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Le gardien de but Georges Vézina, ici en 1925, a été un pionnier au sein du Canadien de Montréal.
Le gardien de but Georges Vézina, ici en 1925, a été un pionnier au sein du Canadien de Montréal.

La lumière sur la vie de Georges Vézina

Johanne Saint-Pierre
Johanne Saint-Pierre
Le Quotidien
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Mercredi prochain, le journaliste de sport Mikaël Lalancette procédera au lancement de son premier livre en carrière. Avec la publication de Georges Vézina, l’Habitant silencieux, l’auteur natif de Saguenay souhaite rendre justice au cerbère de Chicoutimi, dont l’histoire de pionnier reste méconnue, et ce, malgré que son nom soit associé au trophée de la Ligue nationale de hockey remis annuellement au meilleur gardien de but. À noter que la préface est signée par un autre brillant gardien du Canadien de Montréal, Patrick Roy, qui met la table pour un beau voyage dans le temps.

Lorsqu’il s’est lancé dans le projet d’écrire sur Georges Vézina, Mikaël Lalancette était loin de se douter du défi colossal que représentait son désir de rendre justice au célèbre gardien de but de Chicoutimi, dont plusieurs faits d’armes sont tombés dans l’oubli. La pandémie ayant mis le Québec sur pause, le journaliste de sport natif de Saguenay a profité du printemps 2020 pour dépoussiérer les recherches entreprises une quinzaine d’années plus tôt et se consacrer à la rédaction d’un premier bouquin dédié au cerbère qui était surnommé le Concombre ou l’Iceberg de Chicoutimi.

En plus de rétablir certains faits concernant la carrière de ce grand joueur de hockey et mettre en lumière ses exploits, Mikaël Lalancette en profite pour faire une incursion dans la vie au Saguenay-Lac-Saint-Jean et au Québec au début du siècle dernier et ses moments marquants : la Première Guerre mondiale et son effet sur le hockey, la conscription, la grippe espagnole, la censure au cinéma, etc. « C’était important pour moi de oui, parler de sa carrière de hockey, mais aussi de raconter sa vie. Parce que c’est un peu l’histoire du Saguenay et du Québec qu’on revit grâce à lui », souligne Mikaël Lalancette en entrevue téléphonique.

On apprend d’ailleurs qu’en plus de son brio devant le filet, Georges Vézina a aussi été un homme d’affaires prospère qui possédait divers commerces. « Il est très impliqué dans son milieu et quand il faisait des voyages (pour le hockey), notamment dans l’Ouest du pays, il profitait de ses voyages pour rencontrer des manufacturiers de bois. »

Disponible en librairie dès jeudi, <em>Georges Vézina, l’Habitant silencieux</em> permet non seulement de découvrir le passé peu banal du légendaire gardien de but de Chicoutimi, mais offre aussi une incursion dans la vie au début du siècle dernier.

Si l’homme n’était pas loquace, il avait le sens des affaires. « J’ai beaucoup réussi à documenter le tout avec les actes de notaires. Parce que dans les journaux, il y a très peu de détails. Mais avec les actes de notaires, j’ai été capable d’avoir tous les chiffres. J’ai donc tous les montants de ses transactions financières. Je suis capable de faire un bilan de ses actifs et de son passif à la fin de sa vie. » Son épouse, Marie-Stella Morin, était elle aussi une femme avisée comme en témoigne son contrat de mariage !

Peu de souvenirs

Au début du 20e siècle, il n’était pas bien vu de faire étalage de ses exploits et la couverture médiatique se limitait aux quelques journaux de l’époque. De sorte que même ses enfants et ses petits-enfants ne savent que peu de choses de celui qui fut un « ambassadeur hors pair » de sa région, si ce n’est les quelques souvenirs qu’ils ont gardés et des documents qui lui sont consacrés. Grâce au travail de Mikaël Lalancette, ils pourront en apprendre davantage sur l’histoire de leur aïeul et la partager fièrement avec les autres générations de la famille. À n’en pas douter, tant les lecteurs que les descendants de Georges Vézina feront de belles découvertes au cours de ce voyage dans le temps.

Mais pour mener à bien son projet, l’auteur a d’ailleurs dû coiffer tour à tour les chapeaux d’historien et d’enquêteur afin de démêler le vrai du faux des documents consacrés au leader silencieux.

