Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Le guide de chasse à Sépaq Anticosti Jérôme Bergeron, a récupéré le chevreuil récolté par mon compagnon de chasse, Daniel Leboeuf.
Le guide de chasse à Sépaq Anticosti Jérôme Bergeron, a récupéré le chevreuil récolté par mon compagnon de chasse, Daniel Leboeuf.

Le parcours de Jérôme Bergeron jusqu’à Anticosti [VIDÉO]

Je l’ai rencontré la première fois dans la Réserve faunique Ashuapmushuan, il y a deux ans. Nous avions retenu les services d’un guide pour aller pêcher le doré dans un des lacs poissonneux de ce territoire de pêche.

Je me rappelle que le jeune guide préparait les attirails de pêche pour nous accompagner sur le lac, alors que les autres préposés demeuraient au site d’accueil pour accomplir d’autres tâches d’entretien. Les autres le taquinaient en lui disant qu’il allait s’amuser à la pêche pendant qu’eux entretenaient les bâtiments.

Ce guide s’appelle Jérôme Bergeron et il est originaire de Saint-Félicien. Il fait partie de ces passionnés de chasse et pêche qui ne comptent pas les heures, qui sont dédiés à leur travail et qui ont une facilité de communication pour interagir avec la clientèle. Des critères essentiels pour devenir guide à Sépaq Anticosti, où je l’ai revu, du 2 au 7 novembre, comme guide sur l’île aux chevreuils.

Le guide Jérôme Bergeron, originaire de Saint-Félicien, pratique la méthode du rattling pour leurrer les gros bucks.

Jérôme Bergeron a été formé au programme Protection et exploitation de territoires fauniques du Centre de formation professionnelle (CFP) de La Baie, maintenant CFP du Grand-Fjord. « Après mon cours à La Baie, j’ai travaillé pour une pourvoirie pour ensuite entrer pour la Sépaq dans la Réserve faunique Ashuapmushuan, où je guidais pour la pêche et la chasse à l’orignal », raconte celui qui est au service de Sépaq Anticosti depuis deux ans.

« C’est un rêve de devenir guide à Anticosti, même si les journées sont très longues, commente le Félicinois. Quand votre voyage de chasse prendra fin, je vais me lever à 4 h du matin pour terminer la mise en boîte des huit chevreuils que vous aurez abattus et les mettre sur l’avion pour votre retour à la maison. Vers 6 h du matin, je vais paqueter vos bagages dans la boîte de la camionnette et les recouvrir d’une bâche pour éviter de les endommager avec la poussière ou la pluie, lors de votre retour à l’aéroport de Port-Menier », détaille le guide, qui a dû rouler près de 100 kilomètres pour relier le secteur de chasse Brick-la-Mer, où nous avons séjourné, et l’aéroport.

« En arrivant à l’aéroport, je vais décharger vos bagages et après vous avoir salué en espérant vous revoir l’an prochain, je vais me diriger au village de Port-Menier pour laver le camion afin qu’il soit prêt pour accueillir les nouveaux clients », dit-il.

Après une semaine de chasse et un transport de plus d’une heure sur la Transanticostienne, en gravier, les camions ont en effet besoin de passer sous le jet d’eau. Une dizaine de camionnettes blanches aux couleurs de la Sépaq bien alignées près de l’aérogare est le premier coup d’oeil qui s’offre aux chasseurs lors de leur atterrissage à Anticosti.

Le guide a ensuite peu de temps entre les deux groupes de chasseurs pour ramasser les provisions de la semaine à l’épicerie du village, faire préparer les permis de chasse et ramasser quelques outils nécessaires pour entretenir les équipements au camp de chasse.

Candidats recherchés
Les diplômés issus du programme offert à La Baie sont des candidats recherchés par Sépaq Anticosti, car en plus d’être des passionnés de chasse et pêche, ils ont des connaissances dans plusieurs domaines et le sens de la débrouillardise. En arrivant au camp de chasse, ils doivent souvent remettre en état les équipements au propane, comme les réfrigérateurs, le chauffe-eau et la cuisinière. Le guide doit être en mesure de faire fonctionner la pompe à eau pour remplir les réservoirs ou dégeler les tuyaux en cas de gel au sol. Lors de notre arrivée, le cordon de démarrage de la pompe à eau s’est brisé ; il lui a fallu la réparer.

Le guide doit s’y connaître aussi en ce qui a trait au service à la clientèle pour la préparation des stratégies de chasse. Il doit s’informer si les chasseurs préfèrent marcher toute la journée, chasser à l’affût dans une cache ou combiner les deux types de chasse, quelles sont leurs compétences en matière d’orientation en forêt, lesquels possèdent un GPS, lesquels ont téléchargé les cartes Avenza dans leur téléphone cellulaire et lesquels préfèrent chasser en parcourant le territoire avec le camion.

Il devra déployer ses clients chasseurs en fonction de leurs préférences sur le territoire, en tenant aussi compte de la direction des vents. Il prendra soin aussi de déterminer à l’avance des points de contact avec les chasseurs à différents moments dans la journée pour récupérer en VTT les bêtes abattues pour les suspendre dans la cabane de dépeçage.

Le guide doit aussi savoir en tout temps si des arbres ont été renversés sur les chemins forestiers ou dans les sentiers de chasse. Il doit alors ouvrir le chemin à l’aide d’une scie mécanique.

Rattling

Pendant la journée, le guide aura accompagné un des chasseurs sur le territoire pour partager son expérience. Jérôme Bergeron m’a d’ailleurs fait une démonstration de rattling, cornouillage en français, qui simule un combat entre deux mâles pour revendiquer un territoire pour se reproduire.

Il n’est pas rare, en fin de journée, que le guide doive utiliser son VTT à trois endroits différents pour récupérer les chevreuils abattus en fin de journée. L’éviscération se fait à l’aide de la lampe frontale, alors que le soleil vient de se coucher. Rappelons que les chasseurs de gros gibier ont le droit de chasser entre une demi-heure avant le lever du soleil et une demi-heure après le coucher du soleil.

Pendant que les chasseurs festoient autour d’une bouteille de vin et d’un bon repas en se racontant des histoires de chasse, le guide doit s’occuper des bêtes dans ce qu’on appelle encore la meat house, selon l’expression anglaise. Le guide doit ensuite préparer la stratégie de chasse du lendemain et, s’il trouve du temps, remplir la boîte à bois pour que les clients chasseurs puissent profiter d’un bon feu.

Le guide a rendez-vous avec les chasseurs sur la galerie du camp, chaque matin, à 5 h 30, pour les ramener vers 16 h 30, avant d’accomplir ses tâches et de dormir seul dans son camp.

Jérôme Bergeron se connecte sur Internet en fin de soirée pour parler à ses deux enfants et se prépare pour une autre journée.

« C’est exigeant ! Les journées sont longues, mais je déteste ne rien faire », conclut ce fils de la région, qui a grandi au bord du lac Saint-Jean.

Le chroniqueur a été invité par Sépaq Anticosti dans le cadre de ce reportage.