Marianne St-Gelais avait les émotions à fleur de peau, en fin de semaine, alors qu’elle prenait part une dernière fois aux championnats du monde de patinage de vitesse courte piste, à Montréal.

Le bronze et des émotions

Marianne Saint-Gelais aura conclu sa dernière prestation sur une bonne note, en remportant une médaille de bronze en compagnie de ses coéquipières du relais si chères à son cœur, mais surtout gagné une tonne de belles grosses doses d’amour des quelque 4500 spectateurs qui avaient rempli l’Aréna Maurice-Richard dans le cadre des Championnats du monde de patinage de vitesse courte piste tenus à Montréal.

Preuve qu’elle prend sa retraite en toute sérénité, la facétieuse athlète avait retrouvé son entrain à la remise des médailles du relais et elle a copieusement aspergé toutes les médaillées sur le podium avec un grand sourire au visage. Ces dernières, loin de lui en vouloir, ont ri de bon cœur et l’ont toutes serrée dans leur bras avant de poser toutes ensemble pour la postérité.

Beaucoup d’émotions

Marianne aura effectué une dernière prestation émotive, en demi-finale du 1000 m, où elle s’est retrouvée coincée à l’arrière pour conclure au 6e rang. Sa coéquipière Kim Boutin l’a devancée au 5e rang dans la même vague. Marianne a alors laissé couler les larmes d’émotions en saluant la foule avec le soutien de Boutin pour ce dernier tour de piste en compétition individuelle courte piste. Les spectateurs ont d’ailleurs réservé une ovation debout au « rayon de soleil de Saint-Félicien » qui aura terminé ses derniers mondiaux au 19e rang du classement final. « J’étais contente que Kim vienne me retrouver. C’était bien pour la passation du flambeau. (Dimanche) le résultat m’importait peu, même si j’aurais aimé qu’on soit championnes du monde. J’avais envie qu’on fasse une dernière bonne course ensemble et c’est ce qu’on a fait », a expliqué celle qui a vraiment savouré ce dernier moment que les gens lui ont offert.

Généreuse de son temps, Marianne s’est présentée souriante aux médias après le relais, même si l’émotion l’a à nouveau submergée au début. « Honnêtement, je suis vraiment contente. La dernière portion de la journée a été super émotive. Les gens commençaient à me dire que j’avais eu une belle carrière et ç’a commencé à me rentrer dedans un peu, mais j’étais partagée parce que le 1000 m était important. Les émotions ont pris le dessus en demi-finale. Je suis contente de la façon dont ça se termine. Il restait le relais. J’ai eu de belles courses et je voulais avoir de beaux souvenirs ici. La foule était là pour moi. Je suis contente de la manière dont ça s’est passé. Je savais que les gens seraient là peu importe mes résultats. J’ai senti que les gens étaient fiers de moi et qu’ils m’appuyaient dans ce que je faisais. Je trouve que ça s’est fait dans le respect et la simplicité. »

« Avant le relais, on a eu un bon meeting où Fred nous a dit que c’était officiellement le dernier. On a eu une petite émotion dans la chambre, car on a comme pris conscience de tout ça. Mais je suis très sereine avec ma décision. Ça m’a fait chaud au cœur de voir les gens ici et je pense que c’est ce qui me rend émotive : de dire salut à tout ça ! Le relais, c’est ce que j’aime le plus faire et je pense que c’est ce qui va me manquer le plus, de le faire avec mes filles. »

Héritage

Interrogée sur ce qu’elle souhaite que l’on retienne d’elle alors qu’elle vient de passer le flambeau à ses coéquipières. « J’ai toujours dit que je ne voulais pas qu’on se souvienne de moi pour mes résultats, mais de moi pour ma personnalité et mon énergie. J’ai l’impression que c’est ce dont (mes coéquipières et la relève) vont se rappeler : mon dynamisme et ma joie de vivre », a résumé celle qui souhaite les inspirer autant qu’elle-même l’a été par Tania Vicent. 

Elle aimerait rester présente pour ses coéquipières. « Je me suis attachée à Kim et je pense que je peux encore lui apporter même si je ne suis pas avec elle sur la glace. Les filles savent que j’ai de l’expérience et une expertise que je peux partager avec elle », a exprimé celle qui sera présente aux sélections. « Je reste à un coup de fil ou à une tasse de café d’elles. »

Bien sûr, elle s’attend à ce que le mur de la retraite la frappe quand les filles vont recommencer à s’entraîner, mais elle est persuadée d’avoir pris la bonne décision, surtout qu’elle tire sa révérence sans aucune amertume.

Au sujet de ses plus beaux moments, qui sont nombreux, Marianne cite Vancouver 2010, où elle a remporté ses premières médailles, son premier titre de championne du monde obtenu sous la direction de Frédéric (Blackburn), en 2016, sa saison dernière et tous ces beaux moments privilégiés avec « ses filles », de précieux moments uniques en équipe.

Au cours des prochaines semaines, elle prendra le temps de décompresser et viendra rendre visite à sa famille par la suite. « Mes parents et ma famille ont eux aussi besoin de décompresser parce que ça leur en a fait beaucoup en quelques mois. On va laisser décanter tout ça et on va prendre du temps pour nous. Ça va faire du bien de se retrouver en famille », a conclu celle qui se souhaite de prendre enfin du temps pour elle et d’être heureuse.

Dans les gradins...

• Il y avait beaucoup de Bleuets au pied carré dans l’Aréna Maurice-Richard. En plus des familles immédiates de chacun des athlètes natifs de la région, il y avait aussi de la parenté qui avait fait le déplacement pour saluer les derniers tours en courte piste de Marianne Saint-Gelais (retraite) et Valérie Maltais (qui fera le saut en longue piste) ou pour encourager le champion olympique Samuel Girard et l’olympienne Kasandra Bradette...