« Plus je lisais sur Georges Vézina, plus je me rendais compte que ça n’avait pas de bon sens toutes les faussetés qu’on pouvait lire sur lui 100 ans plus tard ! » Le journaliste s’est donc chargé de tirer au clair certaines affirmations de l’époque pour remettre les pendules à l’heure. Du lot, il mentionne le gabarit réel de Vézina, qui tournait plus autour de 6 pieds que le 5’6’’ qu’on lui accolait ; le fait que certains ouvrages lui ont faussement attribué jusqu’à 24 enfants ; le match du Canadien à Chicoutimi en 1910, dont on dit qu’il a été le moment clé de la découverte du talentueux cerbère, mais qui ne le serait pas tant. Bref, il y a eu beaucoup de travail fait pour valider les différentes assertions.

Un véritable pionnier

Pour Mikaël Lalancette, il était important de rappeler le rôle de pionnier qu’a joué Vézina dans l’histoire de notre sport national.

Les jeunes mariés, Georges Vézina et Marie-Stella Morin, en juin 1908.

Le premier nom qui vient en tête quand il est question des francophones du Canadien de Montréal, c’est celui de Maurice Richard. « Mais dans le fond, si on est rigoureux du point de vue historique en parlant des francophones du Québec, c’est d’abord Georges Vézina, puis Émile Butch Bouchard et après ça Maurice Richard. C’est sûr que Maurice Richard est le plus emblématique et le plus marquant pour l’histoire du peuple québécois. Je ne nie pas cela, sauf que Vézina a quand même été le pionnier », fait valoir le passionné d’histoire et de hockey.

À l’époque, les joueurs du Canadien étaient soit de Montréal, soit de l’Ontario. « Georges Vézina détonnait solidement dans ce groupe-là. Il venait d’une toute petite région. Pour l’époque, ç’a été un ambassadeur incroyable ! Il s’est écoulé plusieurs années avant que des francophones de Québec et des petites régions aillent jouer dans la Ligue nationale. C’était inédit ce qu’il a fait à ce moment-là », insiste celui qui s’est fait un devoir de faire connaître bien des faits d’armes méconnus.

Par exemple, il souligne que « Vézina a joué à Boston et à New York, plus d’une décennie avant que ces villes aient une équipe dans la LNH et qu’il a disputé le premier match de l’histoire du hockey professionnel en Californie ! »

Mikaël Lalancette espère d’ailleurs que son bouquin contribuera à remettre Georges Vézina à l’avant-plan, afin qu’il reçoive la reconnaissance qui lui est due. Car même si le légendaire gardien a un trophée à son nom et qu’il a contribué à la conquête des deux premières coupes Stanley du Canadien, il n’en demeure pas moins que son chandail ne flotte toujours pas au plafond du Centre Bell aux côtés des autres grands noms des Glorieux. « Si le Canadien reconsidère l’idée de retirer son chandail, j’adorerais ça. L’année dernière, La Presse avait fait un dossier sur les chandails non retirés et Vézina était premier devant tous les autres joueurs », rappelle le journaliste qui se promet de faire parvenir une copie de son livre au grand patron du Canadien, Goeff Molson.

Natif de Saguenay, le journaliste de sport Mikaël Lalancette remet à l’honneur les nombreux faits d’armes trop souvent méconnus du gardien de but de Chicoutimi, Georges Vézina, avec la publication de son premier livre: <em>Georges Vézina, l’Habitant silencieux.</em>

Il y a aussi Saguenay qui a soumis la candidature de Georges Vézina au ministère de la Culture pour le faire reconnaître comme personnage historique. « Si le livre peut contribuer à sa candidature, je serai bien content ! »

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UN TRAVAIL COLOSSAL FACILITÉ PAR LA PANDÉMIE

À 35 ans à peine, Mikaël Lalancette a réalisé un rêve en publiant son premier livre sur le gardien Georges Vézina. Mais le journaliste natif de La Baie l’avoue, il n’aurait pu se lancer dans l’aventure si le contexte de la pandémie ne s’y était pas prêté, car il s’est livré à un véritable travail de moine pendant une partie du printemps et de l’été 2020.

« Je n’ose pas y repenser (à tout le temps investi). Si j’avais su ce que ça m’a pris comme travail pour le faire, je pense que je ne le referais pas. C’est tellement de boulot ! », admet celui qui a consacré l’équivalent de deux ans pour mener à bien les nombreuses recherches effectuées en consultant des milliers de documents. Bien sûr, il avait amorcé une partie du travail il y a une quinzaine d’années, mais la pause forcée du printemps dernier lui aura permis de faire le tri et d’établir le fil conducteur de ce projet.

