dernier, il a entrepris les démarches pour obtenir une autorisation spéciale pour parcourir le cratère laissé par une météorite il y a environ 1,4 million d’années.

« Ce cratère est particulièrement étrange et intéressant. C’est un des lacs les plus profonds de l’Amérique du Nord, soit 400 mètres de profondeur. Et c’est l’une des eaux les plus pures de la terre. Il n’y a qu’un autre lac similaire en Russie. C’est donc un lac protégé que les avions n’ont d’ailleurs plus le droit de survoler en bas de 2000 pieds. Moi, je n’ai même pas le droit d’aller faire du kite dessus », souligne celui qui pourra cependant tenter de le survoler en parapente avec une aile de Gradient. 

Benoit Tremblay n’en est pas à une première expédition dans un climat rigoureux, bien au contraire! Il s’est d’ailleurs entraîné rigoureusement cet hiver afin d’être en mesure de relever ce défi.

Unique

Benoit Tremblay a reçu le feu vert des autorités du parc en février. Un soulagement, puisque la première fois qu’il leur avait présenté son projet, il avait eu droit à un non catégorique. « Ils m’ont donné une autorisation unique en me disant que ça ne se reproduirait pas. Ils ne veulent pas développer le parapente dans ce secteur », souligne-t-il en entrevue téléphonique.

Son expédition n’a rien d’une virée touristique, bien au contraire ! « Je m’entraîne depuis longtemps avec cette idée en arrière-plan. » Cet hiver, il a réalisé trois expéditions préparatoires en solitaire en vue de ce défi.

« Je suis parti de chez moi, à Saint-Fulgence, alors qu’il faisait moins 30 degrés Celsius, pour un aller-retour jusqu’à Cap-Trinité par la rive nord. Je connais bien ce que j’ai à faire pour me nourrir, voyager et bien me reposer. J’ai une tente formidable pour les grands vents. Cet hiver, je l’ai testée avec des vents de 80 km/h », explique celui qui compte rapporter de belles images et vidéos de cette expédition unique. 

« C’est un fantasme de pilote d’aller le survoler », dit-il en parlant de ce cratère qui fait 3,44 km de large et dont les lèvres (rebords) mesurent 166 m à partir du lac. « Quand on vole à Saint-Fulgence, ç’a près de 70 m de haut. Là-bas, si j’ai un vent franc ouest, j’aurai une largeur d’un kilomètre accessible pour le vol, compare-t-il. « Et si c’est un vent d’est, je peux partir de l’autre côté. Mais c’est plus simple à dire qu’à faire en expédition solo. Car je n’ai pas le droit de laisser ma tente d’un côté du cratère pour aller de l’autre côté. Il faut que ma tente soit dans un périmètre d’un kilomètre de l’endroit où je vole. »

Équipé pour faire face au défi

«Faut pas rêver, ce ne sera pas facile, car il y a beaucoup de distance à parcourir et il y a des contraintes», note Benoit Tremblay en parlant de son projet de survoler le cratère Pingualuit en parapente, au cours d’une expédition de dix jours.

Heureusement pour ce féru de parapente et de cerfs-volants à traction, la météo a pris une tangente plus favorable pour les prochains jours. «Quand j’ai fait la Manic 5 avec Frédéric Dion (en 2016), ça nous a pris 12 heures pour faire les 350 kilomètres autour du cratère de la Manicouagan, mais c’était des conditions plus que parfaites. Depuis quelques jours, la météo s’améliore, mais si on avait fait l’entrevue la semaine dernière, j’aurais été un peu plus nerveux», avoue celui qui doit composer avec 200 livres de bagages dans une pulka, un traîneau de transport. «Ils annonçaient cinq jours de neige d’affilée. Avec 200 livres de bagages, je ne peux pas marcher dans la neige. Heureusement, ç’a changé depuis deux jours. Ça s’annonce beau avec une seule journée de neige.»

