La rédemption du «shérif» McMorrow

Sean McMorrow parle de l'expérience qu'il vient de vivre sans retenue. Il est convaincu qu'elle a fait de lui un homme plus fort et qu'elle lui a fourni l'opportunité d'apprendre beaucoup.
Le 21 février, celui qui a été l'homme fort des Marquis de Jonquière en 2010-2011 et 2011-2012 a été libéré d'un établissement correctionnel de Philipsburg, en Pennsylvanie, après y avoir passé 20 mois. En septembre 2011, il avait plaidé coupable à une accusation de complot de trafic de drogue. Il estime aujourd'hui être avant tout coupable de s'être entouré de mauvaises personnes.
«L'accusation a été basée sur le témoignage de deux de mes anciens amis qui ont raconté mon histoire pour se sortir d'ennuis dans lesquels ils se trouvaient, raconte Sean McMorrow. Je ne leur avais pas parlé depuis des années. Quand ils ont été arrêtés pour une autre raison, ils ont dit aux policiers qu'ils étaient prêts à parler d'une affaire où ils étaient également impliqués, tout comme un hockeyeur professionnel. Les autorités fédérales ont alors commencé à monter leur dossier. J'ai fréquenté ces gars pendant seulement une saison. Quatre ans et onze mois après les faits qui m'étaient reprochés, j'ai été accusé pour une très petite quantité de marijuana. Le procureur avait cinq ans pour déposer son accusation.
«Tout ce que vous pouvez lire sur internet où on raconte que j'aurais traversé la frontière avec de la drogue dans mon sac de hockey ou que j'aurais engagé des filles pour transporter de la drogue est faux. Je ne nierai pas que j'ai connu ces gars, mais mon implication n'avait rien à voir avec ce qui a été écrit. J'avais 20 ou 21 ans et j'ai fait une erreur en me tenant avec les mauvaises personnes. J'ai eu de mauvais amis et ça s'est retourné contre moi. 
«Tout le monde y a gagné sauf moi. Mes deux mauvais amis n'ont été accusés de rien à condition qu'ils témoignent contre moi, le procureur général en a tiré beaucoup de publicité dans la région de Rochester, tout comme mon avocat. J'ai plaidé coupable parce que si un procès avait eu lieu, puisque je faisais face à des accusations de complot pour trafic, le procureur n'avait pas à prouver mon implication directe. Il n'avait besoin que des témoignages identiques des deux autres personnes.»
McMorrow est convaincu que des accusations ont été portées contre lui principalement parce qu'il était un hockeyeur professionnel à l'époque. Il estime que le procureur qui a mené le dossier a profité de l'occasion pour faire un exemple.
«On apprend de nos erreurs, ajoute celui qui a été un choix de huitième ronde des Sabres de Buffalo en 2000. Quand on me demande si j'ai un conseil à donner aux gens, je réponds que se tenir avec de mauvaises personnes peut finir par se retourner contre vous. Même si vous ne faites qu'être à proximité de ces gens, ça peut finir pour vous nuire. La meilleure chose à faire est d'éviter ces pommes pourries.
«Je ne dis pas que je suis un ange. J'ai fait une erreur, mais je suis convaincu que d'autres personnes que moi n'auraient jamais été accusées pour des infractions plus importantes. Je suis reconnu pour être un homme très gentil. Je le suis peut-être un peu trop à certains moments.»
Des leçons
En Pennsylvanie, Sean McMorrow a été incarcéré dans un centre correctionnel à sécurité minimum. Sans cellules, sans portes barrées. Il n'a pas été témoin de violence et a côtoyé des gens qui n'avaient pas été reconnus coupables de gestes violents. 
«Il faut savoir tirer le maximum de toutes les situations, reprend Sean McMorrow. Peu importe les conditions, si tu restes positif et que tu fais les choses qui sont bonnes pour toi, tu en sortiras toujours gagnant. Je me suis efforcé de rester positif mentalement et physiquement. Au cours de ces 20 mois, je me suis beaucoup entraîné et j'ai également suivi quelques cours. J'ai aussi beaucoup lu et médité.
«Puisque j'en étais à une première offense, qu'il n'y avait pas eu de violence et que j'avais plaidé coupable à la plus petite accusation en matière de drogue, j'ai été incarcéré dans les meilleures conditions. J'étais un peu comme dans un camp d'entraînement ou dans une université sans femmes d'où je ne pouvais sortir pendant 20 mois.»
Retour chez les Marquis
Sean McMorrow entend être de retour dans l'uniforme des Marquis de Jonquière au début de la saison 2014-2015 de la Ligue nord-américaine de hockey. Il se dit en excellente forme et a hâte de retrouver son ancienne équipe.
«J'ai l'impression de n'avoir jamais quitté cette équipe, note celui qui demeure présentement dans la région de Toronto. Je n'ai pas quitté l'équipe parce que je le voulais ou parce que Marc Boivin ou Dean Lygitsakos le voulaient. Je considère que je fais encore partie de l'équipe, mais je devais m'occuper des conséquences de quelque chose qui s'est produit il y a dix ans.
«Je suis en bonne forme et je pense avoir encore quelques bonnes saisons devant moi. Je veux les avoir avec les Marquis.»
Pendant sa deuxième saison avec les Marquis, Sean McMorrow a vécu à Jonquière en compagnie de sa fiancée. Au cours des 20 derniers mois, celle-ci a conservé un contact régulier avec Dean Lygitsakos. De son côté, le hockeyeur a adressé une lettre à son entraîneur, quelques mois avant sa libération, pour l'assurer de son désir de reprendre sa place avec les Marquis la saison prochaine.
Les partisans des Marquis auront cependant à patienter jusqu'à l'automne pour revoir Sean McMorrow dans l'entourage de l'équipe. Celui-ci prévoit assister aux prochains matchs, vendredi au Palais des sports et samedi à Cornwall.
Travail communautaire
Au cours de sa carrière, McMorrow a toujours accordé beaucoup d'importance au travail qu'il peut accomplir à l'extérieur de la patinoire. Il a consacré beaucoup de temps à des causes humanitaires de toutes sortes. Il a d'ailleurs reçu quelques trophées pour souligner son implication sociale, notamment avec les Americans de Rochester et les IceHogs de Rockford, deux équipes de la Ligue américaine de hockey, ainsi qu'avec les Giants de Belfast, une formation du circuit britannique.
Pendant son séjour de 20 mois dans un établissement pénitencier de la Pennsylvanie, il a suivi quelques cours de français. S'il arrive à améliorer ses connaissances de la langue de Molière au cours des prochains mois et des prochaines années, il se promet de poursuivre son travail communautaire au Saguenay.
«C'est le genre de personne que je suis et les gens qui me connaissent le savent, mentionne Sean McMorrow. J'ai l'impression que mon implication sociale a fait partie des éléments qui ont poussé le procureur à pousser mon dossier. Et ma confiance à l'endroit des gens m'a mal servi cette fois. J'ai fait confiance aux mauvaises personnes.
«Ce que je viens de vivre devait faire partie de mon cheminement. Chaque personne a un cheminement à suivre. Ce que j'ai vécu a fait de moi une personne plus forte. J'ai appris beaucoup.»