Bien qu’il l’ait réalisé beaucoup plus tôt que prévu dans sa carrière, le jeune auteur ne regrette rien. « Je suis vraiment fier du résultat et c’est sûr que ça m’a donné le goût d’en faire d’autres », confirme celui qui est aussi un spécialiste du junior majeur. « En écrivant ce livre, j’ai de la documentation pour en écrire deux autres sur l’histoire du hockey. On se rend compte que plus ça change, plus c’est pareil ! »

« Je ne pense pas que ça va prendre la même forme de projet à saveur historique parce que c’est taxant, même si j’ai beaucoup aimé le processus. Ça m’a confirmé que j’aime encore écrire et j’aime raconter des histoires », ajoute celui qui a fait ses débuts en presse écrite, au Soleil de Québec.

Rigueur

De mars à juin 2020, Mikaël Lalancette n’a pas beaucoup profité du beau temps. Il s’est lancé dans l’écriture et dans la quête des informations qui lui manquaient. « Ç’a été de la rédaction à temps plein. Je travaillais 10 heures par jour. »

Rigoureux dans sa démarche, il s’est aussi assuré que les faits qu’il colligeait trouvaient écho du côté anglophone en épluchant des pages et des pages du Montreal Herald et du Montreal Star, qui couvraient beaucoup le Canadien de cette époque. « Je voulais être certain que je ne manque rien et m’assurer que la perspective des journaux en français était la même qu’en anglais. Et c’était concordant », confirme-t-il. « C’était un gars apprécié et admiré. Il faisait l’unanimité. C’était un leader tranquille. »

Heureusement, la Bibliothèque nationale a rouvert durant l’été et il a pu accéder aux archives pour vérifier et contre-vérifier ses informations. « En temps de pandémie, j’avais très peur de ne pas être capable d’aller chercher tout ce que je voulais. Je me disais que si je fais un livre sur Vézina, je dois absolument avoir un survol de tous les journaux anglophones pour être certain de ne rien avoir oublié. C’était important pour moi. »

Donc beaucoup de travail, mais ça en valait le coup. « Sincèrement, je suis bien fier. Je trouve que ce projet est à mon image. Je suis un gars rigoureux dans ce que je fais et je pense que pour les gens qui vont le lire, ça va transparaître dans le travail, la rigueur et la fierté que j’avais de parler de lui. Parce que je suis super fier de son histoire. »

Fier ambassadeur

À l’instar de son sujet, Mikaël Lalancette reste un fier ambassadeur de sa région natale. C’est d’ailleurs cette fierté régionale qui a stimulé son intérêt pour Georges Vézina. « J’ai grandi en allant au Centre Georges-Vézina voir les matchs des Saguenéens et d’autres matchs de hockey. Depuis mon enfance, ce nom-là résonne pour moi. J’aime l’histoire et comme passionné d’histoire, j’avais cet intérêt », explique-t-il.

D’ailleurs, les gens pourront découvrir l’histoire de la région à travers la vie de Georges Vézina qui a aussi été un homme d’affaires prospère. « Pour moi, il était vraiment important qu’une grosse part de l’ouvrage parle du Saguenay et de Chicoutimi, parce que tout au long de sa carrière et de sa vie, le Saguenay a été central pour Georges Vézina. Dès que la saison de hockey finissait, il retournait à Chicoutimi. »

Bien que pour l’instant il soit impossible de tenir un lancement de livre dans la région, Mikaël Lalancette et l’équipe de promotion des Éditions de l’Homme ne baissent pas les bras. « J’aurais tellement aimé pouvoir aller dans la région, rencontrer le monde et faire des événements. Je sens qu’il y a de l’intérêt. Les gens de la région sont fiers des leurs et Georges Vézina est une belle fierté. Je suis convaincu que les gens de la région seront derrière moi parce que dans tout ce que je fais, le Saguenay m’a toujours appuyé. Je n’ai jamais oublié d’où je venais et je pense que les gens le sentent », a-t-il conclu.

Georges Vézina, l’Habitant silencieux, publié aux Éditions de l’Homme, est disponible sur les sites Internet des grandes bannières ou sur Les Libraires.ca, et il sera en librairie à compter de jeudi.