L’aventurier aurait pu choisir un mode plus facile pour effectuer son périple, car il est possible de profiter de forfait incluant vêtements, transport, hébergement et guides pour se rendre au cratère. De plus, le parc national des Pingualuit dispose de chalets à tous les 30 km. Mais la formule douillette ne fait pas partie du défi recherché. 

Bien équipé

Dans un monde idéal, Benoit Tremblay aimerait atteindre la première des trois étapes qu’il a planifiées. «Samedi, j’embarque sur la glace et j’ai un 30 km à faire sur la baie qui entre dans les terres. Il faut que je monte un relief très à pic, semblable au Mont-Édouard. Il n’y a pas d’arbres. C’est rocheux et il y a des canyons de rivières qu’il ne faut pas approcher. Pour samedi, ils annoncent le vent idéal pour que je puisse faire une bonne distance et peut-être même me rendre au plateau. Comme je vais au sud-ouest, ça représente 120 km en ligne droite, mais dans les faits, c’est de 250 à 300 km parce que ça ne peut se faire en ligne droite. Je dois suivre la ligne de sécurité», explique-t-il.

Comme c’est une expédition en solitaire et en autonomie complète, il doit être prévoyant. «J’ai trois ‘‘kites’’ de trois modèles différents pour le faire et ce sont trois modèles que je produis, souligne celui qui est importateur canadien pour Gradient, laquelle lui a fourni un parapente spécial pour cette expédition. «J’ai volé trois fois avec et c’est exactement ce que je voulais. C’est une aile fantastique!» 

Il n’a pas non plus lésiné sur l’équipement, surtout que le thermomètre a oscillé entre moins 30 et moins 50 degrés Celsius pendant une bonne partie de l’hiver. «Je me suis équipé en neuf en vêtements haut de gamme d’alpinisme et j’ai encore de bons produits Chlorophylle de nuit, faits pour les moins 60º C. Je suis aussi bien équipé au niveau tente et sac de couchage», ajoute Benoit Tremblay, fort de l’expérience acquise à travers 20 expéditions exigeantes.

Président et designer de Concept Air Kites, Benoit Tremblay s’apprête à réaliser un rêve dans le cadre d’une expédition dans le Grand Nord québécois: survoler «l’oeil de cristal du Nunavik» en parapente.

Une façon de donner au suivant

Benoit Tremblay ne fera pas que réaliser un rêve en survolant en parapente le mythique « oeil de cristal du Nunavik ». Il entend partager ses connaissances avec les jeunes de Kangiqsujuaq en offrant un atelier de construction de cerf-volant le 24 avril, à son retour d’expédition, et ce, gratuitement.

« C’est pour laisser une empreinte dans leur village, parce que je ne veux pas faire que passer. C’est aussi donner au suivant », explique le président et designer de Concept Air Kites qui a pignon sur rue à Saint-Fulgence. En plus d’aimer enseigner aux jeunes, Benoit Tremblay souhaite ainsi remercier Air Inuit pour son appui dans la réalisation de son projet.

« Un billet d’avion coûte 3200 $ et le bagage coûterait 20 $ du kilo aller-retour, donc 1800 $. J’étais rendu à 5000 $. Mais j’avais lu que pour les gens de 60 ans et plus, Air Inuit coupe le prix en deux. Ça m’a donc coûté 1700 $pour le billet d’avion et je leur ai fait une demande de commandite pour les bagages. Je leur ai fait valoir que ça leur donnera une bonne visibilité au niveau européen et américain », explique celui dont les produits sont distribués en France et en Europe, en Argentine, à Miami et en Californie entre autres.

Vidéos

En plus de capter de belles images du site, Benoit Tremblay pourra aussi offrir des points de vue du haut des airs, car il a reçu une commandite pour un drone. Cela dit, il n’a pas l’intention de se limiter au survol du cratère en parapente, mais bien de mettre en valeur l’ensemble du parc national des Pingualuit et ses installations.

Pour vous donner un avant-goût de l’aventure, il est possible de visionner sa vidéo sur l’art de compacter 200 livres de matériel dans une pulka : https ://www.youtube.com/watch ? v=xEAkr23Fvls & feature=youtu.be .