• Il y a aussi plusieurs athlètes de la région qui s’entraînent à Montréal et qui rêvent de vivre les mondiaux. Leurs parents sont aussi présents dans l’antre du courte piste. On rencontre même des gens de la région parmi les bénévoles...

• L’ancienne patineuse courte piste Caroline Truchon travaille à la description des courses en compagnie de Dany Lemay. La Chicoutimienne a la chance d’apprendre directement du grand maître inégalé comme annonceur maison en courte piste...

• Tous deux férus de café, Kasandra Bradette et Samuel Girard ont maintenant le bonheur d’avoir un café à leur effigie. Le microtorréfacteur Barista était en effet installé à l’Aréna Maurice-Richard pour offrir le café « Kasandra et Samuel » gratuitement en dégustation. Un café d’Éthiopie de torréfaction mi-noire, avec des notes de dégustation chocolat noir et floral. Délicieux ! Pour les curieux, l’adresse Internet est cafebarista.ca.... 

Bravo Charles !

Marianne a causé une certaine surprise en sautant sur la bande pour féliciter son ancien conjoint, Charles Hamelin, qui a remporté le titre de champion du monde. « C’était important. Malgré tout ce qui s’est passé dans les dernières semaines, j’ai toujours dit que je serais là pour lui du début jusqu’à la fin. Je me rappelle il y a quatre ans ici, je l’avais serré dans mes bras sur la bande parce qu’il venait de perdre son titre de champion du monde. Je lui avais dit de ne pas lâcher, que ça allait finir par arriver et c’est super beau que ça arrive ici aujourd’hui. Il mérite d’être champion du monde depuis tellement d’années. Il travaille tellement fort. Le fait qu’il le soit à 33 ans, c’est un exploit ! C’est un athlète exceptionnel à mes yeux et je vais continuer à le suivre parce qu’il n’a pas terminé », a-t-elle expliqué, sincère.

Nancy Bélanger (mère de Kasandra), Jacynthe Bouchard (marraine de Samuel Girard), Martine Bouchard (mère de Samuel), à l’arrière: Dany Bradette (père de Kasandra), Kasandra, Grégoire Girard (père de Samuel), et Jacques Tremblay (parrain de Samuel).

Kasandra sera aussi à la croisée des chemins

Le portrait de l’équipe féminine canadienne du relais changera passablement. La forte présence régionale en a pris pour son rhume avec la retraite de la Félicinoise Marianne Saint-Gelais et le transfert de la Baieriveraine Valérie Maltais vers le longue piste. L’autre Félicinoise, Kasandra Bradette, se retrouve aussi à la croisée des chemins.

Le rideau tombé sur les Championnats du monde, ses quatrièmes depuis 2015, Kasandra avouait être restée sur sa faim. « J’ai l’impression que je n’ai pas fait le tour au complet. Mais en même temps, c’est difficile de s’embarquer quand on est souvent blessée. Rendue à mon âge (28 ans), il y a des décisions à prendre sur ce que je veux dans ma vie et je ne vais pas faire carrière avec le patin. C’est une remise en question. C’est sûr que j’aime encore mon sport et ce sera de savoir où je me situe dans les prochaines années. Car l’an prochain, si je ne suis pas le top-2, ils vont vouloir donner la chance aux plus jeunes », explique-t-elle calmement, malgré la voix enrouée d’avoir crié et d’avoir vécu une belle grosse dose d’émotions. 

Elle profitera des trois prochaines semaines pour effectuer un voyage de randonnées et sacs à dos au Pérou en compagnie de son amoureux, Samuel Girard, et d’un de leurs amis. Ce sera aussi l’occasion de faire le vide pour être en mesure d’être bien reposée à la reprise de la prochaine saison. « Je vais revenir et on va voir ce que ça va donner. »

Fière du boulot accompli

La Félicinoise a aussi souligné qu’elle était fière du travail accompli en fin de semaine avec ses coéquipières. « Fred nous a dit que c’était le dernier relais et nous avons toutes éclaté en sanglots et vécu nos émotions. Je pense qu’on est contentes de ce qu’on a accompli même si les résultats n’ont pas toujours été là durant la saison. Je suis fière de ce qu’on a accompli. Même si les résultats n’ont pas été ce qu’on aurait voulu, on est resté une équipe tissée serrée et on a vraiment exécuté à merveille tout ce qu’on avait à faire », assure-t-elle.

« Je me sentais tellement bien et j’avais des jambes, mais ça ne tourne pas toujours comme on veut. Je suis tellement fière de notre équipe! Ç’a été une grosse fin de semaine pour les filles! », a-t-elle commenté avec la satisfaction du devoir accompli. 

Quant à ses tout premiers Jeux olympiques, elle avoue qu’elle aurait aimé faire plus que seulement le relais à PyeongChang. « Le plus difficile, ç’a été aux Jeux parce que je m’attendais vraiment à faire le 500 m. Il a fallu que je me fasse à l’idée. Je n’avais pas le choix de me dire que j’étais là pour l’équipe. Ça m’a pris une bonne semaine et demie (à m’en remettre) parce que je n’avais pas de motivation. C’est comme si tous mes espoirs s’étaient écroulés et que mes trois dernières années n’avaient servi à rien. Puis après coup, je me suis dit que j’avais quand même un rôle à jouer dans le relais et je pense que j’ai une bonne expérience. Je n’ai pas manqué beaucoup d’occasions dans les dernières années. J’ai donc mis toutes mes énergies dans le relais. On n’était pas déçues de notre prestation même si on a été disqualifiées, parce que c’était de loin notre meilleur relais. On a bataillé et on a été dans le coup jusqu’à la fin.