Enseignant en biologie dans le département des sciences du Collège d’Alma, Gilles Nédélec est le grand manitou du Laboratoire d’analyse en physiologie sportive.

La science au service de l’athlète

Peu de gens le savent, mais le Collège d’Alma est doté d’équipements de calibre mondial. Grâce au Laboratoire d’analyse en physiologie sportive (LAPS), les moindres détails physiques d’un athlète de haut niveau peuvent être décortiqués et traduits à l’entraînement.

Le LAPS existe depuis six ans. Lié au département des sciences du Collège d’Alma, il permet d’établir autant de données que possible. Enseignant en biologie, Gilles Nédélec est le maître d’oeuvre de toute la machinerie, totalisant environ 75 000 $ en équipements. Un appareil métabolique mesure la consommation d’oxygène et la production de dioxyde de carbone (CO2) par un humain à l’effort, puis des ergomètres calibrés mesurent la puissance dégagée, en watts.

Concrètement, il s’agit d’un rouleau d’entraînement parfaitement ajusté par Gilles Nédélec, tout en étant relié à des ordinateurs qui enregistrent les données. Pour les différents tests, on y installe un vélo et le « cobaye » porte un masque pour mesurer l’oxygène consommé et le CO2 dégagés.

« Le but est de servir de base à une prescription d’entraînement pour augmenter la performance », résume parfaitement M. Nédélec. Il travaille en étroite collaboration avec son collègue au Collège d’Alma Jude Dufour, entraîneur en chef du club Cyclone d’Alma et entraîneur de l’olympien Léandre Bouchard, athlète en vélo de montagne.

C’est à la suite de discussions entre messieurs Nédélec et Dufour que les deux hommes ont jugé bon d’entreprendre des démarches pour offrir au Collège d’Alma un équipement qui répond à des besoins physiologiques précis. Un budget a ensuite été mis à la disposition du département de sciences pour concrétiser le projet.

Test de physiologie cegep Alma

« On a décidé de développer une expertise de pointe qui répond aux besoins de nos athlètes de haut niveau », explique Gilles Nédélec.

Le Collège d’Alma est le seul établissement collégial au Québec à compter sur des équipements aussi pointus. L’Université du Québec à Trois-Rivières offre des services similaires. À Alma, les athlètes en émergence ou établis qui pratiquent un sport cardio-vasculaire à un haut niveau (vélo de route ou vélo de montagne, surtout) bénéficient du LAPS.

Histoire de bien cibler sa clientèle, mais aussi pour ne pas nuire aux entreprises privées qui offrent des tests d’évaluation physiologique, moins précis, mais similaires, Gilles Nédélec fonctionne par « curriculum vitae sportif », c’est-à-dire qu’un athlète qui entre au LAPS doit avoir des objectifs de performance précis.

« Il faut savoir à quoi vont servir les chiffres enregistrés, rappelle M. Nédélec, en référence avec la fameuse prescription à l’entraînement. On offre une photo de l’état physiologique à l’effort, qui va ensuite permettre de voir s’il y a une évolution dans la condition physique de l’athlète. »

La variété de tests du Laboratoire d’analyse en physiologie sportive du Collège d’Alma est pratiquement infinie. La mesure de la puissance aérobie maximale (PAM) de la consommation maximale d’oxygène (VO2 max), des valeurs critiques de puissance font partie des données mesurables, entre autres.

Pas des machines

Gilles Nédélec convient que tous ces chiffres peuvent parfois être étouffants. À l’ère du monitoring, où les capteurs de puissance gagnent en popularité chez les athlètes amateurs et de haut niveau, l’enseignant en biologie rappelle qu’il est primordial d’écouter ce que le sportif perçoit à l’effort. Des statistiques ahurissantes sur un moniteur ne garantissent pas la victoire lors du jour J.

« On ne veut pas déshumaniser la performance et on ne peut pas le faire, prévient M. Nédélec. Un athlète reste un être humain, avec toutes les sphères qui le composent et l’influencent. Tu as beau avoir la plus haute PAM au monde, mais si tu n’es pas habile sur un vélo, si tu n’es pas motivé, si tu n’es pas intelligent en course, si tu te nourris mal... Tous ces aspects sont aussi importants. C’est là que tu vois qu’un athlète est une machine complexe, mais tu ne peux pas appuyer sur un bouton et répéter les mêmes résultats ou performances tous les jours. »

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UN OUTIL ESSENTIEL AU DÉVELOPPEMENT

Jude Dufour a prouvé qu’il était possible de développer des athlètes de haut niveau dans une « petite région » comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean. La mise en place du Laboratoire d’analyse en physiologie sportive au Collège d’Alma vient solidifier sa théorie comme quoi il n’est pas nécessaire de s’expatrier pour atteindre les plus hauts sommets.

« Ce laboratoire est essentiel pour établir nos bases physiologiques et les qualités à développer au fil des ans », exprime l’entraîneur en chef du club Cyclone d’Alma. Celui qui est aussi enseignant en éducation physique au Collège d’Alma soutient que Gilles Nédélec fait partie de l’équation dans la quête vers une forme physique aiguisée.

« Les athlètes ont confiance en Gilles et pour moi, ça m’amène un côté plus scientifique, ajoute Jude Dufour. Je suis sur le terrain avec les athlètes, mais de pouvoir compter sur des données précises, ça fait une différence. »

Inutile de faire de grandes recherches pour remarquer que Gilles Nédélec et Jude Dufour travaillent en étroite collaboration. Une discussion avec chacun d’eux permet de constater rapidement que leur discours se rejoint sur plusieurs points. Par exemple, les deux sont conscients que chaque détail à l’entraînement peut avoir d’importantes répercussions sur les résultats.

« On peut toucher chaque auxiliaire de performance et avec des athlètes de haut niveau, il faut essayer de trouver le 1 % d’amélioration, fait valoir Jude Dufour. Un faible pourcentage peut faire la différence entre la dixième et la 30e position. La ligne est mince. »

Tout comme son collègue, M. Dufour est capable d’exposer les limites du « monitoring » et toutes les données qui suivent. L’entraîneur parle de la réponse de perception à l’effort, qui diffère d’un athlète à l’autre, en plus de tous les éléments extérieurs qui peuvent influencer une performance.

« À partir de tous ces chiffres, on est mieux capable de calibrer notre entraînement, mais si on interprète trop les chiffres et qu’on y va de façon trop radicale, on peut se mélanger. Il faut écouter son corps », met en garde Jude Dufour.

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POUR LES ÉTUDIANTS AUSSI

Le Laboratoire d’analyse en physiologie sportive (LAPS) profite également aux étudiants du département de sciences du Collège d’Alma, dont ceux inscrits en sciences de la nature.

L’enseignant Gilles Nédélec tire profit des installations du LAPS pour offrir des expériences concrètes à ses élèves. Ceux de la cohorte d’hiver en sciences de la nature vont en apprendre davantage sur le métabolisme de l’humain lorsque celui-ci est soumis à l’effort. Un étudiant fait un test; ses coéquipiers analysent les résultats qui en ressortent.

«C’est un plateau d’enseignement réel, observe Gilles Nédélec. On quitte le monde de la théorie, qui peut être parfois aride et plate pour les étudiants. Quand je les embarque sur un vélo et que je leur fais prendre différentes mesures, ça devient intéressant. Ils peuvent ensuite interpréter les données.»

Le LAPS est également exploité pour l’épreuve synthèse en sciences. Les étudiants entreprennent une démarche scientifique en vérifiant des hypothèses ou en validant des tests ainsi que des équipements pour en démontrer les effets, réels ou non. Jonathan Hudon